La joueuse amateur de La Freslonnière dispute cette semaine son premier tournoi du LET, à Évian. Le coup d'envoi d'un été chargé, et l'occasion de se mesurer au monde pro, avant de rejoindre une nouvelle fac américaine en août.

Dans quelques semaines, Louise Depadt troquera le violet de Tarleton State pour les couleurs d'une autre université. © Andrew Loewe

Jouer en première division amateur nationale avec son club de La Freslonnière, c'est fait. Jouer (et gagner) en division I de NCAA, c'est fait (et à plusieurs reprises). Jouer sur le LET Access Series (Letas), la deuxième division européenne féminine, c'est fait aussi. Jouer sur la première division du Ladies European Tour (LET), ça, Louise Depadt doit encore le faire. Mais il ne lui reste plus que quelques heures à patienter pour cela.

La joueuse licenciée depuis quatre ans dans le golf de la banlieue rennaise fait partie des cinq joueuses amateurs tricolores à avoir reçu une invitation pour jouer, de jeudi à samedi, le Jabra Ladies Open de France. Une entrée par la grande porte, donc, dans son open national et sur le parcours de l'Evian Resort, hôte chaque année d'un Majeur. Une découverte également pour elle, qui n'a jamais eu l'occasion, jusqu'à présent, d'arpenter le tracé haut-savoyard. « Ça va être tout nouveau, s'enthousiasme-t-elle. J'adore jouer sur des parcours que je ne connais pas. Celui-là, je l'ai juste vu à la télé, il a l'air incroyable. » La réalité ne devrait pas la détromper.

Les invitations aux amateurs pour un open national ne sont pas distribuées au hasard. Celle qu'a reçu Louise Depadt ne fait pas exception. Celle qui vient de terminer sa troisième année d'études supérieures, et qui n'a encore que 19 ans, a empilé les succès, ces derniers mois, sous les couleurs de sa fac de Tarleton State. À deux victoires de saison régulière lors de la spring season (au Texas State Invitational et au Riverbend Intercollegiate) s'est ajouté un titre individuel au Championnat de la conférence WAC, le deuxième consécutif pour elle.

Ce printemps victorieux a d'autant plus de valeur que le golf a été quasi absent de son programme à l'automne. Lors du premier tournoi de fall season, en effet, une douleur vive au genou droit est venue interrompre brutalement la marche en avant de Louise Depadt. Diagnostic : blessure au ménisque, opération obligatoire, fin de saison automnale. « Je pense que c'était une blessure de fatigue, c'est un endroit où on se blesse rarement au golf », éclaire-t-elle. L'opération s'est déroulée le 2 octobre, permettant une reprise douce du golf mi-novembre, puis à plein régime en janvier.

En attendant, il a fallu que la joueuse française prenne son mal en patience. Et pas pour quelques heures, cette fois. Durant tout l'automne, il lui a fallu voir ses coéquipières partir en tournoi, pendant qu'elle restait dans les installations de la fac texane pour poursuivre sa rééducation. « C'était très long, confesse-t-elle. Mais j'ai eu la chance que ma mère vienne aux États-Unis pendant deux semaines au moment de mon opération, ça m'a beaucoup aidée. Car j'ai horreur de rester sur la touche. »

Ses victoires du printemps ont prouvé que la blessure n'a été qu'un arrêt temporaire dans la progression de Louise Depadt. Mais si la forme est revenue, les douleurs, elles, n'ont pas encore totalement disparu. Lors des grosses journées de compétition, ou bien sur des parcours au fort dénivelé, Louise Depadt voir encore son genou droit enfler parfois en fin de partie, et lui donner de belles courbatures une fois l'effort terminé. « J’ai aussi des douleurs au genou gauche, car je m’étais fait une entorse quand j’étais petite, et je ne voulais pas louper les championnats de France », sourit-elle. 

Son regain de forme, après la blessure, ne s'est pas fait ressentir que dans les résultats. Dans la mécanique aussi, l'étudiante de Tarleton State a senti le progrès. Le renforcement physique effectué en parallèle de sa rééducation lui a permis de gommer quelques mouvements parasites de son swing. « Au niveau mental aussi, je pense que je suis meilleure », affirme-t-elle. Seuls son chipping et son putting sont encore « en travaux », selon ses dires, et doivent encore retrouver toute leur finesse. 

Ces secteurs de jeu, Louise Depadt va avoir maintes occasions de les mettre au banc d'essai dans les semaines qui viennent. Après le Jabra Ladies Open de France à Évian, elle ira disputer la semaine suivante l'Arkea Montauban Ladies Open sur le Letas, avant de se rendre sur le prestigieux parcours de Muirfield, en Écosse, pour The Women's Amateur du 22 au 27 juin. Le Championnat d'Europe individuel Dames, fin juillet en Suède, est également à son programme. Une semaine, pour le moment, n'est pas fixée : celle des Championnats d'Europe par équipes, du 7 au 11 juillet. Son espoir, évidemment, est d'y honorer sa première sélection en équipe de France. « Ce serait incroyable, livre-t-elle. J'aimerais encore plus avoir l'occasion de défendre mon pays que de défendre une fac. »

Un transfert à venir

Fin août, elle fera son retour en terre américaine, pour ce qui sera sa dernière année de cursus. Mais pour la destination précise, nul ne le sait, même pas elle. Après deux années passées à Tarleton State, Louise Depadt a décidé d'opérer ce que le jargon universitaire des États-Unis appelle un transfert. Plus simplement, de changer de fac. Pour cela, elle va s'inscrire, en cette fin de mois de mai, sur un portail en ligne dédié. Les autres universités auront alors la possibilité de lui faire des propositions, et elle aura la possiblité d'en accepter une.

Cette décision, elle l'a annoncée à sa coach universitaire Isabel Jimenez il y a deux mois, puis à ses coéquipières après la conclusion de leur saison aux Regionals. Toutes se sont montrées compréhensives, tant celle qui est entraînée par François Le Couviour à La Freslonnière a de légitimes ambitions de concourir pour des facs plus importantes. « Quand j'ai gagné le Championnat WAC, ça m'a fait perdre des places au classement NCAA, illustre-t-elle. Je suis arrivée à un ranking où je ne peux plus progresser en restant à Tarleton State. » Au passage, elle pourrait rejoindre également une université avec de meilleures installations, ce qui constituerait un changement par rapport aux 45 minutes de route nécessaires pour rejoindre le golf le plus proche depuis son campus texan.

Monter dans la hiérarchie. Se confronter aux meilleures. Quitte, dans sa future équipe, à ne plus être l'incontestable n° 1 comme à Tarleton State, mais plutôt à être dans le milieu ou la fin de l'alignement. Ces perspectives sont motrices dans l'esprit de Louise Depadt. Elle-même le dit : en arrivant aux États-Unis il y a deux ans, elle n'avait « pas encore le niveau ». Mais elle a réussi à gommer ce retard. Un schéma qu'elle espère reproduire à l'étape suivante (sa future fac), puis encore à l'étape d'après, chez les pros. « On verra jusqu’où je peux aller, je vais voir ce que c’est que de jouer à un niveau pro », campe-t-elle. Ça commence cette semaine.