De 1856 à 1899, seize golfs voient le jour en France. Presque tous doivent leur naissance à des résidents britanniques en villégiature. Certains ont traversé le XXe siècle ; d'autres n'ont laissé qu'un nom dans de vieux almanachs. Voici leur histoire, dans l'ordre de leur fondation.
Sur ces seize golfs nés entre 1856 et 1899, dix sont encore en activité, soit de façon directement continue, soit sous une forme renouvelée après une ou plusieurs interruptions : Pau, Biarritz, Dinard, Cannes-Mandelieu, Aix-les-Bains, Arcachon, Le Mesnil-le-Roi, Dieppe-Pourville, Deauville et Valescure. Les six autres — Saint-Jean-de-Luz, Paramé, Argelès, Hyères, Pornichet et Compiègne — ont disparu corps et biens, emportés par les guerres, la spéculation foncière ou la simple concurrence de parcours mieux situés. Il ne reste d'eux, le plus souvent, qu'une carte postale jaunie et quelques lignes dans un vieil almanach.
1856 : Pau
Tout commence à Pau, et l'affaire est presque un hasard militaire. Après la bataille d'Orthez en 1814, des régiments de l'armée de Wellington cantonnent dans la région. Selon la légende, deux officiers écossais, fidèles à leurs crosses de bois, tapent la balle dans la plaine de Billère sous les yeux ébahis des Palois. Un quart de siècle plus tard, la publication d'un ouvrage vantant les vertus curatives du climat béarnais (De l’influence curative du climat de Pau et des eaux minérales des Pyrénées sur les maladies, du Dr Alexander Taylor, 1842) attire toute une colonie britannique, dont d'anciens golfeurs. En 1856, Lord Hamilton, les colonels Hutchinson et Anstruther, le major Pontifex et l'archidiacre Sapte fondent le Pau Golf Club, quatrième club au monde hors de Grande-Bretagne. Il reste, pendant près de trente ans, le seul golf de France. Aujourd'hui, avec son club-house victorien et ses 600 membres, il porte avec une ardeur juvénile le titre de doyen des golfs français.
1888 : Biarritz
Trente-deux ans séparent Pau de son premier héritier. En 1887, des membres du British Club de Biarritz, désireux de pratiquer leur sport favori durant leur séjour hivernal, aménagent un parcours sur le plateau du Phare. L'inauguration a lieu le 13 mars 1888, en présence de la princesse Frederika de Hanovre, petite-fille de la reine Victoria. Dès l'année suivante, les frères Tom et Willie Dunn redessinent les links, qui s'étendent alors jusqu'à la Chambre d'Amour. Le club devient vite la pépinière des meilleurs joueurs professionnels français : cinq d'entre eux décrochent le titre de champion de France, et Arnaud Massy, enfant du pays, remporte le British Open en 1907 — seul Français à avoir accompli cet exploit. Le Golf de Biarritz le Phare, deuxième plus ancien de France, accueille toujours ses golfeurs en plein centre-ville.
1890 : Dinard
Les dates de fondation du Dinard Golf prêtent depuis longtemps à polémique. Certains membres évoquent 1887, un an avant Biarritz ; mais aucune preuve documentaire ne vient étayer cette légende *. Les recherches les plus sérieuses situent l'inauguration au 22 mars 1890, sur les dunes de Saint-Lunaire, où une petite colonie britannique installée à Dinard organise ses premières parties. Le succès est tel que le terrain, vite surchargé, doit être déplacé sur un site plus vaste, à Saint-Briac-sur-Mer. L'Écossais Tom Dunn en dessine le tracé. Les frictions avec les propriétaires terriens, la spéculation immobilière et deux guerres mondiales — le parcours est miné en 1940 — n'empêchent pas le club de traverser les décennies. Son club-house Art déco, construit en 1927 par l'architecte Marcel Oudin, est aujourd'hui classé monument historique, une distinction unique en France.
* Cf. « The First Golf Courses in Brittany: Dinard, Paramé, Sainte Marguerite and Dinan », par Jean-Bernard Kazmierczak, Golfika n° 32 (automne 2023), pp. 23-34.
