Tom Vaillant vient de vivre deux dimanches consécutifs très contrastés mais tellement riches en émotions. En dernière partie pour la gagne à l’Open de France. Dans le haut du classement par équipes à l'Alfred Dunhill Links Championship en compagnie du « fils » de James Bond, Stéphane Connery.   

Encore deux semaines de compétition pour Tom Vaillant avant quinze jours de break... © Zhe Ji / Getty Images via AFP

Deux dimanches. Deux ambiances. L’une pour faire gagner un amateur. L’autre pour gagner face à l’un des meilleurs joueurs de la planète. Tom Vaillant a été au centre de l’actualité golfique ces deux dernières semaines. Le week-end passé en Ecosse à l’Alfred Dunhill Links Championship. Il y a moins de quinze jours maintenant au Golf National pour une 108e édition de l’Open de France qui restera, à coup sûr, dans les annales.

Ce dimanche 4 octobre 2026, Tom Vaillant est en course pour la gagne dans le tournoi par équipes*, associé à Stéphane Connery, le fils du plus célèbre des James Bond sur grand écran, Sean Connery. Le duo joue le feu depuis 54 trous. A -30, il n’accuse qu’un coup de retard sur la paire Adrian Meronk-Tom Chaplin.

Samedi soir, le Français a terminé 124e à -1 du tournoi professionnel, insuffisant pour franchir un cut (après trois tours) fixé à -6. Il va donc tout donner pour son « amateur » dans ce dimanche venteux et pour le moins frisquet (pas plus de 13 degrés) sur le mythique Old Course de St Andrews.

« Avant que le tournoi ne commence, je ne connaissais pas du tout mon partenaire, explique doucement Tom Vaillant. C’est la première fois que l’on jouait ensemble. Au Dunhill Links, on ne sait jamais avec quel amateur on va tomber. On le découvre quand on reçoit les départs le mardi soir. »

Sean Connery ? James Bond ? Je n'en ai pas trop parlé avec lui. Juste à la toute fin du tournoi.

La mayonnaise prend très vite et les scores très bas se succèdent. -8 sur l’Old Course le jeudi, -10 à Carnoustie le lendemain et -12 samedi à Kinsgbarns, avec pas moins de 10 birdies sur les 12 réussis dans cette journée par le joueur amateur.

« Il ne m’a pas dit son handicap, mais je pense qu'il devait jouer aux alentours de 10 d’index, souligne Tom Vaillant en présentant son binôme. C’est un bon joueur. On a discuté en français (Ndlr, sa mère est Française). Il est revendeur d’art. Il est très sympa. Sean Connery ? James Bond ? Je n'en ai pas trop parlé avec lui. Juste à la toute fin du tournoi. Quand ce sont des personnes connues comme ça, je n’essaie pas trop d’en savoir plus... J'essaie surtout de discuter de leur vie en général, de ce qu'ils aiment faire, etc. »

Comment un golfeur professionnel peut-il se « mobiliser » dans un dernier tour aussi atypique que celui du Dunhill Links alors qu’il vient de manquer l’occasion de glaner de précieux points à la Race, et accessoirement plusieurs dizaines de milliers de dollars supplémentaires sur son compte en banque ?  

« Pour moi, le plus important, c'était de passer une bonne journée sur le Old Course parce que c'est un parcours mythique, explique-t-il. C’était juste d'apprécier le moment avec mon amateur, lui faire plaisir parce que moi au final je ne jouais pas pour grand-chose (Ndlr, un chèque de 30 000 dollars était toutefois en jeu pour finir à la 2e place). Juste lui faire passer une bonne journée sur un parcours mythique avec une belle météo, enfin, pas exceptionnelle non plus mais ce n'était pas la pire qu'on pouvait vivre là-bas. Il y avait du vent, il faisait froid, avec un peu de pluie aussi. »

« Dans ce genre de situation, l’erreur à faire avec son amateur, c’est de trop le bourrer d'infos. Parce qu'on sait que quand on parle technique, c'est compliqué de s'amuser après. Donc on donne deux à trois lignes, on lui dit de s'amuser et de se lâcher parce que le plus important, c’est qu'il passe un bon moment. »

Des numéros échangés et une partie amicale à venir dans le sud-est de la France

Le coup est finalement passé tout près. -40, score final. A une longueur derrière Adrian Meronk (qui réalise le doublé) et Tom Chaplin. Tom Vaillant ne fera pas aussi bien que Thomas Levet, vainqueur du tournoi par équipes en 2013.

« On n'était pas trop mal au début, surtout quand je fais Albatros au 14, souffle le Français. Sauf qu'après, on a enchaîné les pars, donc je savais qu'on était un peu loin. On finit bien, on a eu un peu de réussite sur la fin en rentrant quelques putts. Donc on n'était pas vraiment dans la course, ce n'est pas comme si on était en tête toute la journée et qu'on bataillait pour gagner le tournoi en double. On a juste essayé de passer un bon moment. On a essayé d’apprécier au maximum un dimanche sur l’Old Course, c'est tout. »

Les deux hommes se sont séparés assez rapidement. Même pas le temps de prendre une bonne bière au club-house et débriefer cette semaine riche en émotions. Tom Vaillant avait en effet un avion à prendre pour Madrid, hôte de l’Open d’Espagne à partir de ce jeudi.

