L'année 2026 marque le 170e anniversaire du Pau Golf Club, le doyen des golf clubs français. Loin d'être anecdotique, cette date indique que le golf est l'une des disciplines fondatrices de l'histoire du sport dans notre pays.

Une vue du terrain du Golf de Paris, à La Boulie, en 1927. © Bibliothèque nationale de France

Sans remonter jusqu'aux formes ancestrales que sont, par exemple, les joutes chevaleresques, l'escrime ou le jeu de paume, le sport moderne est une pratique physique codifiée, institutionnalisée et compétitive, née en Grande-Bretagne dans la première moitié du XIXe siècle. Il repose sur la recherche de la performance, l'égalité des chances au départ et le respect de règles universelles fixées par des instances dirigeantes.

Sous l'influence britannique, le sport — mot anglais issu de l'ancien français « desport », qui signifie « divertissement », « plaisir » ou « loisir » — gagne nos contrées avec quelques décennies de décalage. Le golf est parmi les premiers à s'y implanter, notamment dans les villes thermales et touristiques fréquentées alors par la haute société d'outre-Manche.

En 1856, des gentlemen créent sur la plaine de Billère le Pau Golf Club, premier terrain de golf implanté non seulement en France, mais même dans toute l'Europe continentale. Pour remettre cette date dans son contexte, le pays est alors gouverné par Napoléon III, et il n'existe dans nos frontières aucune route goudronnée, aucun stade de football, aucun court de tennis, aucune piste d'athlétisme et aucune piscine olympique !

Des chevaux, des rames et des roues

Le club palois, premier des quelque vingt ou vingt-cinq golf clubs créés dans l'Hexagone au cours du XIXe siècle, n'est pourtant pas le doyen des clubs sportifs du pays. À partir de la monarchie de Juillet (1830-1848), toujours sous l'influence anglaise, l'aviron est l'un des sports qui se développe et se structure le plus. La Société des régates du Havre est fondée en 1838, ce qui en fait le premier club sportif du pays. La création de la Société des régates parisiennes en 1853 débouche sur l'organisation, le 12 février de cette même année, du championnat de la Seine, considéré comme la première compétition sportive — tous sports confondus et au sens moderne du terme — à s'être déroulée en France.

À la même période, le sport hippique connaît lui aussi un développement important : les courses de chevaux passionnent les foules, et les hippodromes qui sortent alors de terre, tel celui de Chantilly en 1832, constituent les premières infrastructures sportives pérennes. Des courses prestigieuses et encore existantes sont par ailleurs créées à cette période, comme le Prix du Jockey Club en 1836 et le Prix de Diane en 1843.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, c'est le cyclisme qui s'impose comme le sport le plus populaire. En 1868, le Britannique James Moore remporte la première course officielle de France, organisée sur 1200 mètres dans le parc de Saint-Cloud. Stimulé par l'explosion de la presse, les classiques d'un jour se multiplient (Paris-Rouen en 1869, Bordeaux-Paris en 1891, Paris-Roubaix et Paris-Tours en 1896), prélude à la naissance du Tour de France en 1903.

Quant au golf, si on peut supposer que des matchs acharnés animaient les séjours pyrénéens des gentlemen britanniques, la première compétition interclubs doit attendre, en toute logique, la naissance du deuxième golf français : celui de Biarritz, en 1888. Six ans plus tard, en 1894, un lord irlandais établi à Pau dote d'une superbe timbale en argent une rencontre amicale opposant les deux clubs, sur deux manches disputées un jour à Pau et le lendemain à Biarritz : la Kilmaine Cup est née !

Cent trente-deux ans après, Pau et Biarritz continuent à s'affronter amicalement chaque année pour perpétuer la tradition. © D. R.

Vers l'instutionnalisation et la professionalisation

À l'image du sport en général, le golf continue de se développer, des débuts de la IIIe République en 1870 à la Première Guerre mondiale quarante-quatre ans plus tard. Avec des effectifs certes moins larges que la petite reine, le rugby ou le football qui deviennent les sports populaires par excellence — sans oublier la gymnastique qui est enseignée à l'école —, mais de manière régulière. Dans son ouvrage Le Golf paru en 1910, Arnaud Massy liste 32 golfs dans l'Hexagone, permanents ou de saison. Dans le lot, 22 sont représentés au sein de l'Union des golfs de France (ancêtre de la ffgolf). Celle-ci, constituée en 1912, est dûment affiliée au Comité national des sports (ancêtre du CNOSF) et affiche 6000 membres à sa création.

Sur le terrain, les grands championnats de golf que nous connaissons encore aujourd'hui éclosent les uns après les autres. Portée par la reconnaissance mondiale des Jeux olympiques de 1900 à Paris, où elle figure parmi les 19 sports au programme, la compétition se développe : le premier championnat international réservé aux amateurs naît en 1904, son alter ego ouvert aux professionnels en 1906. Cent vingt ans plus tard, l'Open de France reste le plus ancien open national d'Europe continentale, mais aussi l'un des plus vieux événements sportifs français à vocation internationale !

Le golf français, enfin, peut se targuer d'avoir produit le premier sportif vainqueur d'un titre d'envergure internationale, assimilable à un championnat du monde. Avant le boxeur Georges Carpentier ou la tenniswoman Suzanne Lenglen, c'est le joueur basque Arnaud Massy, vainqueur de l'open britannique de 1907 au Royal Liverpool Golf Club, qui peut se prévaloir de cet honneur. « Ce succès du champion français, qui devient en réalité le champion du monde […], est le premier de son genre dans les fastes du golf et de presque tous les autres jeux où les Anglais n'ont jamais trouvé leur maître », saluait à juste titre le quotidien L'Auto le 24 juin 1907.

Rarement crédité à sa juste valeur dans les ouvrages et articles spécialisés, le golf est donc bien plus qu'une simple note de bas de page dans l'histoire du sport en France...