Le Masters, qui se déroule de jeudi à dimanche, est parfois décrit comme le plus grand tournoi de golf du monde. Sans vouloir entrer dans le débat, il offre l’occasion d’expliquer aux gens voulant découvrir le golf les événements qui comptent le plus dans le calendrier. Tour d’horizon.
En préambule
Avant d’attaquer le gros morceau du jour, faisons un rapide point sémantique, histoire que personne ne se retrouve lâché en pleine ascension. Les plus gros événements du golf sont soit des tournois individuels, soit des matches par équipes. Dans les tournois individuels, la distinction se fait surtout entre les tournois réguliers des différents circuits et les Majeurs. Ces derniers sont assimilables aux tournois du grand chelem en tennis, même si la ressemblance est à nuancer, on y reviendra. Le distinguo est très simple : les Majeurs sont plus prestigieux que les tournois réguliers.
Les matches par équipes sont plus rares, mais dans le même temps, ils jouissent d’une aura très importante. Le tout serait alors de savoir ce qui a la plus grande importance entre Majeurs et matches par équipes, ce qui est un vaste débat, avec ses arguments et ses contre-arguments. Mais promis, on ne fera pas l’économie d’en dire un mot.
Les Majeurs masculins
On parlait des différences entre le golf et le tennis pour ce qui est des tournois majeurs, en voici déjà une de taille : au golf, les Majeurs masculins et féminins ne sont pas les mêmes. Alors oui, bien sûr, les connaisseurs qui lisent ces lignes ont déjà levé le putter en signe d’objection, arguant que l’U.S. Open et l’Open britannique sont des Majeurs dans les deux calendriers. Objection difficilement recevable. Au tennis, les quatre tournois du grand chelem se jouent pour hommes et femmes en même temps, dans le même lieu. Au golf, dans une même année, l’U.S. Open et l’U.S. Women’s Open, par exemple, ne se jouent ni la même semaine, ni sur le même parcours. Exception faite des éditions 2014, disputées sur deux semaines consécutives sur le même tracé de Pinehurst No. 2.
Mais pour l’essentiel, retenez qu’au golf, Majeurs masculins et Majeurs féminins ne sont pas les mêmes. À commencer par leur nombre. Les Messieurs disputent chaque année quatre Majeurs, avec, par ordre chronologique : le Masters, le PGA Championship, l’U.S. Open et The Open. Le Masters, en avril, est le seul des quatre à systématiquement se tenir sur le même parcours, celui de l’Augusta National, dans l’état américain de Géorgie. Il est attaché à mille et une traditions, mais notamment à celle de voir son vainqueur, le dimanche, revêtir une veste verte. D’où l’usage courant de la périphrase « une veste verte » pour désigner une victoire au Masters.
Le PGA Championship se joue environ un mois plus tard, en mai. Il est le seul des quatre Majeurs à n’accueillir que des joueurs professionnels, étant organisé par la PGA of America, autrement dit l’association des professionnels américains. Il se déroule systématiquement aux États-Unis, mais sur un parcours différent chaque année. Ainsi, depuis 1916 et la création du tournoi, plus de 70 parcours lui ont servi de cadre. L’édition 2026 se tiendra à l’Aronimink Golf Club, en Pennsylvanie, du 14 au 17 mai.
L’U.S. Open se tient ensuite au mois de juin. Là encore, le parcours change chaque année, mais l’USGA (United States Golf Association), qui organise le tournoi, le fait voyager sur une dizaine de parcours à travers les États-Unis, ne faisant que quelques rares écarts. Des tracés tels que Pebble Beach, Pinehurst No. 2, Oakmont, Winged Foot ou encore Shinnecock Hills, qui accueillera l’édition 2026 du 18 au 21 juin, font partie des plus iconiques. La spécificité de l’U.S. Open réside dans sa difficulté. Les organisateurs se font forts de rendre le parcours expressément ardu, principalement par la fermeté des greens et l’épaisseur des roughs. Le tournoi est considéré comme le plus gros test de golf au monde.
