Handicap, index, mérite, amateurs, professionnels… Pour les profanes, difficile de se repérer dans le fatras des outils qui servent à évaluer les golfeurs entre eux. Alors, démêlons.

ANO_0949.JPG
Index, handicap de jeu, par total... Difficile de savoir à qui correspondent tous les chiffres sur une carte de score, quand on découvre le golf. © Alexis Orloff / ffgolf

Si vous n’êtes pas (du moins pas encore) golfeur, vous vous êtes sans doute déjà trouvé face à un adepte du plus beau jeu du monde, et vous lui avez posé la question de savoir quel niveau il avait. Il est vraisemblable qu’il vous ait lancé une volée de chiffres, qui vous ait fait le même effet qu’un passing shot pleine ligne de Roger Federer. Ou bien encore, peut-être avez-vous en bagage une trousse de secours avec quelques termes du jargon golfique, et vous avez tenté votre chance : « C’est combien, ton handicap ? ». Bien joué, mais il est probable que non seulement il vous ait répondu d’un nombre qui n’éclairait pas plus votre lanterne, mais qu’en plus il ait mis votre trousse en lambeaux : « En fait, ça s’appelle pas le handicap ». Que d’efforts mal récompensés.

Ne cachons pas la vérité : oui, le système de classement au golf, chez les amateurs du moins, est complexe. En tout cas comparé à d’autres disciplines. Aux échecs ou au scrabble, par exemple, chaque pratiquant régulier dispose d’un classement Elo. Ce système, qui porte le nom de son inventeur Arpad Elo (1903-1992), permet d’évaluer les niveaux relatifs dans les jeux à somme nulle. Du dernier arrivé au club d’échecs du coin à l’actuel champion du monde, l’Indien Gukesh Dommaraju, tout le monde est classé dans ce même système. Le principe est simple : plus le nombre est élevé, plus le pratiquant est fort.

On commence par l'index

Le golf, en revanche, n’est pas un jeu à somme nulle. Il est un sport dans lequel les adeptes se mesurent tous à un parcours. Et le gros problème, c’est que chaque parcours est unique. Alors, comment établir une hiérarchie ? Pour l’écrasante majorité des golfeurs qui peuplent cette planète, la principale référence se nomme l’index – C’est lui qui est, souvent, improprement confondu avec le handicap. Il s’obtient en disputant des compétitions ou des parties de classement certifiées. Autrement dit, si un pratiquant joue uniquement pour son bon plaisir sans jamais remplir de carte de score, il n’a pas de classement.

Pour parler de l’index, il faut commencer par évoquer ce qui lui sert de base : le par. Sur chaque trou de golf, il est affiché un nombre de coups attendu, qui sert de référence. Ce nombre est appelé « par », et peut prendre les valeurs 3, 4 ou 5. La longueur du trou est le principal facteur qui détermine cette valeur. Pour résumer grossièrement, les trous courts sont en par 3, les trous moyens en par 4, et les trous longs en par 5. En additionnant le par sur l’ensemble des 18 trous d’un parcours, on obtient un par total. Ce dernier varie d’un parcours à l’autre, mais juste pour l’exemple, prenons sa valeur la plus courante : 72 (4 fois 18, une bonne moyenne).

L’immense majorité des golfeurs amateurs a besoin de plus de coups que le par pour boucler les 18 trous. Le but de l’index est de donner une représentation de ce nombre de coups (mais attention, ce n’est pas une moyenne, on va y revenir). Ainsi, lorsqu’un pratiquant joue sa première partie de classement, son premier index est établi à 54 (l’équivalent de trois coups au-dessus du par sur chaque trou), qui est la valeur maximale. Son but va être de faire descendre cet index le plus bas possible.

La chose principale à retenir est donc celle-ci : plus un joueur a un index bas, plus son niveau est élevé. Un joueur classé 2,8 (car oui, l’index s’exprime au dixième près) est plus fort qu’un joueur classé 10,7, qui est lui-même plus fort d’un 24,6, qui est lui-même plus fort qu’un 42,3… enfin bref, vous avez compris l’idée. À noter que derrière cette arithmétique, la réalité est davantage géométrique. Traduit en langage moins mathématique, entendez par là que, malgré ce que les chiffres suggèrent, dans la réalité, l’écart de niveau entre un 18 et un 9 n’est pas le même qu’entre un 9 et un 0. Il est en réalité beaucoup plus grand entre 9 et 0. Si l’on veut, l’approche du 0 se fait de manière presque asymptotique (on souffle, on ne panique pas, c’est fini les maths).

Bien évidemment, l’index évolue, à la hausse comme à la baisse. Son actualisation se fait à la suite de chaque compétition disputée. Son mode de calcul (qui est désormais universel, voir vidéo ci-dessous) prend en compte les 8 meilleures performances sur les 20 dernières parties jouées. Cela suppose de savoir comment on compte les coups d’une partie au golf, et ça tombe bien, c’est expliqué ici. Du fait de ce mode de calcul, il est important de comprendre que l’index ne représente pas une moyenne de score de son possesseur par rapport au par. Il faut plutôt l’imaginer comme une aptitude prouvée, comme le niveau du joueur lorsque son golf est bien en place.

Négatif, c'est positif (et inversement)

L’index démarre donc à 54. Il descend au fur et à mesure que le niveau du joueur augmente, et que ses performances en compétition s’accumulent. Mais une fois arrivé à 0, on fait quoi, on s’arrêté ? Que nenni. On passe dans le négatif. Le paradoxe, c’est qu’au golf, le négatif, c’est positif.