« On a quand même échangé nos numéros pour qu’on aille, en cas d’une visite de sa part dans le sud-est de la France, se faire une petite partie tous les 3 avec mon caddie, Adrien Montarant. Il s’est très bien entendu avec lui. »

On s’en doute, les frissons ont été bien plus intenses ce dimanche 27 septembre au Golf National. Tom Vaillant s’était ainsi retrouvé seul deuxième du FedEx Open de France, à cinq coups derrière Matthew Fitzpatrick, à l’orée du dernier tour. Soutenu par un public, très nombreux, tout acquis à sa cause, le Français avait tout tenté. Pas assez, hélas, pour barrer la route de l’Anglais, impressionnant autour et sur les greens, beaucoup moins dans son long jeu.  

« Je retiens que le public français a été exceptionnel avec moi, résume encore aujourd’hui l’Azuréen. Je ne pensais pas vivre ça un jour dans ma vie et voilà, ils m'ont montré énormément de soutien, énormément d'amour et franchement, c'était légendaire de vivre ça. Je serais reconnaissant à vie à ceux du dimanche qui m'ont fait vivre. »

Lucide sur son dernier tour joué auprès du 4e joueur mondial, le protégé de Jean-François Lucquin ne s’est jamais mis en position de pouvoir l’emporter face à un tel niveau de jeu proposé par son adversaire, trois fois victorieux cette saison sur le PGA Tour.

« Honnêtement, je n’ai jamais trop senti que je pouvais gagner le tournoi, reconnaît-il. J'avais cinq coups de retard sur le 4e meilleur joueur de la planète. Je me suis juste dit de passer un bon dimanche, de taper les coups à fond et de m'amuser. Et après si ça venait, ça venait mais je ne pouvais pas forcer mon jeu contre un gars aussi fort. »

« Je ne suis pas trop bavard sur un parcours, prévient-il encore. Donc non, je n’ai pas trop discuté avec lui (Fitzpatrick) durant ce dernier tour. Il y avait déjà assez de tension et de travail à effectuer. On s'est quand même croisé à la remise des prix quand on était avec Matthieu (Pavon) sur le green du 18 à recevoir les prix des meilleurs Français. On l’a félicité encore une fois. Et puis voilà. On s’est de nouveau croisé la semaine dernière (en Ecosse), et on se recroisera encore je pense... Après avoir joué et partagé des moments comme ça avec des joueurs de ce calibre, ils sont beaucoup plus ouverts à discuter avec nous. »

Huit semaines de compétition

63e de la Race, Tom Vaillant a coché les deux prochains tournois au programme de cette fin de saison sur le Tour européen : Espagne et Inde. Mais pas la Corée du Sud. Pour quelles raisons ?

« Après ces deux tournois, je rentre chez moi pour préparer Abu Dhabi (5-8 novembre). Là, c'est déjà ma 7e semaine d'affilée et la semaine prochaine, ce sera la 8e. Il est temps un peu de couper, surtout après l'ascenseur émotionnel que j'ai pu vivre à Paris, qui est une dose d'adrénaline et d'émotion tellement forte que la redescente est, disons-le, un peu dure au niveau énergie. J'essaie un peu de me préserver, de faire les choses avec un peu de légèreté et de profiter de ce que j'ai pu vivre, de surfer un peu sur ça parce que c'était incroyable. Profiter aussi du fait que je me sens très bien dans mon jeu parce que ce sont des périodes agréables et qu'il faut le souligner. »

Bien évidemment, l’objectif final de cette campagne 2026-27 du DP World Tour, qui n’a pas toujours été facile, est d’accrocher le top 50 et de prendre part à une première finale sur l’Earth Course du Jumeirah Golf Estates, à Dubaï.

« L'objectif, c'est de grappiller des points, juge-t-il. Je sais qu'il faudra un tout petit peu moins de 1 000 points pour aller à Dubaï. Là, j'en ai 800 (803,01 exactement). Donc ça veut dire qu'il me manque environ 200 points. A moi de faire le nécessaire durant ces deux prochaines semaines pour ensuite, à Abu Dhabi (regroupant le top 70 de la Race), aller chercher une immense performance pour me qualifier pour Dubaï. Ou finir le plus haut possible à la Race car ça peut aussi ouvrir des portes la saison prochaine. »

Pour le moment, c'est ma meilleure saison depuis que je suis sur le Tour. Tous les ans, ça progresse.

200 points pour l’actuel 271e joueur mondial, c’est une 4e ou une 5e place « tout seul » en Espagne. Ou « plus ou moins deux top 10 » dans les quinze prochains jours. « Après, sur les Rolex Series, je ne sais pas combien ça représente, je n'en ai pas joué des masses, conclut-il. Et je ne me suis jamais trop mis dans ces positions-là. Mais voilà, déjà mettre des points ces deux prochaines semaines, préparer Abu Dhabi avec de la sérénité parce que je joue bien et ensuite... Aux play-offs, tout peut se passer. Donc, c'est du bonus. »

« J'ai beaucoup oscillé cette année entre la 50e et la 80e place de la Race. Pour le moment, c'est ma meilleure saison depuis que je suis sur le Tour. Tous les ans, ça progresse. Je me mets de plus en plus en position de gagner. A l’Open de France, j'ai fait une semaine entière en étant tout en haut du leaderboard. Tout cela prouve qu'on travaille bien avec mon staff. »

 

*Les professionnels disputent une épreuve individuelle en stroke-play, selon le format habituel d’une semaine sur le DP World Tour, mais participent également à une compétition de type Pro-Am avec leur partenaire, où est retenu le meilleur score net de la paire (professionnel ou amateur) sur chaque trou. Les amateurs bénéficient d’un ajustement de coups reçus équivalent aux deux tiers de leur handicap officiel, dans la limite de 18 pour les hommes et de 24 pour les femmes.