Enfin, le dernier Majeur au calendrier est The Open, que l’on nomme parfois de son nom complet The Open Championship. Mais sous nos latitudes, vous entendrez plus souvent parler du British Open, ou plus simplement du British. Tout simplement parce que ce tournoi se tient toujours dans les îles britanniques. The Open est le plus vieux Majeur, et même le plus vieux tournoi de golf toujours debout au monde. Sa première édition s’est tenue en 1860, et celle de 2026 sera la 154e. Le parcours hôte change chaque année, mais le Royal & Ancient (R&A), organisateur, dispose d’une liste restreinte de destinations possibles, nommée dans le jargon la rotation. L’actuelle compte neuf tracés, dont le Royal Birkdale, qui accueillera l’événement cette année du 16 au 19 juillet, et l’Old Course de St Andrews, le plus prestigieux et le plus visité (31 fois). Tous ces parcours présentent un point commun : ils se situent non loin de la mer, sur des plaines côtières sablonneuses, un style que l’on nomme « links ». À noter que The Open est le seul Majeur masculin, à ce jour, à avoir été gagné par un Français. Ce dernier se nommait Arnaud Massy, et il s’est imposé au Royal Liverpool en… 1907.
Les Majeurs féminins
Les Dames ont une occasion supplémentaire, chaque année, de concourir en Majeur. La fête commence au printemps, entre fin mars et avril, avec le Chevron Championship. Créé en 1972 et devenu un Majeur en 1983, il a été disputé jusqu’en 2022 inclus sur le tracé Dinah Shore à Rancho Mirage, en Californie. Cette unicité de lieu associée à sa date printanière lui valait quelques comparaisons avec le Masters, mais en 2023, le sponsor titre du tournoi a décidé de le déménager au Texas, d’abord à Carlton Woods pour trois éditions, puis à partir de cette année, au Memorial Park Golf Course, à Houston. À voir si la tradition qui lui est attachée, à savoir de voir la lauréate plonger dans une pièce d’eau à côté du 18, perdurera. Ce tournoi, qui se nommait Kraft Nabisco Championship à l’époque, a connu une victoire française : celle de Patricia Meunier-Lebouc, en 2003.
Du 4 au 7 juin de cette année se tiendra l’U.S. Women’s Open, sur le parcours de Pacific Palisades, en Californie. Une bonne occasion de se le mettre dans l’œil, puisqu’il sera aussi le parcours des épreuves olympiques lors des Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028. Comme pour l’open américain masculin, cette épreuve a la réputation de présenter aux joueuses un parcours difficile, capable de faire déjouer les meilleures du monde. Ceci étant, la liste de ses parcours hôte est moins stricte. Ce tournoi aussi a connu sa victoire française : celle de Catherine Lacoste, joueuse amateur, en 1967.
Suit le KPMG Women’s PGA Championship, pendant féminin du PGA Championship. Le principe est le même : que des professionnelles dans le champ, parcours situé aux États-Unis, mais avec une large liste de destinations possibles. Pour 2026, du 25 au 28 juin, ce sera le tracé d’Hazeltine, dans le Minnesota.
Faisons une toute petite entorse à l’ordre chronologique, en parlant tout d’abord de l’AIG Women’s Open, qui n’est autre que The Open en version féminine. Le tournoi a le même organisateur que son frère, se joue aussi pendant l’été dans les îles britanniques, mais sa rotation est un peu plus large. Elle inclut même des parcours qui ne sont pas en bord de mer, par exemple Woburn ou Sunningdale. L’édition 2026 se tiendra du 29 juillet au 2 août, au Royal Lytham & St Annes, qui pour le coup est un pur links.
L’entorse au calendrier avait pour but de garder, pour la fin, le seul Majeur du golf se jouant en France : The Amundi Evian Championship. Ce tournoi a été créé en 1994, et depuis 2013, il est officiellement le cinquième Majeur féminin du calendrier. Durant toutes ces années, son cadre n’a pas changé : le tracé de l’Evian Resort Golf Club, en Haute-Savoie. Avec un Chevron Championship devenu itinérant, il est désormais le seul Majeur de ces dames à toujours se disputer sur le même parcours. Et lui aussi a connu une victoire française : l’inoubliable triomphe de Céline Boutier, en 2023.
