Illustrateur depuis toujours et golfeur passionné, Romain Lecocq a fini par réunir ces deux mondes dans une bande dessinée, Golferies, chronique décalée des joies et galères que connaissent tous les joueurs.

Un extrait de « Golferies », bande-dessinée créée par Romain Lecocq. © Romain Lecocq / Les Éditions du Pont

Chez certains artistes, la passion trouve naturellement son chemin dans le travail. Pour Romain Lecocq, ce sentier serpente entre deux univers qui ne se sont jamais vraiment quittés : le dessin et le golf. Dessinateur de métier, cet amateur installé en Bretagne a d’abord forgé ses coups de fer du côté de l’Isle-Adam (95). Quelque vingt ans plus tard, il est aujourd’hui « single digit », comme aiment à dire les Britanniques. Et s’il y avait un système de classification dans l’art, nul doute qu’il en serait de même dans ce domaine. Ses premières expositions dans les golfs consistaient en des aquarelles et affiches, créées à l’occasion de diverses compétitions à l’instar du Pro-am de la Côte d’Opale qu’il a suivi pendant dix ans. « Personne ne faisait ça, donc je me suis fait assez rapidement une petite place », retrace-t-il.

Petit à petit, il a laissé place à la caricature. Il a « gaguifié » les scènes qui se déroulaient sous ses yeux. « J’ai créé un personnage et j’y ai glissé quelques petites blagues », se souvient-il. Cette période marque la naissance de Jean-Claude Dubois, golfeur amateur attachant, un peu maladroit, qui va rapidement devenir le héros d’un plus grand projet. Les réactions n’ont pas tardé, en particulier dans son club du Val-d’Oise. Les membres s’amusent du personnage, s’y reconnaissent parfois. Certains lui glissent même l’idée qui finira par germer : pourquoi ne pas en faire une bande dessinée ? En rassemblant diverses saynètes et en scénarisant la chose, Romain a donné à Jean-Claude un univers entier au sein de Golferies, sa bande-dessinée sortie en 2018.

L’inspiration de toute part

Le dessin accompagne Romain Lecocq depuis l’enfance. « Depuis que j’ai cinq ans », précise-t-il. Très vite, cette passion est devenue un métier. Décors de théâtre, peintures, trompe-l’œil, illustrations : l’artiste a exploré de nombreux terrains de création. Alors qu’il raconte son récit (interview réalisée au mois de février, ndlr), il est en route pour honorer une commande faite par un magasin de Saint-Malo. Malgré l’âme d’artiste volage, il voit dans les commandes une source d’inspiration plutôt qu’une contrainte. « La commande te donne un cadre qui stimule la création d’une autre manière. Ça nourrit le dessin car il y a des règles à respecter avant de laisser la liberté aux traits. » Lorsqu’il retourne à ses planches consacrées au golf, il est ainsi plus apte à suivre son instinct de l’imaginaire. Parfois pour étoffer les péripéties de Jean-Claude Dubois, parfois pour rebondir sur un fait d’actualité. La victoire de Tiger Woods au Masters en 2019, la percée de Scottie Scheffler, les muscles de Bryson DeChambeau… tout a été prétexte pour une nouvelle case.

Aujourd’hui, le nombre de ses créations est amoindri. La conséquence d’une autre activité prenante depuis quelques années mais ô combien comblante : la vie de papa. « Je joue moins aussi », concède-t-il dans un sourire. Mais la flamme reste vive. « Je suis un mordu. Même si je joue moins, je continue de m’entraîner », affirme-t-il. Sans club attitré depuis deux ans, ce golfeur itinérant de Bretagne goûte à une autre forme du golf. Désormais, il savoure le jeu de manière plus ponctuelle, en partant avec des copains pendant une semaine entière pour un programme 100 % golf. « Je me rends compte que je me fais presque plus plaisir aujourd’hui parce que j’attends moins de résultat, je ne m’énerve plus. Car c’est là l’un des plus gros défauts du golfeur probablement, Golferies le raconte bien », s’amuse-t-il.

L’esprit d’équipe pour la suite

Malgré la joie d’avoir abouti la réalisation de Golferies, le projet a demandé beaucoup de temps et beaucoup d’énergie. Près de dix ans ont séparé les premières esquisses de la publication de l’album. Pour mener le projet à bien à l’époque, Romain Lecocq a pris une décision radicale : s’y consacrer entièrement. « J’avais quitté mon travail. C’était un choix de vie. » Sa famille l’a encouragé et aidé. « Ma mère m’a soutenu financièrement pendant presque un an pour que je puisse travailler dessus. » Et la qualité de la création était au rendez-vous. À sa sortie, l’album a connu un démarrage prometteur dans le milieu du golf. Les rencontres se sont enchaînées, les invitations aussi. Romain Lecocq s'est retrouvé à présenter sa BD lors des plus prestigieux tournois français : les deux Open de France, l’Amundi Evian Championship, et même lors de la Ryder Cup organisée au Golf National. « J’ai eu beaucoup de chance au début grâce au coup de pouce de Thierry David qui était à l’époque à Golf+ », indique-t-il. Au-delà de l’aide de celui qui partageait avec lui les couleurs de l’Isle-Adam, Golferies a séduit par l’esprit « monsieur tout-le-monde » de Jean-Claude. Tout ce qu’il vit, le golfeur amateur l’a connu : les espoirs avant un départ, les catastrophes imprévues, les petites manies des partenaires. Jean-Claude, c’est nous autant que vous. Mais attention, Romain insiste : Jean-Claude n’est pas lui. « C’est une partie de moi, on peut le dire. Mais c’est surtout un mélange de tout ce que j’ai croisé sur les parcours. »

Extrait du tome 1 de « Golferies ». © Romain Lecocq / Les Éditions du Pont

Et son histoire n’est d’ailleurs pas terminée. Un second tome est en préparation quand le tome 3, lui, est déjà écrit dans l’esprit du créateur. En attendant la trilogie, la nouvelle aventure de Jean-Claude l’amène à s’engager dans une compétition par équipes… à l’Isle-Adam ! « Ceux qui connaissent le club reconnaîtront les lieux, le club house ou l’entrée par exemple », dévoile Romain. Dans ce chapitre, le quadragénaire a voulu mettre en lumière une autre facette de son plaisir. « J’ai beaucoup joué en équipe et j’adore cette ambiance. On n’est plus seul sur le parcours, on défend les couleurs du club avec ses copains. » Et c’est précisément ce mélange qui fait mouche.

Si le projet est encore en cours de finalisation, l’envie est intacte. Non sans difficulté. Outre la création de ses planches, la principale embûche est l’édition de sa BD. Pour la première, l’artiste avait dû s'en charger lui-même. « Je ne trouvais pas d’éditeur et, même si j’ai réussi à vendre pas mal de tirages, ça reste un métier à part entière qui prend du temps et qui demande un réseau et des compétences. Ça m’avait épuisé de tout faire tout seul. » Alors pour cette fois, il ouvre davantage la porte aux intéressés. Avec ou sans maison d’édition, les prochains tomes de Golferies verront le jour, il l’assure. Car au fond, la matière est là : dans les émotions, les anecdotes et les petits travers qui font tout le sel du golf et qui font que chacun se reconnaît dans Jean-Claude Dubois.