Les calendriers des plus gros circuits de golf de la planète permettent, en théorie, de jouer en compétition quasiment toutes les semaines. Pourtant, où qu’on regarde, le nombre de tournois joués par un pro en une année dépasse rarement, et de peu quand c’est le cas, les 30. Limite physique ? Mentale ? Logistique ? Éléments de réponse.

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Tous circuits confondus et en omettant la Team Cup de janvier, Antoine Rozner a joué 26 tournois en 2025. © Warren Little / Getty Images - AFP

Qui est le joueur ayant joué le plus de tournois sur le PGA Tour en 2025 ? Réponse : l'Américain Eric Cole, 32 tournois au compteur. Et sur le DP World Tour ? L'Anglais John Parry, 32 tournois également. Et sur le LPGA Tour ? La Japonaise Rio Takeda, 30 fois au départ d'un premier tour. Tous les trois ont beau mériter le titre de Stakhanov en chef de leurs circuits respectifs, aucun n'a fait le grand chelem des tournois du calendrier. Et pas seulement pour des histoires de participation impossible, comme par exemple dans les Majeurs. Eric Cole, typiquement, a fait l'impasse sur le Rocket Classic, fin juin, et zappé un tournoi de la FedEx Cup Fall, à l'automne (alors qu'il pouvait y marquer des points, étant au-delà du top 50 de la saison). Takeda, constamment dans le top 20 mondial en 2025, n'est refusée nulle part. Mais le T-Mobile Match Play, début avril, s'est par exemple déroulé sans elle.

Partout, dans le golf professionnel, le franchissement de la limite de 30 tournois annuels est assez rare, y compris sur les circuits où il est, techniquement, largement possible. Sur le PGA Tour, en 2025, 15 joueurs ont participé à 30 événements ou plus. Et seuls deux d'entre eux, Joe Highsmith et Ben Griffin, ont goûté à la victoire. Dit autrement, la plupart se retrouvent dans ce peloton du fait d'être partis à la chasse aux points. Sur le LPGA Tour, cinq joueuses ont 27 tournois ou plus au compteur. Et ce alors que le calendrier, moyennant les exemptions adéquates, permet de s'aligner à 33 reprises. Mais alors, d'où vient cette limite ?

« Je sais le nombre de tournois que je fais dans la saison, c’est entre 27 et 32 selon les années, avec deux ou quatre tours si je passe le cut ou pas », indique par exemple Antoine Rozner. La saison 2025 du joueur français de 33 ans s'est bel et bien située dans cette fourchette. Tous circuits confondus, il a participé à 26 tournois, auxquels on peut ajouter la Team Cup, événement par équipes disputé début janvier, et un tour de qualification à l'U.S. Open, au printemps. En ayant passé 21 cuts, il a joué pile 100 tours de 18 trous en compétition l'an dernier (en exceptant la Team Cup, disputée en match play). « Les joueurs font à peu près 90 tours en compétition par an. Ça représente entre 27 et 30 tournois », confirme Mathieu Santerre, coach de plusieurs pros français, notamment de joueurs du DP World Tour. Cela donne déjà une idée de la distance parcourue à pied, rien que pour la compétition. Si l'on prend les 100 tours d'Antoine Rozner, que l'on multiplie par 12 km de marche (ce qu'indique sa montre connectée en moyenne), cela donne 1200 km, à la louche. C'est plus que la distance, à vol d'oiseau, entre Menton, dans les Alpes-Maritimes, et Porspoder, dans le Finistère : 1083 km.

On pourrait se dire que ce nombre, qui oscille entre 25 tournois pour la moyenne, et une grosse trentaine pour les plus acharnés, a été plus haut par le passé, à une époque où le golf en particulier, et le sport de haut niveau en général, mettaient moins l'accent sur la récupération. Mais même des joueurs à la réputation de bourreaux de golf dans leurs meilleures années n'allaient pas beaucoup au-delà. Lors de son historique saison 2004 (9 victoires sur le PGA Tour, premier joueur à franchir 10 millions de dollars de gains en une saison), Vijay Singh avait joué 31 tournois, circuits américain et européen confondus. Le Fidjien était pourtant bien dans les assidus tendance acharnés. En comparaison, la même année, Tiger Woods n'avait joué « que » 19 tournois. 

La tendance est d'ailleurs similaire aujourd'hui, avec les meilleurs mondiaux misant davantage sur la qualité que la quantité s'agissant de la compétition. En 2025, le n° 1 mondial Scottie Scheffler a joué 21 tournois. Son dauphin Rory McIlroy, 22. Chez les Dames, la n° 1 mondiale Jeeno Thitikul a disputé 20 tournois l'an passé. Dix de moins que Takeda.

Au passage...

En parlant d'entraînement, on peut se poser une autre question : en une année, combien les pros tapent-ils de balles au practice ? C'est très difficile à dire, même de donner juste un ordre de grandeur. Et ce pour une raison simple : personne ne s'amuse vraiment à compter. À moins qu'un radar soit connecté en permanence et fasse le boulot de tenir le compte, et encore. « Il faut vraiment compter tous les exercices qu'on fait, et c'est compliqué », confirme Antoine Rozner. « À l’entraînement, j’avoue, je ne sais pas combien je tape de balles, abonde Loïs Lau. On essaie plutôt de se donner un volume horaire. Mais à l’évidence, vu notre volume d'entraînement, on tape énormément plus de balles à l'entraînement qu'en compétition. »

Mathieu Santerre, de son côté, se souvient avoir, par le passé, tenu le compte du nombre de putts à l'entraînement avec certains joueurs. L'objectif était, par exemple, de 10 000 putts en une année. « Mais vu le temps qu’on passe à compter par rapport à la valeur ajoutée, le ratio n’est pas forcément intéressant », admet-il.

