Tous les fans de golf le savent : le British Open, joué pour la première fois en 1860, est le plus ancien open national du monde. Mais, derrière leur illustre aîné, quels sont les autres ? Un indice : trois des huit plus vieux se jouent cette semaine !

Un groupe de golfeurs à St Andrews, vers 1855. © University of St Andrews

Qu'ont en commun les opens d'Afrique du Sud, d'Argentine et de Nouvelle-Zélande ? À part le fait d'être des opens nationaux, pas grand-chose en apparence. Le premier compte pour le DP World Tour, le second pour le Korn Ferry Tour et le troisième pour l'Asian Tour. Mais, par une curieuse coïncidence des calendriers professionnels internationaux, ce sont bien trois des huit plus anciens opens du monde qui se jouent en même temps ! Alors, quels sont les autres ?

The Open, vénérable mais vivace ancêtre

Si les origines du golf en tant que jeu restent floues, celles du golf en tant que sport sont bien plus nettes. Sans débattre de potentielles racines dans la Rome antique ou en Chine médiévale, il est établi que la petite balle blanche fit son apparition en Écosse au cours du XVe siècle, et s'y développa au cours des siècles qui suivirent. L'année 1744, qui marque la fondation de l'Honorable Compagnie des Golfeurs d'Édimbourg à Muirfield, est généralement considérée comme l'acte de naissance du jeu tel que nous le connaissons.

À la suite de l'aménagement des parcours et de l'édiction des règles, les premières compétitions virent le jour. À l'origine, elles ne concernaient (en l'absence de ceux dont il sera bientôt question) que les joueurs amateurs, du reste assez peu nombreux. Mais le temps passant, la nécessité d'entretenir les parcours et de fabriquer le matériel nécessaire pour jouer donna naissance à une nouvelle catégorie de golfeurs : les professionnels.

Vivant du golf, par le golf et pour le golf, ceux-ci devinrent rapidement plus adroits que les amateurs, et l'on ressentit dès le milieu du XIXe siècle la nécessité de les classer par ordre d'habileté. C'est ainsi qu'en 1859, après la mort d'Allan Robertson alors considéré comme le meilleur professionnel d'Écosse - et donc du monde ! - les membres du Prestwick Golf Club décidèrent de créer un championnat réservé aux professionnels afin de déterminer son successeur.

Le 17 octobre 1860, The Open Championship fut joué pour la première fois à Prestwick par huit professionnels. L'année suivante, il s'ouvrit aux amateurs et devint donc techniquement un open national, une caractéristique qu'il affiche encore fièrement aujourd'hui, 166 ans et 153 éditions plus tard !

C'est quoi, un open national ?

En golf, un open (« open championship » en anglais, soit « championnat ouvert ») est une compétition de golf ouverte à tous les joueurs, sans distinction de statut. Ainsi, qu'il soit professionnel ou amateur, un golfeur peut en théorie participer à un open, à condition de remplir un critère d'éligibilité ou de s'y qualifier. Parmi les quatre Majeurs masculins, The Open et l'U.S. Open sont donc les opens nationaux de Grande-Bretagne et des États-Unis d'Amérique, respectivement. Dans la même logique, de nombreux autres pays ont un open national, qui est généralement l'épreuve emblématique du golf dans ses propres frontières.

N. B. : A contrario, certains tournois de golf sont strictement réservés aux joueurs professionnels, et d'autres uniquement aux joueurs amateurs.

À la fin du XIXe siècle, le golf se répandit aux quatre coins de la planète, gagnant d'abord les États-Unis et les pays de l'empire colonial britannique. En 1895, l'U.S. Open vit le jour ; puis dans les premières années du XXe siècle l'Afrique du Sud (1903), le Canada et l'Australie (1904) et la Nouvelle-Zélande (1907) créèrent à leur tour leur open national.

