Sébastien Vivé, 51 ans, ostéopathe depuis 1999, baroude sur le Tour européen depuis 2007. Le Landais, qui possède deux cabinets à Dax et à Hossegor, nous en dit plus sur son métier, aujourd’hui indissociable du golf professionnel.
Sébastien Vivé vient de réaliser un gros coup. En compagnie de son compère Damien Grison, il est parvenu à monter en l’espace de sept mois seulement la Coupe des capitaines, la Ryder Cup à la française, réunissant les meilleurs golfeurs tricolores sur trois parcours des Landes (Moliets, Hossegor et Seignosse) et remportée le samedi 13 juin par l’équipe Est de Raphaël Jacquelin. Présent cette semaine à Pléneuf-Val-André (Côtes-d’Armor) au Blot Play9, sur l’HotelPlanner Tour, il était encore il y a quelques mois sur le DP World Tour, notamment en Inde et en Corée du Sud.
Comment êtes-vous arrivé sur le Tour européen ?
J’exerce à Dax (Landes) depuis 1999, l’année où j’ai obtenu mon diplôme. Je possède d’ailleurs toujours mon cabinet dans cette ville ainsi qu’un autre à Hossegor. Tout a démarré grâce à Julien Pargade qui m’a un jour passé un coup de fil pour une tout autre raison. Il était alors basé à Londres. Dans la conversation, étant moi-même délégué au registre des ostéopathes de France, je lui ai demandé si le Tour ne cherchait pas quelqu’un. Hasard ou pas, il se trouvait que l’ostéo du Challenge Tour (aujourd’hui HotelPlanner Tour) voulait arrêter. Je partais en vacances à Saint-Domingue avec la famille. On m’a demandé de faire un CV à la va-vite et trois semaines après, j’étais à Madrid sur l’European Tour. C’était en 2007. On est en 2026. Cela va faire bientôt vingt ans !
Au milieu des années 2010, il y a eu du changement pour vous. Racontez-nous.
Aux alentours des années 2015, 2016, des joueurs français, dont Michael Lorenzo Vera, Grégory Havret, Benjamin Hébert et Julien Quesne m’ont dit : « Mais pourquoi tu ne ferais pas ça en privé, avec nous, plutôt que de rester sur le Tour ? » J’ai étudié la question. J’avais fait un peu le tour au niveau du DP World Tour. Sur le Challenge Tour, c’était physique car j’étais tout seul toute la journée pour traiter trente garçons. Je me suis dit : « Allez, je tente le coup. » Je suis parti avec Julien Pargade (frère de Laurent Pargade), qui était aussi ostéopathe sur le DPWT. On a décidé de prendre en charge un groupe de cinq à six joueurs français. Et on se partageait une douzaine de tournois par an. Julien a arrêté. Moi, je travaille toujours pour le Tour quand ils ont besoin d’aide. J’étais récemment en Autriche sur le DPWT. J’étais en Inde puis en Corée il y a quelques mois pour le Tour encore... Je suis resté en bons termes, et je leur donne un coup de main de façon ponctuelle.
Le golf, vous connaissiez ?
J’étais golfeur depuis l’âge de douze, treize ans. Le golf n’était donc pas inconnu pour moi, même si je jouais moins en 2007. Mais je ne connaissais pas du tout le monde du golf professionnel.
Concrètement, comme ça se passe pour vous sur le Tour européen ?
La structure du DP World Tour paye ici un service rendu aux joueurs. Ils viennent gratuitement se faire traiter, quand ils veulent, quand ils peuvent selon leur emploi du temps. On est présent du mardi au dimanche sur les tournois. Sur le Challenge Tour, c’est un peu plus folklorique. On arrive avec la table. Alors que sur le Tour, on a deux camions physios désormais, un dédié à l’espace gym et récupération, et un autre dédié aux soins avec des tables d’ostéos, des tables de traitements. Un médecin est constamment présent. On est donc plus nombreux.
Quel est le rôle exact d’un ostéopathe par rapport à un kinésithérapeute ?