La chasse aux points est donc bien un facteur dans le fait de jouer 30 tournois ou plus dans une saison. Mais l'appétence individuelle pour la compétition également. « Il y a ceux qui jouent beaucoup et ceux qui jouent un peu moins, ils sont connus pour ça sur le circuit », confirme Antoine Rozner. Mais alors, pourquoi ne trouve-t-on personne, du moins sur les circuits ayant un calendrier étoffé, qui joue tous les tournois ? « On est dans un sport de cumul. Plus on en fait, plus on se donne l’opportunité de marquer des points, souligne Mathieu Santerre. Donc plus on joue des tournois, plus on peut mettre de points et avancer dans les rankings. » Mais le coach relève immédiatement l'équation à résoudre : « Tout ça, on ne sait pas non plus à quel prix on le paie, physiquement et mentalement. On ne pourra jamais le savoir précisément. »

Car peu importe le nombre de tournois disputés dans l'année, golfeur professionnel, cela reste un métier à plein temps. La plupart des semaines hors compétition sont consacrées à l'entraînement, qui est loin de consister à taper quelques balles par jour. « Dans une semaine d'entraînement, rien que pour le golf proprement dit, c'est environ 21 ou 22 heures, détaille Loïs Lau, récente lauréate d'un tournoi sur le Sunshine Ladies Tour. Et ça, c'est sans compter la salle de sport tous les jours, et les différentes activités physiques pour le cardio et garder la forme. »

« Même lorsqu'on mise sur la qualité à l'entraînement, le golfeur a quand même besoin de quantité, reprend Antoine Rozner. On a besoin d’en faire beaucoup, et d’en faire beaucoup sous pression. » Le Racingman aime bien, par exemple, commencer sa journée par une heure de sport de 8 h à 9 h, avant de passer le reste de la matinée sur la zone d'entraînement golfique, et de faire 18 trous l'après-midi.

Le nombre annuel de tournois, c'est une chose. Mais un paramètre qui compte aussi beaucoup, c'est le nombre de tournois joués consécutivement, entre deux semaines vierges de compétition. « L'an dernier, à un moment, j'ai fait sept tournois en huit semaines, se souvient Antoine Rozner. C'était vraiment beaucoup, je le sentais. » Non seulement en termes de fatigue, mais surtout, cela peut se ressentir dans les scores. Edoardo Molinari, le statisticien attitré de bon nombre de joueurs de haut niveau, a pu constater cela en disséquant les performances du Français. « Il m'a dit que, lorsque je jouais une série de tournois, les troisième et quatrième étaient ceux où j'avais les meilleurs résultats en moyenne, explique le triple vainqueur sur le DP World Tour. En revanche, dès qu'on passait au cinquième ou au sixième, ça allait moins bien. »

Il faut donc arriver à couper de temps en temps. Et cela ne concerne pas seulement les circuits aux calendriers affichant une quarantaine d'événements dans l'année. Sur les circuits de deuxième ou troisième division, même avec une vingtaine de dates par an, les gros enchaînements peuvent survenir. Ayant évolué l'an passé sur le LET Access Series (Letas), soit la deuxième division féminine européenne, Loïs Lau y a disputé 19 tournois, soit l'intégralité de la saison. Mais typiquement, au mois de juillet, elle a passé quatre semaines en tournoi, sans coupure. « À la fin de cette série, je sentais la fatigue, avoue-t-elle. C'est vrai que j'ai joué tous les tournois du Letas l'an passé, mais si j'avais eu quelques gros résultats en début d'année pour marquer beaucoup de points, je n'aurais sans doute pas tout joué. »

Tout le monde est donc d'accord sur la nécessité de s'accorder, le plus régulièrement possible, des semaines sans tournoi. Mais combien ? une ? deux ? plus ? Et puis, comment remplir cette semaine ? Avec de l'entraînement intensif ou avec de la récupération sans toucher les clubs ? Sur ces aspects, l'individualisation prime. « Si on coupe trop longtemps, à un moment, ça peut être préjudiciable, appuie Antoine Rozner. La préparation physique, on ne peut pas la couper complètement. » Mathieu Santerre, de son côté, a mis en place différentes approches selon les joueurs avec lesquels il travaille. « Quand il a plusieurs semaines de break, Romain Langasque ne touche pas au club quasiment pendant la première semaine, illustre-t-il. Parce qu'il a besoin de reprendre de l'énergie, surtout mentale. » L'an passé, Martin Couvra, autre poulain de Santerre, a adopté un schéma similaire. « Mais on s'est rendu compte que, avec lui, sur la semaine d'entraînement (la deuxième), on essayait juste de se remettre à niveau, on ne faisait pas de capitalisation, constate l'entraîneur. Cette année, on a changé les choses, on reprend le mercredi de la première semaine. »

Avec tout cela, risquons-nous à quelques calculs simples. Partons d'un calendrier comprenant entre 36 et 44 dates, soit entre 9 et 11 mois de compétition. Et appliquons une moyenne raisonnable citée à la fois par Loïs Lau et Antoine Rozner : trois tournois par mois. Cela nous donne... un bas de fourchette à 27 tournois dans l'année, et un haut à 33. Mathématique.


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