À une heure de Calais, la Côte d'Opale offre un condensé d'Angleterre en plein cœur des Hauts-de-France : un links, une balade en forêt dans le vent et les fétuques dorées pour décor. En touche finale, une parenthèse de char à voile à sensations.

Parmi les parcours de la Côte d'Opale, le golf de Wimereux plonge ses visiteurs dans une ambiance très britannique. © ffgolf

Wimereux, l'éveil des sens

Dans un week-end qui aurait pour point de chute le Nord de la France, il ne serait que bénéfique de prévoir un arrêt en Côte d’Opale. Pour y profiter des mets, de l’accueil chaleureux et forcément… des golfs. Il faudra réitérer le voyage plusieurs fois pour pouvoir apprécier chacun des 50 golfs des Hauts-de-France mais pour cette fois, ils sont deux à donner le cadre du séjour : le golf de Wimereux et le golf d’Hardelot. Hôtes parfaits, ils sont ouverts aux golfeurs comme aux néophytes et raviront les uns comme les autres. En démarrant à Wimereux, le premier point d’accroche se situe d’ailleurs en dehors des fairways. C’est au Back spin, restaurant du club house que l’arrêt est presque obligatoire. Une adresse gourmande et variée tenue par le chef Sébastien Maille qui fait clairement partie de l’expérience sensorielle des lieux.

Sur le parcours, c’est l’ouïe qui a ensuite été éveillée. Au départ du 1, le starter — un Néo-Zélandais à l'accent noble et au français impeccable — nous raconte qu’il vient 6 mois par an occuper cette fonction par pur plaisir. Et propre à son rôle, il ne manque pas de nous rappeler quelques règles de bienséance et, surtout, la plus importante : prendre du plaisir. L’échange donne un premier indice sur la popularité des golfs du coin auprès des golfeurs anglo-saxons, ravis de retrouver de l'autre côté de la Manche un environnement so british. Et après quelques trous, le pourquoi de ce succès se montre évident. Wimereux est un links véritable, en bord de mer donc, habillé d’un ton jaunâtre et d’une profondeur d’horizon qui semble étendre les lieux sur des kilomètres. On devine qu'à toute heure du jour, l'endroit doit être magnifique. Mais avec un départ à 16h00, ce que les amoureux de couchers de soleil appellent la golden hour a sublimé la chose. C’est depuis le départ du 12 que la vue est le plus sollicitée. Là-même où l’un des deux blockhaus, immuable et a moitié enfoui sous le parcours, repose. De là, un panorama saisissant sur la mer et les fairways force à s’arrêter pour plonger dans une peinture qui relate plus de 80 ans d’histoire. Outre les deux bâtiments de guerre de la Seconde Guerre mondiale, quelques fairways plus vallonnés que les autres renvoient aux bombardements qui ont façonnés le sol. Rendant ainsi le jeu plus exigeant mais surtout plus mémorable.

La vue depuis le départ du 12. © ffgolf

Le toucher, enfin, a été mis à rude épreuve par des rafales atteignant 80 km/h — une vitesse exceptionnelle, même si le vent reste ici un invité quotidien. Dans ces conditions, le jeu de golf change entièrement. Dans le choix des clubs bien sûr, mais aussi dans la trajectoire donnée aux balles. « Aux balles » oui, au pluriel, car comme nous, vous ne garderez probablement pas la même du 1 jusqu’au 18. Si la balle basse est impérative face au vent, chercher son apex (le point le plus haut atteint par la balle pendant son vol, NDLR) avec le vent dans le dos n’est pas forcément la meilleure solution tant le contrôle de la distance s'évapore. Il faut reconnaître que sur 4h30 de jeu, la première moitié a été éprouvante : le corps résiste au vent et s’efforce de produire un swing malgré le déséquilibre, tandis que la tête doit accepter des double-bogeys plus fréquents qu'à l'accoutumée et de voir un coup de driver ne parcourir que 100 mètres. La seconde moitié, en revanche, a eu des allures de récompense : à une heure où le soleil était sanguin et où le vent et les derniers joueurs avaient délaissés les lieux, c’est en jardin privatisé que le parcours a offert son plus beau profil. Et peu importe le résultat sur la carte, l’expérience était parfaite en tout point.

Une pause à haute vitesse

Entre les deux journées de golf, place au char à voile, pour un baptême dans des conditions idéales : beaucoup de vent et une marée basse. Pour les amateurs de sensations, l'activité est incontournable. Pour les autres, pas d'inquiétude : la prise en main est rapide et permet, si l'on préfère, de garder une allure plus tranquille.

Hardelot, une histoire de beaux bunkers

En l’espace de quelques kilomètres, nous avons changé de décor pour poser le sac au golf d’Hardelot. Si le cadre a mué, l’ambiance anglo-saxonne est toujours présente. Deux fois plus même, puisque ce golf se compose de deux 18 trous. C’est sur le parcours des Pins que nous nous lançons — les Dunes feront l’objet d’une prochaine visite. Là encore, une rencontre nous fait prendre conscience du succès des lieux auprès du peuple inventeur de ce sport. Entre le green du 1 et le départ du 11, trois badauds golfeurs du sud de l'Angleterre confirment notre impression : le dépaysement pour eux est minimal, le plaisir maximal, autant que leur frustration de ne pas réussir à éviter les bunkers. Et pour cause : au cœur de pins gigantesques, ce sont bien les bunkers qui règnent en maîtres. Nous en avons fait les frais à plusieurs reprises, notamment au 3, un par 3 emblématique du parcours autant pour sa beauté que pour sa difficulté. Malgré sa faible longueur (118 mètres des jaunes), ses bunkers nous ont offert un double-bogey plein d’humilité. Ceux-là comme tous les autres, sont d’ailleurs une signature de l'architecte Tom Simpson, nom reconnu pour avoir notamment dessinés les parcours de Chiberta, Fontainebleau ou encore Morfontaine. Nombreux, ils se démarquent par un positionnement naturel qui donne le sentiment qu'ils ont toujours été présents, avant même la construction des lieux en 1906. Car oui, Hardelot - Les Pins est un golf centenaire, nettement plus vieux que son petit frère, né à la fin des années 1980, mais de cinq ans plus jeune que son voisin de Wimereux. Pour cela, sa beauté et sa qualité, même sous un vent éreintant, l'expérience a tout simplement été fabuleuse.

Pour terminer cette escapade nordique en douceur, il a été fait le choix d’explorer Boulogne-sur-Mer, capitale de la Côte d'Opale et premier port de pêche de France. La ville se découvre à deux vitesses : en bas, le port et son animation, où déguster les meilleurs produits de la mer ; en hauteur, la vieille ville fortifiée, ceinte des remparts médiévaux les mieux conservés du nord de la France. La balade sur le chemin de ronde, longue de 1500 mètres et percée de quatre portes historiques, offre de belles perspectives sur le beffroi, la basilique Notre-Dame — qui abrite la plus vaste crypte de France — et l'ancien château comtal, aujourd'hui musée. De quoi clore ce séjour empli d’histoire, d’embruns et de balles basses pas toujours volontaires…