En ce début de saison 2026, l’ancien tennisman et capitaine des équipes de France de tennis devient capitaine de l’équipe de France Boys de golf. Un rôle où il espère apporter son expérience et sa vision de la performance et du haut niveau. Rencontre.
Beaucoup le connaissent comme joueur de tennis professionnel, qu’il a été de 1982 à 1997, en atteignant la 4e place mondiale en 1991. Ceux assez anciens pour l’avoir vécue se souviennent de sa victoire face à Pete Sampras, cette même année 1991, pour apporter à la France le point de la victoire en Coupe Davis. Les plus jeunes l’ont également connu dans la quête du saladier d’argent, mais comme capitaine. Pour les millenials, il est celui qui fut directeur du tournoi de Roland-Garros de 2016 à 2021. Dans tous les cas, Guy Forget est fortement identifié au tennis. Mais après sa carrière professionnelle, il a développé, comme bon nombre d’autres sportifs, une grande passion pour le golf. Une passion qui l’avait déjà mené temporairement dans le rôle de capitaine de l’équipe de France Messieurs en 2024, et qui, en ce début de saison 2026, lui donne formellement le brassard de l’équipe de France Boys. Ce nouveau rôle, Guy Forget l’endosse dès cette semaine, où il prend part, avec les responsables U16 et U18 Benoît Teilleria et Pierre-Jean Cassagne, à une supervision des jeunes Français à l’occasion du Trophée Michel Carlhian (lire plus loin), au golf des Aisses.
ffgolf : Comment avez-vous découvert le golf ?
G.F. : J'ai essayé la première fois d'une façon un peu marrante. J’étais champion de France Cadets de tennis, et à l’époque, le sponsor des championnats de France de tennis nous avait invités à suivre les demi-finales et la finale nationale du championnat pro à Bayonne. Pour nous distraire, ils nous avaient offert une initiation au surf et une initiation au golf de Chiberta. Ça devait être en 1980 ou 81. C’était une proette à l’époque, qui nous a montré comment on tenait le grip, etc. On tapait dans le lac du practice de Chiberta. Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, je suis membre là-bas. Je lui ai dit que j’étais gaucher, j’ai essayé de swinguer d’un côté et de l’autre, et au bout d’une demi-heure, je me sentais mieux à droite. Mais je n’ai pas accroché après ça. Je m’y suis vraiment remis à la fin de ma carrière de tennis, début 1997. Je devais être 18 d’index, je jouais de temps en temps. Puis j’ai joué un peu plus sérieusement, je suis arrivé à 10. Puis à 6. Et un jour, à Chiberta, un copain m’a demandé si je voulais jouer dans l’équipe seniors. Là, j’ai commencé à m’entraîner avec eux, à faire des compétitions plus régulièrement. Maintenant, je suis à -0,5, ce qui était ma cible. Je suis aussi très copain avec Alain Boghossian, qui a été capitaine des Boys et qui est un excellent joueur de golf. Et donc voilà comment j’ai commencé à aimer ce sport passionnément.
Pourquoi l’aimez-vous ?
Je l’aime d’abord parce que ce n’est pas un combat, au contraire du tennis. Il y a le même rapport à la balle, c’est un sport de lancer, mais au tennis, en permanence, on a face à soi un adversaire qui veut nous faire déjouer, qui nous perturbe. En cela, le tennis est très dur et ingrat, car on a beau essayer de bien jouer, il y a toujours un élément perturbateur en face. Comme si, au golf, quelqu’un essayait sans arrêt de nous sortir de la routine. J’aime le golf par rapport à ça : on est encore plus face à soi-même. Si on réussit, bravo, et si on rate, tant pis, c’est notre faute. J’aime assez cette introspection. Evidemment, il y a un cadre extraordinaire, un rapport à la nature magnifique. À chaque fois, le golf, c’est une découverte. Au tennis, on est quand même dans une cage.
Trophée Michel Carlhian : 40 Bleus aux Aisses
Ce jeudi marque le premier tour de qualification des Internationaux de France U18 Garçons, mettant en jeu le Trophée Michel Carlhian. Au golf des Aisses, au sud d'Orléans, 40 Français sont présents. Tous tenteront, lors des 36 trous de qualification, de rentrer dans le top 32, afin de participer à la phase finale en match play, qui s'achèvera lundi, avec une finale sur 36 trous.
En parallèle, les huit meilleurs U16 qui n'entreront pas dans ce tableau se disputeront le Trophée Pierre Massie. Un trophée qui sera le quatrième de la semaine, car dès la fin de la qualification vendredi soir, en plus du Trophée des nations, le meilleur U18 français recevra le titre de champion de France Cadets.
Peut-on dire, alors, que vous vous êtes découvert comme un sportif différent du tennisman que vous aviez été, en jouant au golf ?
Au golf, ce qui est formidable, c’est qu’on peut avoir beaucoup plus d’ambitions de progrès, même en vieillissant. Au tennis, si on a eu un bon niveau entre 20 et 40 ans, au fil du temps on va baisser. Quand je joue au tennis aujourd’hui, je ne vois plus le jeu avec la même émotion. Au golf, je peux toujours me dire que je peux encore faire des bons scores et m’améliorer.
Comment avez-vous commencé à occuper des rôles plus importants dans le golf, par exemple il y a deux ans, lorsque vous avez été capitaine de l’équipe de France Messieurs lors des Championnats d’Europe par équipes ?
