Il n'a pas encore un an de carrière professionnelle et pourtant, Paul Franquet se révèle  comme l'une des belles réussites françaises sur l'Alps Tour. Sans cacher ses ambitions de promotion sur les échelons supérieurs, il revient sur sa percée due en partie à une bonne association.

Paul Franquet (à droite), célébrant sa victoire avec son ami, collègue et caddie ce jour-là, Antoine Aubouin. © Alps Tour

La vie de Paul Franquet aurait-elle été la même s’il n’avait pas fugué à l’âge de six ans ? Aussi malicieux pour être l’auteur d’une bêtise à la maison que craintif face à la possible réprimande, le jeune francilien a fait le choix de quitter le domicile… pour quelques heures seulement. À son retour, son oncle et sa tente, venus ce jour-là, lui glissent un club entre les mains. Dans le jardin, Paul tape ses premières balles. « Bêtise ou non, je pense qu’ils m’auraient tout de même fait essayer le golf » sourit l’intéressé. Quinze années plus tard, Paul tape toujours des balles. Mais il est payé pour le faire. Et le jardin s’est agrandi. « J’ai toujours su que j’allais être bon en jouant pour l’argent » plaisante-t-il. « Je n’ai toujours joué que pour les caméras de toute façon, j’adore qu’on me regarde. En amateur, quand je voyais que la finale du championnat de France par équipes Messieurs (trophée Gounouilhou, ndlr) était diffusée en live sur les réseaux de la ffgolf, je me disais ‘moi aussi je veux être filmé !’ »

Son parcours amateur définit grandement qui est l’homme de 21 ans aujourd’hui. Contrairement à beaucoup de ses pairs, Paul Franquet n'a jamais envisagé une parenthèse universitaire aux États-Unis. Un choix qui répète celui de deux de ses prédécesseurs -et aînés de quelques années seulement- : Tom Vaillant et Oihan Guillamoundeguy, tous deux sur le DP World Tour aujourd’hui. « Je trouvais que c’était nécessaire pour lancer la carrière pro » justifie-t-il. À la différence de ces deux-là avant cette étape, Paul a privilégié les tournois amateurs français pour faire ses armes, rarement à courir après les grands événements individuels internationaux. « Ce que j’adorais, c’était jouer la Gounouilhou. » Avec son club de Saint-Nom-la-Bretèche, intégré en 2019, il dispute deux finales et soulève le trophée au terme de la seconde en 2023. La récompense d’un niveau retrouvé après avoir traversé plusieurs années difficiles et parsemées d’instabilités.

La rencontre qui a tout changé

Passé par le pôle Espoirs du Golf National jusqu’à ses 15 ans, le jeune homme assiste à cette période-là aux prémices des changements de la formation national, en passe d’être centralisée au sein des deux Centres de performances nationaux du Golf National (Yvelines) et de Terre Blanche (Var). La transition crée une dissonance qui l’amène à quitter les rangs fédéraux, « direction Saint-Nom. » De là, il entame un travail avec un premier coach, Raphaël Marguery avec qui il restera trois ans. Mais un déménagement en Belgique de ce dernier amène le jeune athlète à opérer avec un autre technicien, Julien Grillon. Cette fois, le travail ne durera qu’une année. Jusqu’à arriver entre les directives de Vassili Sardyga fin 2022.