Les événements par équipes
Il arrive que le golf se joue de manière collective. Cela se produit plus rarement qu’en individuel, mais donne lieu à des compétitions extrêmement suivies. Les plus prestigieuses sont la Ryder Cup et la Solheim Cup, qui sont les versions respectivement masculine et féminine de la même idée : faire s’affronter, tous les deux ans, l’Europe et les États-Unis.
Actuellement, la Ryder Cup se joue en fin d’été les années impaires, et la Solheim Cup à la même période les années paires. La prochaine Solheim Cup se déroulera du 11 au 13 septembre 2026 aux Pays-Bas, et la prochaine Ryder Cup du 17 au 19 septembre 2027 en Irlande. Leurs formats sont similaires : deux équipes de 12, et trois jours de matches pour décider du vainqueur.
La question peut se poser de l’importance relative des Majeurs et de ces deux compétitions dans le cœur des concernés. Elle varie d’un individu à l’autre, mais peut aller des deux côtés. Ainsi, l’Irlandais Shane Lowry a pu dire qu’il avait plus intensément vécu son expérience à la Ryder Cup 2021 que The Open 2019, édition disputée sur son île d’Irlande. Et pourtant, il avait fait partie d'une débâcle européenne dans le premier cas, et gagné le trophée dans le second. À chacun de voir selon sa conscience.
Toujours est-il que la Ryder Cup porte un titre incontestable : celui de plus gros événement golfique de la planète en termes d’audience et de retombées médiatiques. Mais tout cela en ne se tenant que tous les deux ans, contrairement aux Majeurs, qui sont annuels.
Mais alors, c'est lequel le plus grand ?
Transition toute trouvée, car oui, on vous voit venir, agréables curieux. Vous avez envie de demander lequel, dans cette flopée de tournois, est LE tournoi, celui qu’il faut gagner. Mettons de côté les compétitions par équipes, succès collectifs par essence. Dans les individuels, les Majeurs sont le graal, c’est certain. Mais lequel, à choisir ? Chez les Messieurs, mettons de côté le PGA Championship, qui a rejoint tardivement la liste, et peine à égaler ses camarades en prestige. L’U.S. Open est cher au cœur des Américains, mais au-delà du pays de l’Oncle Sam, c’est moins le cas. Restent le Masters et The Open. Et là, vous trouverez des partisans des deux côtés. La tradition quasi immuable et le cadre plaident pour le Masters. L’ancienneté et le caractère originel du jeu poussent pour The Open. À chacun de se faire son idée.
Et chez les Dames, alors ? Les deux opens, britannique et américain, jouissent incontestablement d’un grand prestige. Depuis son déménagement de Rancho Mirage, le Chevron Championship est peut-être encore un peu à la recherche de ses repères. Alors, même s’il est le plus récent arrivé, peut-être peut-on s’accorder quelques secondes cocardières, et pousser pour The Amundi Evian Championship. Dans le cœur du public tricolore, en tout cas, l’affaire est entendue.
Quelques mentions honorables
Pour faire descendre la liste un peu plus bas, quelques événements méritent mention. Déjà les finales des différents circuits de première division, du type PGA Tour, DP World Tour ou LPGA Tour. Les plus gros calibres de la planète n’en font pas des objectifs prioritaires face aux Majeurs, mais néanmoins, les remporter peut marquer les esprits. Quelques tournois sont aussi considérés comme des Majeurs officieux. L’exemple le plus célèbre est le Players Championship, qui se joue au mois de mars au TPC Sawgrass, en Floride. Plus gros tournoi régulier du PGA Tour, il est souvent surnommé le cinquième Majeur masculin.
Et enfin, depuis 2016, le golf a fait son retour au programme olympique. En 2024 au Golf National, les deux tournois des Jeux de Paris, masculin et féminin, ont montré à quel point les plus grosses pointures du golf mondial ne négligeaient pas ce rendez-vous. Il est vrai qu’auprès d’un public avec une culture golf en devenir, « champion olympique de golf », ça claque.