Durant les deux prochaines semaines, le Trophée Golfers' Club puis le Trophée Gounouilhou vont occuper la majorité des actualités de ce site web. Mais pour les non-initiés, qui ne connaissent pas ces championnats de France par équipes, cela peut être utile de détailler ce qui se cache derrière ces deux noms étranges.

Scène habituelle en Golfers' ou en Gounouilhou : la joie de l'équipe victorieuse (ici le Golf Club de Lyon à la Golfers' 2025) au moment de la victoire. © Tomas Stevens / ffgolf

C'est quoi, ces noms bizarres ?

On ne va pas se mentir. Lorsque le profane du jeu de golf entend parler de ces deux compétitions pour la première fois, sa première réaction est généralement celle-ci : Qu'est-ce que c'est que ces noms ? La Golfers' ? Mais qui a eu l'idée d'appeler une compétition d'un sport... du nom du sport ? Vous imaginez Roland-Garros s'appeler juste... Tennis ? Et puis alors pardon, mais Gounouilhou. Gou-nou-ilhou ! Même dans le Bigdil de Vincent Lagaf', il n'existait pas de jeu qui s'appelait Gounouilhou. Pourtant, ça n'aurait pas dépareillé.

Ça, c'est pour la réaction des profanes. Car pour les initiés du jeu, et pire encore, pour celles qui disputent la Golfers' et ceux qui disputent la Gounouilhou, ces noms respirent le mythe, le graal, la raison ultime qui les fait lever avant l'aurore chaque dimanche matin d'hiver qui pique. Ils représentent une semaine qui compte pour toute l'année, celle des championnats de France amateurs par équipes de première division

Mais donc, avant de détailler, traitons rapidement la question des noms bizarres. Le nom complet de la Golfers' est Trophée Golfers' Club. Le Golfers' Club était un club omnisport parisien, disparu depuis, mais qui a doté le Championnat de France amateur par équipes Dames, créé et 1929, d'un trophée. Comme le nom de ce club était anglais, cela explique l'apostrophe qui suit le "s" final, qui est la forme particulière du fameux génitif saxon cher à nos amis d'outre-Manche lorsque le terme se termine déjà par un "s".

Gounouilhou, en revanche, n'est pas le nom d'un club, c'est le nom d'un homme. Son prénom était Marcel, il vécut de 1882 à 1939, et pour passer en coup de vent sur son CV, il fut patron de presse à Bordeaux, député de 1919 à 1924, et maire d'Arcachon de 1929 à 1938. En ces temps anciens, il n'était pas rare, lorsqu'un grand championnat de golf se créait, qu'un riche bienfaiteur dote ladite compétition d'un trophée, lequel portait alors son nom. Cela fut le cas pour Marcel Gounouilhou lors de la création d'un championnat de France par équipes Messieurs en 1926. Car oui, cette année, c'est le centenaire.

Comment ça marche ?

La Golfers' et la Gounouilhou sont donc les championnats de France amateurs par équipes de première division, respectivement féminin et masculin. Ils se déroulent chacun sur cinq jours, lors de deux semaines consécutives de la fin mai. Le parcours hôte change tous les ans. Ainsi, cette année, la Golfers' se tiendra du 21 au 25 mai au Golf des 24 Heures - Le Mans, puis la Gounouilhou du 27 au 31 mai au Golf d'Omaha Beach

Le gros avantage est que, concernant la formule de jeu, les deux championnats se déroulent exactement de la même façon. Seize clubs sont sur la ligne de départ. Ils commencent par disputer deux journées de qualification en stroke play (si ce terme vous est obscur, il est expliqué ici). Chaque club choisit 6 noms parmi le maximum de 12 qu'il a pu inscrire sur sa liste. Ces six personnes jouent 18 trous le premier jour. Les cinq meilleures cartes sont conservées pour constituer le total de l'équipe. Même chose lors du second tour des qualifications, avec la possibilité, pour les équipes, de « faire tourner » leur effectif si elles le souhaitent. 

À la fin de ces deux journées, cela donne donc un classement de 1 à 16. Les équipes du top 8 sont qualifiées pour les quarts de finale. Les équipes classées de 9 à 16, en revanche, doivent jouer un barrage, en vue de conserver leur place en première division. À partir du troisième jour en effet, la compétition passe en match play (si ce terme vous est obscur, il est expliqué au même endroit que le stroke play). Lors des barrages, l'équipe classée 9e rencontre la 16e, la 10e rencontre la 15e, etc. Chaque rencontre est constituée de cinq matches, lancés sur le parcours les uns à la suite des autres : un double en formule foursome (attention, là le lien d'explication du terme obscur n'est pas le même) et quatre simples. L'équipe qui remporte au moins trois de ces cinq matches reste en première division. L'équipe vaincue repart en deuxième division.