Je ne savais pas que c’était possible, je pensais que les capitaines venaient tous du golf. Mais je savais qu’Alain Boghossian avait fait cette expérience. Lorsqu’on m’a proposé d'être capitaine des Messieurs il y a deux ans, j’ai été un peu étonné, aussi un peu flatté qu’on pense à moi, car il y a beaucoup de gens qui jouent très bien au golf et qui le connaissent très bien. Mais quand j’ai su que c’était encadré avec des gens comme Benoît Teilleria, d’un grand professionnalisme et très pointus, cela m’a rassuré. Car le but, évidemment, c’est d’apporter quelque chose. Suivre des jeunes, c’est formidable. C’est excitant aussi, car les enjeux sont importants, et ces gars jouent déjà presque comme ceux qu’on voit à la télé. C’est beau à voir. Bien sûr, j’ai rempli ce rôle avec beaucoup d’humilité, car il faut savoir rester à sa place.
Quel genre de questions vous posaient alors les joueurs ?
Ils étaient assez timides, ce qui est normal quand on est jeune. C’est Benoît qui a fait beaucoup le lien entre eux et moi. Ils avaient surtout des questions sur l’aspect mental, sur la préparation, la concentration, la constance dans l’effort. J’essayais de les valoriser beaucoup, de leur dire que, s’ils étaient là, c’est qu’ils l’avaient mérité. Quand on joue de grosses compétitions, quelles qu’elles soient, il faut arriver à mettre de côté tout ce qu’elles représentent dans l’imaginaire. Enfant, on rêve d’être en équipe de France pour jouer un Championnat d’Europe. Et quand on y est, on se dit qu’il faut qu’on soit à la hauteur. Ça peut être perturbateur comme sentiment, ça ajoute une pression, et ça peut faire rater des coups. La beauté du sport en général, et du golf en particulier, c’est qu’il faut arriver à jouer de manière très rigoureuse et concentrée, tout en gardant une sorte de détachement par rapport aux attentes et aux objectifs. Ça permet de jouer de manière instinctive, et de laisser parler son propre talent.
Être capitaine d’une équipe de France de golf, qu’est-ce que cela peut avoir de commun avec votre expérience d’avoir été capitaine des équipes de France de Coupe Davis et de Fed Cup ?
Au tennis, ce qui était chouette, c’est que j’étais avec eux sur la chaise. Au changement de côté, j’avais la possibilité, pendant 90 secondes, alors qu’ils étaient en plein stress, de faire passer des messages, que ce soit sur la tactique, l’attitude, l’adversaire... bref, des choses qu’eux, peut-être, ne voyaient pas. J’aimais beaucoup cela, car j’avais l’impression de jouer par procuration, ce qui est stressant mais aussi tellement jouissif. Ce rôle, c’était un peu celui d’un caddie. Car au tennis, c’est comme au golf. Quand ça se passe mal, on peut avoir de grands moments de solitude.
Chez les jeunes golfeurs de haut niveau aujourd’hui, qu’est-ce qui vous impressionne ?
Ils ont déjà une maîtrise technique et gestuelle qui est exceptionnelle. Les voir taper, c’est fabuleux, ils portent la balle loin, ils font des effets… c’est magnifique à voir. Dans l’approche et la préparation, on sent déjà que leur entourage leur a inculqué les routines, et donc on voit la même chose qu’à la télé. Après, chez certains, on voit quelques écarts, par exemple de constance dans la concentration, dans la préparation du matériel, dans la frustration. Ce sont des petites choses par ci par là. J’ai eu la chance de jouer avec des pros comme Vijay Singh ou Bernhard Langer. Ils tapaient moins loin que moi, mais quelle leçon de stratégie, de trajectoires, et d’attitude ! Les jeunes d’aujourd’hui, quand ils passeront pro, ils ne taperont pas plus fort, le swing ne sera pas meilleur, mais l’approche de chaque coup sur le parcours sera optimisée. Ils seront beaucoup plus matures, positifs, lucides. Au golf, si on sort de la concentration et que les mauvais coups s’enchaînent, ça peut être catastrophique. C’est en cela que le golf est aussi difficile.
Aux Championnats d’Europe par équipes, un nombre limité de personnes a le droit d’aller parler aux joueurs pendant le jeu. Vous serez l’une de ces personnes. Quel capitaine allez-vous être sur le terrain ?
Il y en a beaucoup dans le tennis qui parlent pour ne rien dire, et je pense que, dans le golf, ça doit être pareil (rires). Donc je souhaite être une présence, un encouragement, car quand ça ne se passe pas bien, ça soulage. Je peux aussi aider un joueur à rester dans sa routine, dans sa dynamique. C’est pour cela qu’il est important de les connaître, d’où ma présence ici à la Carlhian. J’ai envie d’évoluer avec eux. D’abord, il faut qu’ils se sentent à l’aise avec le staff et avec leurs coéquipiers. Je suis complètement à l’écoute de ce que vont me dire Pierre-Jean et Benoît, qui connaissent bien ces garçons. Je suis un soutien supplémentaire. Je crois beaucoup à la valorisation des athlètes. Quand on travaille avec eux, il faut les encourager, et leur donner foi dans le fait qu’ils sont bons, qu’ils sont capables d’être à la hauteur, qu’ils sont épaulés, qu’ils ne sont pas seuls. Il faut créer un bon climat au sein du groupe. Je pars du principe qu’un joueur joue comme il s’entraîne. Dans le tennis, je n'ai jamais vu un joueur rigoureux, concentré et appliqué sur le terrain, et qui faisait n’importe quoi en dehors, qui était tout le temps en retard, qui mangeait n’importe quoi, qui n’était pas structuré, tout simplement. La compétition est tellement rude à haut niveau que, si on lâche sur les bases, on lâche forcément dans le jeu à un moment.