Membre de l’Asian Tour pendant presque dix ans, Lionel Weber a raccroché les clubs à l’issue de la saison 2022. Mais l’Alsacien originaire de Mulhouse est resté dans le milieu. Il officie désormais depuis 2024 en tant que coach indépendant, essentiellement au Golf du Rhin, à Chalampé (68), avec comme premier horizon le grand fleuve frontalier et l’Allemagne à portée de fer 9.

Lionel Weber (à gauche) en stage en Espagne avec l'équipe ETR Grand-Est U12-U14 © DR

C’est à Riedisheim, dans la proche banlieue sud-est de Mulhouse, que Lionel Weber coule des jours heureux en compagnie de sa femme et de ses jumeaux, Paul et Oscar. Revenu définitivement en France à l’issue de sa dernière expérience en Asie en 2022, l’Alsacien, 36 ans le 5 septembre prochain, met aujourd’hui son expérience au service des joueurs souhaitant évoluer comme il le souligne lui-même « à la fois dans un cadre structuré, professionnel et exigeant. »

A quel moment avez-vous stoppé exactement votre carrière de joueur professionnel ?

J’avais décroché un droit de jeu via les Cartes sur l’Asian Tour en février 2020 mais le circuit a été stoppé durant dix-huit mois en raison du Covid-19. J’ai repris en 2022 et ce fut ma dernière saison en Asie. En tout, j’ai fait presque dix ans sur l’Asian Tour puisque j’avais débuté en 2013.

Qu’est-ce qui vous a poussé à actionner le clignotant et à vous fixer de nouveaux objectifs ?

Ce qui m’a toujours passionné au golf, c’est de devenir à chaque fois meilleur et progresser. Mais j’ai senti à un moment donné une stagnation dans ma carrière. L’âge est aussi entré en compte dans ma réflexion. C’est quand même une vie de baroudeur, avoir toujours sa valise près de vous, et tout ce que cela implique. J’avais aussi cette idée de revenir au pays, étant basé essentiellement en Thaïlande durant mes années sur l’Asian Tour. J’aspirais à avoir un mode de vie un peu plus posé. Mes résultats sportifs n’étaient pas au niveau en 2022, je faisais beaucoup d’aller-retours entre la France et l’Asie pour les tournois. Tout cela était bien plus compliqué que lorsque je vivais sur place, à Hua Hin.

Le fait de devenir papa de jumeaux à l’été 2023 a-t-il été aussi la raison qui a accéléré votre décision de changer de vie ?

Oui. La vie d’un golfeur pro est souvent faite de sacrifices, loin des siens, des gens qu’on aime. On part plusieurs semaines, et quand on rentre on doit malgré tout continuer à s’entraîner, à garder le rythme. Je suis très reconnaissant d’avoir vécu en tant que joueur une partie de mes rêves, même si, en tant que compétiteur, on en veut toujours plus, mais je suis ravi d’être là aujourd’hui pour mes enfants. C’est un équilibre de vie qui me convient et je suis très heureux.

Depuis janvier 2024, vous avez démarré un nouveau métier, celui de coach indépendant. Racontez-nous...

J’officie au Golf du Rhin, à Chalampé (68). J’assure l’école de golf du club mais il y a aussi des leçons privées, tout en suivant quelques bons joueurs amateurs. J’effectue également des interventions en tant que coach de Ligue pour la région Grand-Est. Avec principalement les U12. En termes de transmission, je trouve que c’est gratifiant de pouvoir aider les meilleurs jeunes de ma région. C’est beaucoup de plaisir. J’avais passé mon BP JEPS il y a quelques années et j’ai passé depuis le diplôme d’entraîneur. C’est une satisfaction de l’avoir eu, tout en croisant au Golf National des formateurs passionnés qui apportent toujours des connaissances supplémentaires, qui proposent des formations intéressantes... J’ai également commencé des journées au Golf de Bâle (qui a la particularité de se trouver en... France), où l’on parle aussi bien le français, l’allemand que l’anglais. Ce sont des challenges qui me plaisent tout en voulant devenir un meilleur coach, un meilleur pro et un meilleur papa. Etant en début de carrière, c’est, je pense, important de goûter à différentes choses pour voir ensuite vers quoi on va se diriger. M’occuper de débutants, des jeunes, des plus âgés, du haut niveau, organiser des voyages de golf... Tout ça me plait !       

