Retraitée des fairways depuis 2020, Karine Icher affiche l’un des plus solides palmarès du golf français. Quintuple vainqueur sur le LET entre 2001 et 2005, présente sur le LPGA Tour pendant quinze ans sans interruption, victorieuse de la Solheim Cup 2013, la Castelroussine vit désormais à Scottsdale, en Arizona, et s’est reconvertie dans l’immobilier de luxe.

Ses plus beaux souvenirs, c'est en Solheim Cup que Karine Icher les a vécus © Tristan Jones / LET

Quand on lui a proposé de relancer cette rubrique « Que sont-ils devenus ? », Karine Icher n’a pas hésité une seconde. Epanouie dans sa « nouvelle vie » loin du tumulte du LPGA Tour, la Française garde néanmoins toujours un œil avisé sur le golf de haut de niveau, tout en conservant des relations étroites avec Anne-Marie Palli et Céline Boutier et quelques autres grandes joueuses américaines. 

Racontez-nous un peu votre nouvelle vie...

Pour rappel, j’avais débuté la saison 2020 en Australie (ISPS Handa Vic Open) et juste après, le Covid est arrivé. Le Tour s’est arrêté pendant six mois. Quand ça a repris, c’était juste l’enfer au niveau des tests de dépistages à suivre... Et puis avec deux enfants sur le circuit, c’était hyper compliqué. La crèche n’était ouverte qu’à partir du mercredi. Je me suis alors dit : « Là, c’est un signe. A plus de 40 ans, j’ai fait mon temps. » J’ai donc décidé de raccrocher. On habitait en Floride, à Orlando. Avec mon mari (Fred Bonnargent), on se disait que la Floride c’était bien pour s’entraîner mais ce n’était pas du tout un endroit qui nous plaisait pour élever nos enfants. Orlando, c’est surtout les parcs (d’attraction) et le shopping. Nous, on a toujours aimé la côte Ouest. On a donc mis notre maison en vente et on est venu s’installer en Arizona. 

Et maintenant, c’est vous qui vendez des maisons ?

Tout à fait ! Fred a continué à caddeyer deux, trois ans et moi, je me suis dit : « Qu’est-ce que tu veux faire ? » Une amie m’a soufflé : « Toi, tu joues au golf. En Arizona, il y a plein de parcours de golf. Pourquoi tu ne passes pas ta licence d’agent immobilier ? » Dans une vie, on achète et on vend des maisons. Ce n’était pas bête comme idée. En plus, comme c’était en pleine période de Covid, on pouvait passer cette licence par internet. Je me suis inscrite. J’ai eu ma licence au deuxième coup en 2022 – en anglais, ce n’est pas si facile que ça car c’est beaucoup de par cœur avec des lois à apprendre – et je suis contente car c’est un milieu qui me plait bien.

Votre carrière de joueuse pro sur le LPGA Tour vous a-t-elle aidée ?

Oui, c’est un plus. On se rend compte qu’on vend ou on achète une maison un peu plus sur un parcours de golf que si on restait dans un bureau. Comme partout, il y a des gens intéressants, d’autres un peu moins. Dans l’ensemble, même pour sa culture personnelle, c’est enrichissant. Je suis entrée chez Sotheby à Scottsdale. On est dans le milieu du luxe. Ce qui colle avec le golf. Je vends des maisons plutôt haut de gamme. J’ai également rencontré ici un agent français, qui fait partie des meilleurs au monde chez Sotheby, Jean-Michel Edery. C’est devenu un peu mon mentor. Il m’a pris sous son aile. Je le connaissais un peu d’avant quand on cherchait une maison. En plus, c’est un golfeur. Je lui donne des cours de golf et lui il me donne des cours d’immobilier (rires). Cela se passe très bien. J’essaie de faire ma petite place ici comme je peux.

 Au son de votre voix, on sent que vous prenez beaucoup de plaisir avec votre nouveau métier...