Soulagement pour les joueurs du Bordelais, en 2024, qui s'imposent en barrage face à Biarritz pour rester en Gounouilhou. © Lucas Hélin / ffgolf

Les quarts de finale, en revanche (et ce sera aussi le cas pour les demi-finales et la finale) se jouent dans une formule à sept matches, que l'on nomme la formule complète. L'équipe classée n° 1 des qualifications, joue la n° 8, la n° 2 joue la n° 7, etc. Chaque rencontre voit se dérouler deux foursomes le matin, et cinq simples l'après-midi. Étant entendu que les équipes peuvent faire jouer les mêmes en foursomes puis en simples (et d'ailleurs, elles le font très souvent). L'équipe qui parvient à réunir quatre points passe à l'étape suivante, tandis que l'équipe perdante est éliminée de la course au titre. Néanmoins, son maintien en première division était déjà assuré par sa présence dans le top 8 de la qualification. D'où l'importance déjà fondamentale de la phase de qualification.

C'est qui les meilleurs ?

En 100 ans d'existence pour la Gounouilhou et 97 ans pour la Golfers', forcément, certains clubs se sont distingués plus que d'autres. Chez les Messieurs, le record de victoires est codétenu par le RCF La Boulie et Chantilly, avec 17 titres chacun. Ce record peut bouger dès cette année, puisque les deux clubs font partie des 16 conviés à Omaha Beach pour l'édition du centenaire.

Chez les Dames, le record de 28 victoires, détenu par Saint-Cloud, a encore de belles années devant lui. Ex æquo à la deuxième place, le RCF La Boulie et Saint-Nom-la-Bretèche ont pour l'instant 19 titres. Surtout, le championnat féminin a, très longtemps, été la chasse gardée des clubs du bassin parisien. Au XXe siècle, seule la victoire de l'alliance basque de Biarritz et Chiberta, en 1982, est venue briser l'hégémonie. Mais bonne nouvelle pour la glorieuse incertitude du sport : ces dernières années, ce règne n'est plus sans partage. Les victoires de Valescure en 2019, de Toulouse en 2020, puis du Golf Club de Lyon l'année passée ont prouvé que le Trophée Golfers' Club pouvait voyager partout en France.

Et il y a quoi à gagner ?

Rien.

Non, ce n'est pas une blague. À la Golfers' et à la Gounouilhou, il n'y a absolument rien à gagner. Matériellement, tout du moins. Si, il y a bien quelques médailles et plaques souvenirs pour les vainqueurs et les finalistes, il y a bien la garde du trophée pendant une année, mais hormis cela, rien. Pas de dotation financière (ce sont des épreuves amateurs) pour les participants comme pour les clubs, pas de lots comme dans une compétition de club sponsorisée, pas de qualification à d'autres événements. Enfin si, le club vainqueur de la Golfers' se qualifie pour la Coupe d'Europe des clubs Dames, à l'automne. Une compétition qui, elle-même, offre comme dotation... rien de plus.

Alors, pourquoi c'est important ?

S'il n'y a rien à gagner, pourquoi la Golfers' et la Gounouilhou sont-elles un tel événement ? Lorsque l'on sonde leurs protagonistes, les mêmes valeurs cardinales reviennent : l'honneur, la fierté de porter le maillot de son club, le fait de jouer avec et pour les copains et les copines, de se dépasser, golfiquement et humainement, une semaine dans l'année, de se confronter à une pression énorme, mais de s'en sortir avec d'autant plus de mérite et de gloire lorsque la victoire est au bout. 

À la Golfers' et à la Gounouilhou, les images sont souvent plus fortes que les mots. Les cris de joie peuvent déchirer l'air plus durement que le tonnerre. Des coups de golf incroyables peuvent renverser n'importe quelle situation. La détresse, les larmes souvent, accompagnent les défaites. À la Golfers' et à la Gounouilhou, il y a des jeunes qui portent en eux l'espoir d'une future carrière professionnelle. Mais il y en a d'autres, qui sont parfois amplement au-delà des 30 ans, qui continuent à s'entraîner dur au golf pour une seule raison : aider leur club à remporter, peut-être un jour, un titre. Tout ce concentré d'émotion précipite en l'espace d'une semaine. Ce qui donne un spectacle absolument unique. Gros avantage : venir y assister sur place est entièrement libre et gratuit. Alors, si vous êtes dans la région du Mans cette semaine, ou des plages du Débarquement la semaine prochaine, n'hésitez pas à faire un crochet. Vous verrez comme c'est beau, 16 équipes qui se battent pour la gloire... et des trophées aux noms bizarres.