Entraîner des pros, est-ce pour vous la prochaine étape ? Y avez-vous déjà pensé ?

Pour y parvenir de façon très concrète, avec un suivi global, il faut s’y consacrer à 100 %. C’est un travail à plein temps. C’est une hérésie de dire qu’on peut allier une école de golf, suivre des débutants, donner des cours dans les clubs et assurer un suivi avec les pros... Pour moi, ce n’est pas possible de faire bien le job un peu partout. Quand j’étais joueur, je voyais les attentes que j’avais avec mes différents coaches. Si j’étais dans une dernière partie le dimanche et que je ressentais le besoin d’appeler mon coach le samedi soir à 20h30, j’avais envie de l’avoir tout de suite et de lui parler. Il faut être donc dispo tout le temps, être prêt aussi à voyager car il y forcément un suivi sur place, sur les tournois. Si on veut le faire de manière idéale, c’est comme ça que je vois les choses... Si je devais choisir cette voie, je devrais arrêter l’entraînement dans les clubs et m’y mettre à fond... Mon discours par rapport à cette question a d’ailleurs changé en un an et demi de pratique. C’est en voyant la réalité du terrain que l’on prend de l’expérience et du recul par rapport à cela. On veut au départ être partout, tout faire mais il y a très vite une réalité qui vous saute au visage.

Continuez-vous à suivre l’actualité golfique de haut niveau ?

Oui, évidemment. Je suis les différents circuits. Cela me rappelle d’excellents souvenirs. Quand je jouais par exemple avec Ryan Fox à l’Ile Maurice sur l’AfrAsia Bank Mauritius Open, sur le parcours d’Anahita. J’avais joué avec lui lors d’une tempête de vent. On avait plein vent contre sur ce trou dont le green donne sur la mer (le 4). Il jouait déjà à une vitesse folle et il avait envoyé un avion en l’air alors que je ne pensais qu’à jouer une balle basse. Il m’avait mis plus de 100 mètres au drive. Alors quand je le vois remporter le British Open en jouant comme ça, ça me rappelle de belles choses.

Quoi d’autre ou qui d’autre ?

Oh, je pense aussi à Shaun Norris avec qui je partageais ma chambre sur l’Asian Tour. Je me souviens de Kurt Kitayama également, un gars super sympa. J’étais même avec lui aux Cartes européennes à Hardelot... Il est maintenant sur le PGA Tour. Quand on les voit à la télévision, on ne connait pas forcément toute leur histoire, toutes les galères qu’ils ont dû affronter. Il était dans le froid au PQ1, dans le nord de la France et là, il est sur le plus relevé des circuits professionnels. Quelle résilience ! C’est extraordinaire. 

Quel a été votre plus beau souvenir en tant que joueur professionnel ?

Si je devais en retenir un, je dirais cette lutte pour entrer dans le top 60 de l’Asian Tour qui conservait son droit de jeu plein l’année suivante. Venant des Cartes, on n’a pas accès à tous les plus gros tournois et quand j’avais fait 2e aux Philippines en 2014, c’était pour moi un moment exceptionnel. J’ai adoré vivre ça.

Et votre plus grand regret ?

Ne pas avoir réussi à jouer au moins une fois un tournoi du Grand Chelem. C’est quand même un accomplissement énorme pour un joueur professionnel.

Et le joueur le plus talentueux avec qui vous avez joué ou partagé un tour ?

J’ai joué deux fois avec Bubba Watson dans le même tournoi, à Bangkok (Thailand Golf Championship). Son caddie n’était autre que Ted Scott, le caddie actuel de Scottie Scheffler. J’avais à cette époque un caddie anglais qu’il le connaissait très bien. Cela a permis de passer un super moment, dans une partie détendue, à discuter de choses et d’autres. Le promoteur du golf invitait chaque année quelques grands noms, et cette année-là, il y avait Bubba Watson mais aussi Victor Dubuisson. Ce fut une très belle expérience !


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