Rester à la maison en tant que maman au foyer, c’est quelque chose que je n’envisageais pas. Je n’aime pas ne rien faire. Et puis ça vous permet d’avoir vos propres horaires. Je n’ai pas de patron au-dessus, je ne dois pas aller au bureau de 8h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00. C’est plutôt cool car je retrouve les mêmes façons de fonctionner que lorsque je jouais au golf. On est son propre chef.

Arrivez-vous à jouer encore un peu au golf aujourd’hui ?

Oui, un peu. Pour m’amuser. Avec des amis. De temps en temps avec des clients aussi. Mais si je ne joue pas pendant six mois, ce n’est pas grave. Cela ne me manque pas.

Avez-vous eu affaire à des pros de golf qui veulent acheter une maison sur Scottsdale et ses environs ?

Non, pas encore. Tiens, j’en profite pour faire ma pub. S’il y en a qui veulent s’installer ici, qu’ils m’appellent (rires). J’ai essayé de contacter la LPGA pour leur dire que s’il y avait des joueuses qui veulent s’installer, c’est plus facile de me parler plutôt qu’à quelqu’un qu’elles ne connaissent pas. Mais la LPGA ne relaie pas ce que peuvent faire les filles après leur carrière. Je pense ici à Cristie Kerr, qui est à Phoenix et que je vois souvent. Elle a monté une marque de vin. Il est très bon et très bien noté aux Etats-Unis mais la LPGA ne prend pas son vin comme vin officiel. Des Pro-Am, des soirées, il y en a toutes les semaines et au lieu de prendre la piquette du coin, pourquoi ils ne prennent pas le vin de Cristie Kerr, une ancienne joueuse ? C’est un peu dommage. Et des histoires comme ça, il y en a plein.

Continuez-vous à suivre l’actualité golfique ?

Un petit peu. Je suis les joueuses que je connais. Mais je regarde ça de loin.

Visiblement, le haut niveau ne vous manque pas...

Ce qui ne me manque pas, c’est l’entraînement. Mais pas du tout. Après, j’ai envie de dire que l’adrénaline et le fait de se battre pour la gagne ou d’être bien placée le dimanche sur les neuf derniers trous, ça, ça me manque un peu, oui. Mais tout le reste, les voyages, être dans les hôtels tout le temps, non, pas vraiment.

Etes-vous restée en contact avec certaines filles du LPGA Tour ?

Oui. J’échange beaucoup avec Céline Boutier. On est assez proches. Quand elles viennent jouer ici, à Phoenix, je vais les voir jouer. Les autres ? Je ne les connais pas beaucoup. Je connais un peu Pauline (Roussin-Bouchard). Elle arrivait juste quand c’était ma dernière année. Et puis il y a aussi Anne-Marie Palli (Ndlr, première française à s’être imposée sur le LPGA Tour) qui vit à Phoenix. On se voit assez souvent. De façon générale, quand je regarde un leaderboard du Tour aujourd’hui, si j’en connais dix, c’est le grand maximum.

Quel regard portez-vous sur les Françaises qui évoluent sur la LPGA ?

C’est bien. Il en faut de plus en plus. Il y a quatre Françaises quand les Coréennes sont soixante-dix ! Plus on en aura, plus on aura la chance d’avoir des joueuses qui performent. Après, le niveau augmente d’année en année. Cela tape de plus en plus fort. Emotionnellement, elles sont de plus en plus fortes aussi. Quand j’étais encore sur le Tour, les filles qui frappaient le plus fort, aujourd’hui, elles feraient partie de celles qui vont le moins loin. Quand on a 20 ans, on n’a pas le même corps qu’à 35 ans. C’est encore plus marqué chez les filles que chez les garçons. Les Françaises doivent donc suivre le rythme. J’imagine que ce n’est pas facile. Je leur souhaite de réussir le mieux possible.

Combien de temps aviez-vous mis pour vous adapter à la vie américaine ?