Toujours sous l'influence britannique, le golf se répandit également dans des territoires non-anglo-saxons, comme en Amérique latine et en Europe. Créé en 1905, l'Abierto de Argentina peut ainsi se targuer d'être le sixième plus ancien open national du monde, alors que l'Open de France, né l'année suivante, est le septième. La Belgique (1911), l'Espagne et les Pays-Bas (1912), la Suisse (1923), l'Italie (1925) et l'Irlande (1927) suivirent sur le Vieux continent, tandis qu'aux quatre coins du monde des championnats virent le jour également aux Philippines (1913), en Égypte (1921), ou encore au Chili et au Japon (1927) - pour ne citer que les centenaires, ou presque.

Le top 15 des plus anciens opens nationaux

1860 : Grande-Bretagne (153 éditions)
1895 : États-Unis (125 éditions)
1903 : Afrique du Sud (114 éditions)
1904 : Canada (114 éditions)
1904 : Australie (108 éditions)
1905 : Argentine (118 éditions)
1906 : France (107 éditions)
1907 : Nouvelle-Zélande (104 éditions)
1910 : Belgique (57 éditions) *
1911 : Allemagne (63 éditions) *
1912 : Espagne (97 éditions)
1912 : Pays-Bas (105 éditions)
1913 : Philippines (102 éditions)
1921 : Égypte (62 éditions) *
1923 : Suisse (90 éditions)

* Tournois aujourd'hui disparus

Tous ces opens nationaux n'ont pas connu le même sort : si certains sont devenus d'indéboulonnables institutions dans le monde du golf professionnel moderne, d'autres vivotent au gré de leur rattachement à tel ou tel circuit, ou alors ont carrément disparu en raison de difficultés économiques locales. Mais, de la Grande-Bretagne à l'Afrique du Sud et de l'Argentine au Japon, ces opens nationaux sont autant de témoignages d'une incontestable réalité : que le golf a conquis toute la planète.

Et les femmes, dans tout ça ?

Rien, dans les règles édictées à St Andrews en 1754, n'indiquant que le golf fut une activité réservée aux hommes, les femmes eurent tôt fait d'emboîter le pas de ces messieurs, et organisèrent dès la fin du XIXe siècle leurs propres championnats. Avec, toutefois, une différence notable : ceux-ci ne concernaient que les joueuses amateurs, les proettes se comptant alors sur les doigts de la main. Le British Ladies Amateur fut organisé pour la première fois en 1893, ses homologues américains et français en 1895 et 1909 respectivement.

Toutefois, rien n'interdisait ces dames de prendre part à des épreuves open, par définition ouvertes à tous sans distinction de statut, de nationalité... ni de genre ! C'est ainsi qu'en 1929 la proette bretonne Geneviève Le Derff devint la première femme à participer à un open national masculin, en l'occurrence l'Open de France joué cette année-là à Fourqueux (lire l'article de Philippe Palli à son sujet, en suivant ce lien).

D'autres, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, suivirent son exemple, ce qui mena à la naissance du professionnalisme féminin au cours des années 30. Depuis, les proettes du monde entier ont leurs propres opens nationaux et leurs propres circuits, mais en théorie rien n'empêcherait l'une d'entre elles de tenter sa chance chez les hommes. Dans les quatre Majeurs masculins, ce n'est encore jamais arrivé... mais ça ne veut pas dire que ça n'arrivera jamais !

Le top 15 des plus anciens opens nationaux féminins

1946 : États-Unis (80 éditions)
1968 : Japon (58 éditions)
1973 : Canada (51 éditions)
1974 : Australie (34 éditions)
1976 : Grande-Bretagne (49 éditions)
1979 : Irlande du Nord (9 éditions) *
1982 : Espagne (32 éditions)
1984 : Allemagne (22 éditions) *
1985 : Belgique (14 éditions)
1985 : Portugal (18 éditions) *
1986 : Pays-Bas (27 éditions)
1986 : Écosse (23 éditions)
1987 : France (35 éditions)
1987 : Italie (27 éditions) *
1987 : Corée du Sud (39 éditions)

* Tournois aujourd'hui disparus