En effet, en-dessous de 0, l’usage est de noter les index négatifs avec le signe + devant. Autrement dit, si vous voyez une feuille de départs de tournoi amateur avec un joueur noté +1,3 d’index, il faut comprendre 1,3 en-dessous de 0. Esprit de contradiction ? Refus obstiné d’utiliser un signe négatif ? Ni l’un ni l’autre. En réalité, c’est même parfaitement logique. Mais pour cela, il faut se mettre à parler de handicap, de brut et de net. Patience, ça vient.

Juste avant, on imagine la question qui brûle : ça peut descendre jusqu’à combien, l’index ? Assez bas. Actuellement, les meilleurs amateurs français peuvent graviter aux alentours de +6,5 (donc 6,5 en-dessous de 0, si vous avez bien suivi). Il y a quelques années, quelques as de la statistique se sont amusés à calculer ce qui aurait été l’index de Tiger Woods à son apogée. Les chiffres oscillent entre +8 et +11, selon les années et les modes de calcul. Mais ça, c’est dans un monde hypothétique où les professionnels ont un index. La bonne blague...

Sara Brentcheneff, actuellement n° 1 amateur française chez les Dames, a un index de +6,4. © DGV / Stebl

De l'index au handicap

Pour l’instant et pour conclure ce chapitre, restons encore un moment chez les amateurs. Car l’index c’est bien, mais qu’est-ce que cela veut dire lorsqu’on se promène sur des parcours dont la longueur et la difficulté varient ? Heureusement, la chose a été anticipée. Tous les parcours de golf subissent ce que l’on appelle un étalonnage, qui vise à en évaluer la complexité avec précision, ainsi qu’à déterminer, en son sein, les difficultés relatives des 18 trous. Les valeurs qui ressortent de l’étalonnage permettent, combiné à l’index, de calculer pour chacun (ça y est, le voilà) le handicap. La locution complète est d’ailleurs « handicap de jeu », histoire de bien préciser qu’il s’agit d’une valeur éphémère.

Prenons l’exemple d’un joueur affichant un index de 18. S’il dispute une compétition sur un parcours plutôt corsé, son handicap de jeu pourra atteindre 21 ou 22. En revanche, si le parcours est accessible, il pourra rester à 18 ou descendre à 17. Admettons qu’il reste à 18, et que le joueur en question boucle le parcours en 90 coups, le par total étant de 72. Le 90 est alors appelé son score brut. Il faut y retrancher les 18 coups de handicap de jeu pour obtenir le score net, qui est alors de 72. Le gros avantage du score net est de pouvoir faire concourir des pratiquants qui n’ont pas exactement le même niveau sur un pied d’égalité. Ce qui est tout simplement le principe de toute épreuve à handicap.

Vous vous souvenez du + devant les index négatifs ? Bien sûr, comment l’oublier. Sa raison d’être se situe justement ici. Pour calculer le score net d’un joueur à l’index au-dessus de 0, il faut retrancher des coups. Pour faire la même chose à partir d’un index négatif, il faut… en ajouter. Exemple : index +3.6, handicap de jeu +3, score brut 70, score net… 73, trois coups de plus.

En réalité, les index négatifs prêtent rarement attention à ce mode de calcul, ou même à leur index en général. À partir d’un certain niveau, ce qui compte le plus est la position au mérite national amateur, et pour ceux qui sont encore meilleurs, la position au classement mondial amateur. De toute manière, les compétitions, rendues à ce niveau, se jouent toutes en brut.

Et chez les pros ?

Chez les professionnels, il n’est plus question d’index. Par définition. Lorsque l’on change son statut d’amateur à professionnel, on reçoit d’office l’index de 0,0, et on n’y touche plus. Mais du coup, comment faire pour savoir qui sont les meilleurs ? La bonne nouvelle, c’est que la chose est beaucoup plus facile que chez les amateurs.

À l’heure où cet article paraît, 4966 joueurs comptent des points au classement mondial masculin, et 1832 joueuses au classement mondial féminin. Ce qui permet de se faire déjà une très large idée de la hiérarchie. Si l’on veut affiner un peu, un bon repère est de voir le circuit d’attache de chacun (avec des circuits de première, deuxième ou troisième division), et le classement spécifique de chaque circuit, sachant que ce dernier ne concerne jamais que la saison en cours.

La question ultime

Tout ça, c’est bien beau, mais la question de départ reste encore un peu en suspens. Car au final, votre ami à qui vous avez demandé quel était son niveau au golf, et qui vous a livré fièrement son index, il est vraiment bon au golf, ou il vous vend du rêve ? Là, on entre dans le terrain merveilleux de la relativité. D'accord, s'il est proche de 0, il est bon sans aucun doute, et s'il est proche de 54, il est... avec une grosse marge de progression devant lui.

Mais admettons qu’il vous ait dit qu’il était 20 d’index, il est bon ou pas ? Peut-être que la solution, à ce moment-là, c'est de laisser le temps faire son œuvre. Admettons que, trois mois plus tard, il revienne vous voir pour vous dire qu’il est descendu à 16. Là, il ne faut pas manquer de le féliciter. Car au golf, les victoires contre soi-même et ce qu’on pense être ses propres limites sont les plus belles.