1891 : Cannes
L'histoire de ce golf tient presque du roman. Le grand-duc Michel Mikhaïlovitch de Russie, exilé sur la Riviera après un mariage jugé indigne de son rang, découvre lors d'un voyage en Écosse les fairways enchanteurs de St Andrews. Rentré à Cannes, il n'a de cesse de recréer cette magie sous le soleil méditerranéen et fonde, en 1891, le premier golf non britannique de l'histoire du sport en France. En janvier 1922, en marge de la conférence sur les réparations de la Première Guerre mondiale organisée à Cannes, c'est ici que le Premier ministre britannique, David Lloyd George, tente d'initier aux joies du golf le président du Conseil, Aristide Briand : « Depuis la discussion du budget, je n'avais jamais vu autant de trous », plaisanta ce dernier ! * Le site, planté de 4000 pins parasols, accueille depuis les têtes couronnées et les stars du cinéma. Aujourd'hui rebaptisé Golf Old Course Cannes-Mandelieu, il propose 27 trous et une traversée en bac de la Siagne unique en son genre.
* Cf. Le Gaulois du 10 janvier 1922
1893 : Saint-Jean-de-Luz
À Saint-Jean-de-Luz, c'est un certain colonel J. P. Lilburn, installé au Pays basque par amour du climat, qui rassemble quelques amis autour d'un projet de golf. La société britannique loue un terrain sur la colline de Sainte-Barbe, jusqu'aux falaises d'Erromardie, et confie le tracé de neuf trous à l'architecte Willie Dunn. Le club, vite surnommé « le golf des Anglais », attire toute la première colonie britannique de la ville. Mais l'espace manque rapidement, et les golfeurs, en quête d'un parcours de dix-huit trous, se tournent vers Ciboure, où naît en 1907 le golf de la Nivelle, dessiné par John H. Taylor. Malgré une prolongation du bail pour dix ans en 1907 et une extension du parcours à 12 trous en 1911, Sainte-Barbe périclite inexorablement et disparaît avec la Première Guerre mondiale.
1893 : Paramé
Non loin de Dinard, la communauté britannique de Saint-Malo rêve elle aussi de son propre parcours. Le Golf-Club de Paramé voit le jour en 1893, avec des links situés au lieu-dit La Guimorais (aujourd'hui sur la commune de Saint-Coulomb) et un petit terrain d'entraînement plus proche des hôtels. L'endroit séduit par sa beauté sauvage : l'écrivain Douglas Sladen le décrit comme l'un des parcours les plus « sportifs » qu'il ait jamais joués, entre inlets marins et bunkers colossaux. Mais la concurrence de Dinard, le déclin de la colonie anglaise après 1900 et l'abandon pendant la Première Guerre mondiale ont raison du club. Réduit à neuf trous dès 1913, il disparaît définitivement en 1923, quand les terrains sont revendus à des propriétaires privés qui y installent un camping.
1894 : Argelès
L'histoire du golf d'Argelès commence en réalité un an plus tôt, et à deux endroits à la fois. En 1893, sous l'impulsion du colonel Talbot-Crosbie, un même groupe de passionnés venus de Biarritz et de Pau trace deux parcours de neuf trous dans les Pyrénées : l'un à Argelès, l'autre à Gavarnie, au pied du célèbre cirque. L'année suivante, en 1894, le golf club les réunissant est formellement institué. Rapidement agrandi à 18 trous, le tracé d'Argelès s'étend sur un sol en partie sablonneux, réputé pour son excellent drainage naturel et sa jouabilité par tous les temps. Sir Everard Hambro, grande figure du golf anglais et mentor du jeune Arnaud Massy, en assure longtemps la présidence. Le club organise des championnats fréquentés jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, avant de s'éteindre — comme tant d'autres golfs pionniers — sans laisser de trace précise de sa disparition.
