En prenant la 12e place de l’AIG Women’s Open, Céline Boutier a signé son meilleur résultat en Majeur depuis son triomphe à Evian en 2023. De bon augure avant la Solheim Cup en septembre où elle accueillera au sein de l’équipe européenne Nastasia Nadaud, retenue ce lundi 3 août parmi les quatre picks de la capitaine suédoise, Anna Nordqvist.

Requinquée après sa solide semaine au British, Céline Boutier attend avec impatience la Solheim Cup © Liu Zhuang / LET

Elle a grimpé dans un avion – avec du retard parait-il – lundi matin depuis l’Angleterre avant de regagner son domicile à Dallas (Texas). Reposée, Céline Boutier a fait le point avec nous sur sa campagne 2026 en Majeurs qu’elle juge clairement décevante. Elle jouera dans les prochaines semaines deux tournois sur le LPGA Tour, à Portland puis à Boston, avant de rejoindre le Team Europe pour la Solheim Cup prévue du 11 au 13 septembre aux Pays-Bas. Elle y retrouvera quelques « têtes connues » comme Charley Hull et Carlota Ciganda mais aussi la native de Chambéry (73), Nastasia Nadaud. Comme en 2015 en Allemagne avec Gwladys Nocera et Karine Icher, il y aura donc deux Tricolores dans l’équipe européenne dont la mission sera évidemment de ramener le trophée sur le Vieux Continent.  

Cette 12e place à l’AIG Women’s Open est-elle un soulagement pour vous ?

Je ne dirais pas que ça a été un soulagement mais j’ai été malgré tout satisfaite d’avoir bien joué... Quand on regarde cette semaine au British, on s’aperçoit que ça s’est joué à rien. J’aurais pu gratter quelques coups ici et là. Mais de manière générale, je suis contente d’avoir pu finir sur une bonne note dans ce dernier Majeur de la saison car, il faut bien l’avouer, c’était un peu décevant jusque-là.

Y-a-t-il néanmoins une petite frustration qui vous anime quand on voit que ce tournoi s’est gagné à -5 ? Vous n’êtes pas si loin...

Oui, c’est vrai. Même par rapport au top 5... On est à un ou deux coups. J’aurais clairement pu y arriver. J’ai essayé de faire de mon mieux à chaque tour. Et puis sur les links, il y a des situations qu’on ne peut pas toujours contrôler comme les lies dans les bunkers, les chips qu’on va avoir, les rebonds aussi... C’est parfois aléatoire. J’aurais pu mieux faire forcément mais je reste quand même satisfaite de ma performance.

Malgré un vent très modéré durant le dernier tour, le parcours s’est, de toute évidence, très bien défendu aussi, non ?

Oui, je suis d’accord. Je pensais que les scores seraient un peu meilleurs. Mais le parcours s’est beaucoup raffermi durant le week-end. Au niveau des rebonds, c’était bien plus imprévisible. Le vent a aussi totalement changé le dimanche en termes de direction. On avait ouest et sud-ouest du lundi au samedi et le dimanche, ça a changé durant la partie en soufflant du nord. Cela a fait une différence énorme sur les choix de clubs, dès les départs. Cela a très certainement joué car on s’habitue à jouer le parcours de la même façon durant toute la semaine et là, d’un coup, c’était l’opposé. Et puis on n’oublie pas les greens qui sont devenus de plus en plus fermes. Le challenge a donc été bien plus difficile dans ce dernier tour...

Avez-vous le souvenir d’avoir disputé un British Open dans des conditions de jeu équivalentes, avec un parcours très sec et de tels rebonds sur les fairways ?

A St Andrews en 2024 (Ndlr, victoire de Lydia Ko), c’était un peu comme ça. Mais il y avait beaucoup plus de vent aussi. Cela a certainement joué sur les rebonds mais je me souviens qu’il y avait pas mal de roule. On m’a dit aussi qu’au Scottish Open, la semaine qui a précédé le British cette année, c’était assez dingue en termes de fermeté. Devant les greens, il n’y avait quasiment pas d’herbe parait-il...

Si vous deviez vous donner une note sur 10 dans cette campagne 2026 sur les cinq tournois du Grand Chelem, quelle serait-elle ?

Honnêtement ? Je dirais 4 (rires). C’est forcément décevant. Je n’ai pas réussi à performer. Et puis il y a eu ce cut manqué à Evian...

Cette contre-performance a-t-elle été difficile à digérer ?

Oui et non. Il y a deux ou trois trous qui m’ont barré la route. Sur 33 trous, j’ai joué -4 et sur les 3 autres trous, j’ai joué +7... Cela m’a coûté cher. J’ai trouvé ça dommage. D’autant que mon niveau de jeu n’était pas horrible. J’ai juste lâché deux à trois bois 3 à droite et de là, je n’ai pas réussi à m’en sortir. Du coup, ça m’a coûté le week-end. C’était décevant mais je n’étais pas non plus dévastée car je savais que mon niveau de jeu n’était pas à la rue.

Sur les Majeurs, mon niveau de jeu n’était pas au rendez-vous. Que ce soit au putting, au chipping ou dans le grand jeu. Il y avait un peu de tout.

Avez-vous identifié avec votre coach, Cameron McCormick, les secteurs de jeu dans lesquels vous devez vous améliorer pour rivaliser avec les meilleures dans ces événements si particuliers ?