La philosophie de l’ostéopathe est d’essayer, face à un symptôme bien défini, de remonter à la cause du problème. Le kiné, lui, va faire beaucoup de rééducation post-traumatique, post-chirurgicale mais il ne va pas forcément aller chercher les causes de ces problèmes. Nous, on est vraiment là pour faire à la fois de la prévention, redonner un équilibre mécanique au corps de manière à ce que celui-ci puisse se défendre après de façon optimale. On part du principe que si le corps est bien équilibré à tous niveaux, il a les capacités de s’auto-gérer, de s’auto-guérir et de se défendre de manière optimale. Sauf que dans la vie quotidienne, vous avez plein de stimuli et d’agressions du monde extérieur, qu’elles soient psychiques, diététiques, climatiques, traumatiques... En cas d’accumulation trop importante d’agressions, votre corps est comme un ordinateur. Si on lui demande d’effectuer cinquante tâches à la fois, vous avez beau avoir le meilleur processeur du monde, à un moment donné, soit ça rame, soir ça plante. Ou comme une voiture. Si vous avez un pneu arrière dégonflé, les trois autres vont « morfler » car ils vont devoir s’adapter. Le corps est donc en perpétuelle adaptation et compensation. Nous sommes là pour lui redonner un équilibre afin qu’il ne soit pas là à puiser dans cette énergie.
Quels sont les maux que l’on soigne le plus chez les golfeurs ?
Il faut préciser que je ne suis pas là parce qu’ils ont mal toutes les semaines. Je suis là de manière à prévenir ou à endiguer la douleur. Je peux avoir un rôle symptomatique sur le joueur qui a vraiment mal sur un tournoi mais tout le travail que l’on met en place, c’est un travail de récupération, de prévention et de rééquilibrage comme je l’ai dit plus haut. Afin d’éviter au maximum la blessure. Mais pour répondre à votre question, ce sera surtout le dos en général. Le bas du dos et le milieu du dos... Le golf est un sport essentiellement rotationnel, que ce soit au niveau des hanches qu’au milieu du dos. Il faut donc toujours relâcher les tensions musculo-tendineuses qui apparaissent au fil du temps. Parce qu’on voyage tout le temps, qu’on s’entraîne tous les jours, qu’on change fréquemment d’hôtel, sans oublier le stress. Tous ces facteurs font que le corps subit des tensions. On est vraiment là pour du relâchement, de l’écoute aussi car on peut parfois, au sein d’un staff, avoir un rôle de psychologue. On essaie de louer des maisons où on réunit les joueurs mais aussi le préparateur physique, et également un cuisinier... Je vais les voir (les joueurs) pour les échauffer, ou être présent pendant les échauffements, et après le tour, réaliser du stretching, du message, rééquilibrer tout ça. En début de semaine, on est dans de l’ostéopathie pure et au fur et à mesure que la semaine s’écoule, on va aller plus dans de la récupération.
Ces soins sont-ils quotidiens ?
Tout à fait. Cela peut même être plusieurs fois par jour, mais de façon générale, après un tour, ça dure une heure à chaque fois. On dialogue beaucoup aussi avec le préparateur physique pour détecter des zones du corps qui peuvent être un peu plus travailler que d’autres.
Avec qui travaillez-vous en ce moment ?
Je suis avec Antoine Rozner, Romain Langasque et Julien Guerrier... Je m’occupe aussi d’Oihan (Guillamoundeguy) quand il est à la maison (dans les Landes). Chaque année, je traite une quarantaine de joueurs car il y en a qui partent, d’autres qui reviennent... Depuis 2007, j’en ai vu beaucoup mais à l’instant T, les trois que je viens de citer sont ceux avec qui je travaille. Je n’ai jamais travaillé avec des Anglophones.
Êtes-vous à la fois défrayé par le Tour et payé par les joueurs avec qui vous travaillez en privé ?
Quand je suis le Tour, c’est lui qui prend tout en charge. Les joueurs, eux, me défraient mes déplacements et mes frais de bouche, ainsi que ma prestation d’ostéopathe sur la semaine.
Y-a-t-il des demandes particulières de la part des golfeurs ?
Non. J’aurais tendance à penser qu’une certaine routine s’installe. On ne peut pas inventer des techniques. Tous les jours une heure, ce sont des routines avec le même type de traitement. À part si le joueur a des soucis particuliers la semaine où je suis avec lui en tournoi. Là, on va axer sur la problématique, bien évidemment, et peut-être se voir deux fois dans la journée, s’il y a besoin, avec des douleurs un peu plus importantes.
Avez-vous une anecdote à nous faire partager ?