Peut-être trois à quatre ans... Aujourd’hui, les filles sortent directement des universités. Ce n’est pas pareil. Toutes les jeunes qui arrivent sont toutes passées par des facs US. Elles sont déjà prêtes à la vie américaine, j’ai envie de dire. Venir du LET, ne pas avoir fait de fac aux Etats-Unis et débarquer sur le LPGA Tour (à l’instar de Nastasia Nadaud), oui c’est un véritable changement. Il faut déménager, trouver un coach ici, avoir un caddie... C’est tout un chamboulement. Il ne faut pas croire que l’on peut continuer à vivre en France et effectuer des allers-retours... Pour moi, ça ne marche pas. Cela n’a fonctionné pour aucun, joueuse ou joueur. Si on fait le choix de jouer sur le sol américain, il faut jouer la carte américaine. Alors oui, la nourriture est différente, la culture est différente, tout est différent. Mais c’est la condition sine qua non pour réussir.

Quelle est la joueuse la plus talentueuse avec laquelle vous avez jouée ?

(Sans hésiter) C’est Annika (Sörenstam). Cela reste une légende. Elle sera difficile à battre. De part ce qu’elle a réussi à faire durant sa carrière. C’était un robot. Rien n’était laissé au hasard chez elle. Tout était calculé. Elle va rester dans les annales, à l’image d’un Tiger Woods. C’est pareil.

Nelly Korda peut-elle suivre sa trace ?

Je ne pense pas, non. Nelly est très forte mais je pense qu’elle arrêtera très vite. A l’image de sa sœur ainée, Jessica. Elle attend d’ailleurs un 2e enfant. Je pense que ces filles font une carrière courte, à l’image un peu des Coréennes, comme Inbee Park par exemple. Annika a toujours été régulière du début à la fin de la saison. Nelly Korda, elle performe surtout en début d’année. A partir du mois d’août, une fois que les Majeurs sont passés, il n’y a plus personne. Alors oui, elle va faire des bons résultats mais elle ne va pas enchaîner trois, quatre ou cinq tournois et gagner. Nelly Korda est très forte mais je ne la vois pas perdurer dans le temps comme une Annika, une Juli Inkster ou comme une Laura Davies. Je me trompe peut-être mais prenez les résultats de Nelly Korda à partir de la mi-août, soit elle est blessée, soit elle est fatiguée, soit elle zappe des tournois. Une fois que le British est passé, plus rien ne l’intéresse. En fait, elle engrange de janvier à début août car elle doit avoir une préparation hivernale complètement folle, et fin juillet, début août, elle est cuite.

Quel a été votre plus beau souvenir en tant que joueuse ?

Ce sont les souvenirs en Solheim Cup. C’est une fois tous les deux ans, dans des formats qu’on n’a pas l’habitude de jouer. C’est cool de pouvoir jouer en équipe. Même si le golf est un sport individuel. Celle qu’on avait gagnée en 2013 aux Etats-Unis, c’était bien. Cela faisait un moment que les Européennes n’avaient pas gagné sur le sol américain.

Et votre plus grand regret ? Ne pas avoir gagné sur le LPGA Tour ?

Oui, peut-être. Je ne peux pas vraiment regretter non plus. Quand j’étais en position de gagner, je faisais tout pour pouvoir le faire. Si ça ne s’est pas fait, c’est que ça ne devait pas se faire. Je pense avoir fait une bonne carrière. Celle que je devais faire. Je n’ai pas gagné, c’est vrai. Tant pis. Peut-être dans une autre vie (rires).

Et si l’une de vos filles voulaient devenir professionnelle de golf, valideriez-vous son choix ?

Je la soutiendrai à fond mais je ne vais pas leur dire de faire ce métier. Si c’est ce qu’elle veut faire, je serai évidemment derrière elle. Mais je ne vais pas les influencer. Pas du tout même (rires).