C’est surtout mon long jeu qui n’a pas été à la hauteur. J’ai pas mal travaillé dessus la semaine avant le British. Cela m’a beaucoup aidé. Avec le vent et les conditions de jeu propres à ce Majeur, il faut savoir où placer la balle. Mais globalement, sur les Majeurs, mon niveau de jeu n’était pas au rendez-vous. Que ce soit au putting, au chipping ou dans le grand jeu. Il y avait un peu de tout. Il faut vraiment que j’améliore mon driving. Ce n’était pas assez constant. A l’U.S. Women’s Open, mes fers n’étaient pas à la hauteur de ce que je fais d’habitude. A Evian, il y a eux deux à trois coups qui m’ont mis dedans. Au KPMG (Women’s PGA Championship), c’était un peu le driving. Le Chevron (Championship), ce n’était pas si mal. Je n’avais pas trop mal joué. Mais je n’étais pas parvenue à scorer. Pour l’année prochaine, il faut vraiment que j’améliore tout ça.

Après le retour sur le LPGA Tour d’abord à Portland (13-16 août) puis ensuite à Boston (27-30 août), il y aura surtout la Solheim Cup aux Pays-Bas, du 11 au 13 septembre. Ce sera votre 5e participation et vous devenez l’une des cadres de cette équipe européenne avec Charley Hull et Carlota Ciganda...

Oui, c’est vrai. Je commence à devenir l’une des plus expérimentées. Ce qui est assez bizarre d’ailleurs. Je n’ai pas l’impression d’en avoir fait autant que ça (rires). Au-delà de ça, je trouve qu’on a un super groupe. J’ai partagé pas mal de choses avec Charley et Carlota, ça va faire ma 3e Solheim avec Maja (Stark) et Linn (Grant), 4 avec Leona (Maguire)... C’est sympa de pouvoir partager toutes ces expériences avec pas mal d’autres filles.

La Solheim Cup pour vous, ça représente quoi ?

C’est une expérience unique et inégalable. C’est un tournoi à part. C’est un moment inoubliable de partage et de passion. Le fait que ça se joue en équipe, en match play, que l’on change d’endroit tous les deux ans, c’est quelque chose de singulier. Les sensations sont aussi totalement différentes, que l’on se trouve en Europe ou aux Etats-Unis... Chaque Solheim Cup est différente d’une autre. Pour moi, il n’y a pas d’équivalent.

Si vous deviez retenir une seule de vos expériences en Solheim Cup, ce serait laquelle ?

Je pense que 2019 restera pour moi inoubliable. C’était ma première. C’était en Ecosse (à Gleneagles). Le public est toujours incroyable là-bas. C’est la maison du golf, le Home of Golf comme l’on dit. J’ai aussi pu jouer avec Georgia (Hall) avec qui j’étais vraiment à l’aise (Ndlr, 3 matches en double, 3 victoires). On a reçu un soutien incroyable. Ce fut sans aucun doute possible l’une de mes meilleures semaines dans ma carrière de golfeuse professionnelle. Si cela avait été aux Etats-Unis, ça aurait été très différent.  

 

L’Europe est-elle favorite cette année ?

C’est difficile à dire. Les Américaines sont toujours très fortes individuellement. Et c’est très souvent aussi le cas en Solheim Cup ou chez les garçons en Ryder Cup. Mais le fait d’être en Europe, ça nous aide un peu plus.

Connaissez-vous ce parcours du Bernadus Club, à s’Hertogenbosch ?

Oui. On est allé le jouer durant deux jours, juste après l’Evian Championship. Il y avait les dix premières (européennes) du ranking mondial. C’est un très beau parcours. Cela va être un bon test en match play.

Il y aura auprès de vous une autre Française, puisque Nastasia Nadaud fait partie des quatre picks de la capitaine, Anna Nordqvist. Comment avez-vous appris sa sélection ?

Je l’ai appris ce lundi (3 août). Je me doutais néanmoins très fortement qu’elle soit retenue dans l’équipe. Mais je n’ai pas essayé non plus d’avoir plus d’informations en amont de l’annonce, en ne cherchant surtout pas à influencer qui que ce soit.

Que pouvez-vous nous dire sur elle, que vous côtoyez cette saison sur le LPGA Tour ?

Personnellement, je ne la connais pas trop. Nastasia est beaucoup plus jeune que moi (21 ans). Nos chemins ne se sont pas souvent croisés, à part cette année. Mais depuis deux ou trois ans, elle est très constante dans ses résultats. Elle est très régulière cette saison. Son jeu est très solide, très complet. Elle fait pas mal de birdies. Je ne suis donc pas surprise qu’elle fasse partie de l’équipe. Je crois que j’ai une fois joué avec elle, il y a quelques années. Cela devait être à l’Open de France, très certainement à Deauville...

Peut-on vous imaginer toutes les deux réunies en doubles ?

Franchement, c’est possible. On n’a pas trop joué ensemble mais c’est quelque chose qui ne me déplairait pas. On est toutes les deux françaises, je suis assez ouverte de manière générale pour les pairings... Je pense que ça peut être une très belle expérience. J’ai souvent été associée en foursomes mais si je devais choisir, je préfère quand même les fourballs. Le foursomes, c’est une formule plus exigeante, c’est certain. On va bien voir !