Le coach, qui rappelle fièrement avoir amené plus de soixante-quinze jeunes jusqu'aux championnats de France U12 et U14 entre 2008 et 2020, connaissait déjà la réputation de celui qui était encore gamin, « l'un des meilleurs de sa génération à quatorze ans. » Sauf qu’en trois ans, le joueur est passé d’une deuxième place nationale dans sa catégorie amateur au 230e rang. « À quatorze ans ils peuvent être bons et à seize ans, ne plus être nulle part », rappelle objectivement Vassili Sardyga, pointant du doigt la difficulté pour les talents précoces de concrétiser leur potentiel. Spécialisé, entre autres, dans l’analyse biomécanique des swings, l’entraîneur voit débarquer un Paul avec un grip et un mouvement en contradiction avec l’expression naturelle de sa morphologie. « Disons que chaque joueur à un chemin naturel et moi, je faisais l’opposé » résume le principal intéressé. « Il est dans un système terrien côté gauche » explique celui qui a lancé son académie DWP Haute Performance. « Le même que Scottie Scheffler, compare le joueur. On le voit bien chez lui avec son pied droit qui bouge énormément » Le diagnostic, une fois posé, a déclenché un chantier d'ampleur. Vassili y va de sa propre lecture : Paul swingue exactement à l'envers de ce que son corps réclame.

La reconstruction, entamée l'hiver 2022-2023, n'a rien eu d'une balade de santé. « Je ne tapais pas une balle, pendant trois mois je n'ai pas fait un score en dessous de 80. C'était un enfer » se souvient Paul. Mais au printemps qui suit, une médaille d’argent aux championnats de la Ligue Paris-IDF et un succès, majeur, à la qualification du championnat de France Messieurs (Coupe Ganay) viennent récompenser les choix du duo. « Vassili m'a un peu sauvé la vie » résume Paul Franquet.

La découverte et la montée

Aujourd’hui, l’association a apporté un nouveau succès à Paul, bien plus significatif dans leur quête professionnel : un premier titre avec ce statut, décroché lors de l’Allegria Open en avril dernier en Égypte. Car ce succès pro est aussi le premier de Vassili Sardyga. Habitué au milieu amateur, le coach a lui aussi découvert ce nouveau monde lorsque Paul y a débarqué en 2025, encore en tant qu’amateur. « Je n’ai jamais eu de joueur pro et j’ai perdu énormément de profils qui passaient professionnels parce que ce n’était pas du tout la même manière de les suivre. » Parmi les différences, il note l’exigence des joueurs qui devient extrême, la nécessité de travailler plus vite, et des préparations plus courtes à une saison ou à une reprise au milieu du calendrier… Son fonctionnement ne collait pas alors lui aussi s’est adapté. À coté de cette entreprise, Paul Franquet a gagné en maturité, passé un cap au putting avec son coach Antoine Schwartz et appris à gérer la pression avec son coach performance Cédric Denis. « Beaucoup de joueurs disent qu’ils ne regardent pas le tableau, qu’ils ne pensent pas à la conséquence de chaque coup mais je pense que c’est faux. On y pense tous. Pour moi, ça tourne à 4 500 km/h dans la tête » pose-t-il en préambule. Il reprend : « En septembre dernier, au moment de démarrer mon travail avec Cédric, j’avais déjà fait trois top 10 sur le circuit en tant qu’amateur mais je ne me pensais pas capable de réellement jouer la victoire. » Parfois bloqué à l’idée de voir son nom apparaître en haut des leaberboards, Paul se voit proposer un travail de visualisation : imaginer son nom tout en haut, à chaque fois. « Et depuis, il m’est arrivé à plusieurs reprises de vraiment voir mon nom dans les premières places et, bien qu’il y ait toujours cette petite pression, j’ai normalisé cette situation. »

À l’amorce d’un mois d’août qui fait office de pause au calendrier avant la reprise en septembre, celui qui pointe au 6e rang de l’ordre du mérite (le classement général de la saison) joue donc pour une montée sur la division supérieure, l’HotelPlanner Tour. Un droit octroyé normalement au top 5 du circuit mais qui, exceptionnellement, s’ouvre au top 7 suite aux promotions automatiques des n° 1 et n° 2, Andrea Romano et Maxime Legros. « Mais l’objectif est tout de même de finir devant eux pour rentrer plus vite dans les tournois l’année prochaine. » En attendant cette réussite, il regarde de temps à autres les tournois du DP World Tour et du PGA Tour, avec la même jalousie que lui véhiculaient les finalistes de Gounouilhou ; celle de vouloir aussi être filmé sur ces circuits.


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