On était en 2013, je crois, au Rolex Trophy, à Genève, sur le Challenge Tour. José-Filipe Lima arrive le mercredi et me dit : « Seb, je me suis bloqué au practice. Je ne peux plus bouger le dos. Je vais être obligé de me scratcher. » « Attends, on va regarder tout ça ! », lui ai-je répondu. Il s’était bloqué une côte, que j’ai réussi néanmoins à manipuler. A l’arrivée, il a fini troisième ex æquo du tournoi. Cela avait été cocasse ! Et c’est là que c’est sympa d’avoir un ostéopathe sur place. L’efficacité de l’ostéopathie peut être miraculeuse de temps en temps, sur certains blocages fonctionnels et mécaniques.
Et si vous deviez retenir votre meilleur souvenir ?
Je dirais les British Open... Des championnats du monde à Mexico aussi... Accompagner Antoine Rozner à Miami l’an passé sur le PGA Tour, c’était pas mal également... J’aurais donc tendance à dire les gros tournois et l’ambiance qui règne alors. La première fois que vous arrivez à St Andrews, quand on est golfeur, c’est quand même quelque chose. Même quand on y est allé dix fois, on ne s’en lasse jamais. J’ai aussi le souvenir de The Open, en 2021, au Royal St George’s. C’était pendant le Covid. On était obligé d’être « inside the ropes » toute la semaine. Chose que l’on ne fait jamais. On n’avait pas le droit d’être avec les spectateurs. Je me suis ainsi retrouvé avec le père de Xander Schauffele qui jouait la même partie que Langasque, si je me souviens bien. On a discuté dix-huit trous avec lui. C’était assez incroyable.
Et sur le PGA Tour, c’est vraiment un autre monde ?
On était avec Antoine (Rozner) à Palm Beach Gardens, sur le Cognizant Classic. Je ne me suis pas senti complètement subjugué. Mais au niveau des infrastructures, de l’organisation, de la qualité des parcours, on est dans l’équivalent des très gros tournois européens. Comme le Scottish par exemple. Il y avait pas mal d’Européens qui jouaient, je n’étais donc pas vraiment en terre inconnue. Après, ce qui est vrai, c’est que les Américains ne sont pas comme chez nous à faire des grandes tablées avec les copains, manger ensemble au Players Lounge... Ils sont un peu plus perso, les Américains. C’est beaucoup plus individuel. Mais ça reste sympa de se dire qu’on est sur le PGA Tour. Ce qui me reste à vivre, c’est un Masters. Je n’y suis jamais allé. Et puis travailler pendant une Ryder Cup (rires). C’est d’ailleurs pour ça que j’ai organisé la Ryder Cup française !
Jusqu’à quand vous voyez-vous encore exercer sur le Tour ?
C’est une bonne question. J’ai hésité un moment à arrêter. Je trouvais que je baissais un peu de rythme. Même si les gens pensent que tu pars en vacances sur un tournoi tout en prenant l’avion, c’est tout sauf des vacances. Souvent, mes clients me disent : « Passez de bonnes vacances. » Je me lève très tôt et je ne me couche pas très tard justement... Quand il y a un départ à 6 h 30, il faut être présent à 4 h 30 au golf. Et attendre le soir 21 h pour finir ta journée. Je ne travaille pas douze heures mais c’est long. Alors quand ? Je ne sais pas. Si je suis trop submergé par les organisations de tournoi, peut-être que je diminuerai (rires). Mais tant qu’ils me veulent... Tant que j’ai l’énergie et l’envie, je n’ai pas de date limite. C’est sûr qu’en vingt ans, ça m’a peut-être causé quelques désagréments avec mes clients, avec des gens qui pensaient que je n’étais jamais là. J’ai démarré dans l’ostéopathie il y a vingt-cinq ans. On était trois dans mon bled, à Dax. Maintenant, on doit être soixante. Même si le gâteau s’est agrandi en termes de gens qui consultent un ostéopathe par rapport aux années 90 où l’ostéopathie était encore confidentielle – l’exercice de l’ostéopathie a été légalisé en 2004 – les parts, elles, ne se sont pas agrandies de la même façon. Il y a trop d’ostéopathes formés, il n’y a pas de numerus clausus... Bref, c’est compliqué. Il y en a beaucoup qui arrêtent.