1894 : Hyères
À Hyères, des Britanniques s'adonnent au golf dès 1891 dans le quartier des Vieux Salins, mais l'acte de naissance du club date de 1894, quand un vaste terrain appelé Pré Durandel est loué au comte de David-Beauregard. Le parcours, initialement limité à neuf trous faute d'espace, passe à douze en 1899 puis à dix-huit en 1906, sous la houlette d'un nouveau propriétaire qui corrige au passage plusieurs croisements dangereux. Le parcours des Palmiers est alors adossé au prestigieux Golf Hôtel, haut lieu de la villégiature hivernale sur la Côte d'Azur. Son destin bascule pendant la Seconde Guerre mondiale : transformé en forteresse par l'occupant, l'hôtel est pris d'assaut le 21 août 1944 par les hommes de la 1re Division française libre, au terme de combats acharnés. Si le site du Golf Club de Hyères a depuis longtemps disparu, une association sportive portant le nom de Hyères Les Palmiers a été créée en 2001 pour promouvoir le golf dans la ville.
1895 : Aix-les-Bains
L'inauguration du golf d'Aix-les-Bains, le 24 août 1895 sur la colline de la forêt de Corsuet, se déroule sous la présidence honoraire du roi Georges Ier de Grèce, habitué de la station thermale. La Gazette des Étrangers du 1er septembre relate, non sans humour, un lunch bien arrosé sous une forêt de jeunes sapins. Malgré ce lancement en grande pompe, le succès sportif tarde à venir : comme celui de la station voisine du Revard, le terrain, jugé peu fréquenté, est abandonné dès 1898. Les passionnés locaux ne baissent pas les bras pour autant et relancent, à partir de 1904, un parcours de neuf trous près du champ de courses. Racheté par la mairie en 1932, le club prend son autonomie cinq ans plus tard. Cinquième plus ancien golf de France toujours en activité, il compte aujourd'hui 650 membres, et sa réputation dépasse les frontières grâce à la joueuse du LPGA Tour Nastasia Nadaud, formée au club.
1895 : Arcachon
C'est la famille Exshaw, négociants irlandais installés entre Bordeaux et Arcachon, qui ouvre en 1895 un golf privé de neuf trous près de la pointe de l'Aiguillon, avec l'appui du révérend Samuel Radcliff, figure de la colonie anglaise locale *. William Exshaw espérait ainsi attirer ses amis anglo-saxons dans la petite station balnéaire. La municipalité rachète le terrain en 1902 et en fait un golf municipal, mais l'affaire périclite peu à peu jusqu'à la fermeture définitive, peu avant la Seconde Guerre mondiale. Il faut attendre 1960 pour voir renaître, sur la commune voisine de La Teste-de-Buch, le Golf international d'Arcachon, un dix-huit trous dessiné par Cecil Blandford qui perpétue aujourd'hui cet héritage avec près de 800 membres.
* Cf. https://www.arcachon-nostalgie.com/img/Publics/GolfArcachon.html
1895 : Pornichet
L'idée d'un golf à Pornichet germe dès 1881 dans l'esprit de quelques artistes fondateurs d'un hôtel-casino, mais le projet capote faute de moyens. Il faut attendre 1895 pour qu'un véritable club voie le jour dans le quartier de Sainte-Marguerite, avec ses neuf trous vallonnés dominant la côte jusqu'à l'île de Noirmoutier. Les fondateurs, menés par Frédéric Ortmans et Charles MacCarthy Spiers, en font un lieu de villégiature apprécié, quoique jugé « rudimentaire » par la presse britannique de l'époque. Le club végète pendant les années 1900 et 1910, puis disparaît progressivement, sans doute concurrencé par le golf voisin du Pouliguen, ouvert en 1926. Il n'existe déjà plus lorsque le propriétaire des terrains, Charles Mercier, meurt en 1932.
1896 : Compiègne
Au cœur du parc impérial de Compiègne, dans l'ombre château jadis fréquenté par Napoléon III et l'impératrice Eugénie, un parcours de dix-huit trous voit le jour en 1896, sous l'impulsion du lieutenant français Robert Fournier-Sarlovèze, qui avait découvert le golf lors d'un séjour de convalescence à Dinard. Son heure de gloire sonne quatre ans plus tard : faute d'un parcours suffisamment développé plus près de Paris, c'est le golf de Compiègne qui accueille les épreuves de golf des Jeux olympiques de 1900. L'Américain Charles E. Sands remporte le titre masculin, tandis que Margaret Abbott devient, chez les dames, la toute première championne olympique de l'histoire — un exploit dont elle n'a probablement jamais mesuré la portée. Après une histoire longue mais mouvementée, le parcours a hélas fermé ses portes en 2017, mais son nom reste attaché pour toujours à l'histoire du mouvement olympique.
1896 : Le Mesnil-le-Roi
Premier « Golf de Paris », le club du Mesnil-le-Roi naît en 1896 de la volonté d'un petit groupe de sportifs — Pierre Deschamps, le capitaine Essex Digby, le duc d'Uzès — décidés à offrir à la capitale son propre terrain. Ils louent une quarantaine d'acres de prairie à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Paris et y tracent neuf trous, sous la présidence du marquis de Jancourt. L'affaire tourne court : les éleveurs locaux, excédés que ce jeu « dangereux » aux balles bizarres en gutta-percha dérange leurs chevaux et leurs vaches laitières, poussent les golfeurs à chercher ailleurs. En 1901, les membres se scindent et fondent deux nouveaux clubs, dont celui de La Boulie, près de Versailles, qui deviendra le grand rendez-vous parisien du golf. Le parcours originel du Mesnil-le-Roi disparaît alors.
1897 : Dieppe
À Dieppe, la station balnéaire à la mode auprès des Britanniques ne pouvait longtemps se passer de golf. Sous l'impulsion du vice-consul d'Angleterre William Lee-Jortin, une souscription réunit une centaine de personnalités, et l'on fait appel au meilleur architecte du moment : Willie Park Junior, double vainqueur du British Open, attaché permanent au Royal & Ancient de St Andrews. Le parcours, inauguré le 22 avril 1897 en même temps que le casino, épouse le bord des falaises. Fermé pendant la Seconde Guerre mondiale — le site sert alors de position de défense allemande —, il ne rouvre qu'en 1954. Doyen des golfs normands, le golf de Dieppe-Pourville continue d'offrir ses dix-huit trous et ses vues imprenables sur la Côte d'Albâtre.
1899 : Valescure
Fondé en 1899 par les villégiateurs britanniques de Saint-Raphaël, sous l'impulsion de Lord Stuart Rendel, un industriel proche du Premier ministre William Gladstone, ce club inaugure ses neuf premiers trous le 17 janvier 1900 * en la présence du grand-duc Michel de Russie — déjà artisan du golf de Cannes. Son véritable âge d'or arrive avec la présidence d'Amédée de Guerville, personnage haut en couleur, ancien tuberculeux devenu conférencier auprès des têtes couronnées. C'est lui qui commande, en 1909, l'extension du parcours à dix-huit trous auprès du grand architecte britannique Harry Colt. Le club-house de la même année, fabriqué en kit par la firme anglaise Boulton & Paul et expédié depuis Norwich, est aujourd'hui classé bâtiment remarquable. Même si sa date exacte de fondation fait l'objet de débats (l'année 1895 est généralement citée **), le golf de Valescure demeure l'un des parcours historiques les plus prestigieux de la Côte d'Azur.
* Cf. https://tepas.mmsh.fr/notices_tepas/fiche-0058/
** Cf. https://www.apgf.fr/breves/le-golf-de-valescure/
1899 : Deauville
À Deauville, l'initiative revient pour une fois à des Français : le prince de Poix, le comte Florian de Kergorlay et Robert Hennessy fondent en 1899 l'un des tout premiers golfs français sans parrainage britannique. Le parcours de vingt-sept trous s'installe aux abords de l'hippodrome de Deauville-Clairefontaine, et James Braid, Harry Vardon et Arnaud Massy viennent y disputer un tournoi professionnel resté célèbre en 1910. Mais la Seconde Guerre mondiale lui est fatale : les troupes allemandes récupèrent son sable pour construire les batteries du mont Canisy, et l'Old Course ne rouvre jamais. Son héritage se prolonge néanmoins avec le New Golf, ouvert dès 1929 sur les hauteurs de la ville — devenu aujourd'hui le Golf Barrière de Deauville.