Comme tous les sports en extérieur, le golf peut connaître des situations où poursuivre le jeu devient soit dangereux, soit techniquement impossible. Il faut, alors, faire rentrer tout le monde au bercail en attendant que ça passe. Quelles sont ces situations ? Les nommés sont…

Un arbitre sonne la corne de brume, signe de l'interruption du jeu. © Andrew Redington / Getty Images - AFP

En préambule

Les gens assez âgés pour s’en souvenir ont connu les éditions de Roland Garros et de Wimbledon où, faute du moindre court à toit rétractable, le jeu était suspendu dès que la pluie faisait son entrée. D’autres encore ont connu un France – Ukraine lors de l’Euro 2012 de football, où un orage aux proportions bibliques sur Donetsk a arrêté le match pendant quelques minutes. Les mordus de la petite reine ont le souvenir de la 19e étape du Tour de France 2019, arrêtée juste après le passage du col de l’Iseran pour ne pas précipiter les coureurs sur le tapis de grêle qui avait recouvert la route dans la descente.

Au golf aussi, sport en extérieur oblige, il est des moments où la nature rend la poursuite du jeu impossible, voire met en danger la santé de toutes les personnes présentes sur le parcours, spectateurs compris. En compétition, l’arrêt du jeu est du seul ressort du comité de l’épreuve, comme le stipule la règle 5.7 du jeu de golf. La scène fait partie du vécu de tous les golfeurs, sur le terrain ou devant l’écran : les arbitres sortent de leur voiturette, et donnent un ou plusieurs coups de corne de brume, faisant retentir aux quatre coins du terrain un « biiiiiiiiip » aussi reconnaissable que redouté.

Contrairement à ce que certains profanes peuvent croire, une simple pluie n’est pas une raison d’arrêt du jeu. Le golf peut très bien se jouer sous les gouttes, et sur de l’herbe humide. Pour renvoyer tout le monde au club-house, il faut que la nature se montre encore plus discourtoise. Voici une liste des principaux cas de figure.

L'orage

Tous les suiveurs du jeu de golf, lorsqu’ils voient que le jeu est interrompu sur un tournoi, ont le même premier réflexe : ça doit être l’orage. Plus précisément les menaces de voir tomber la foudre sur le parcours, qui est à la fois le principal danger sur un terrain de golf, et la raison la plus courante non seulement d’interrompre le jeu, mais aussi d’évacuer tout le terrain.

Le danger de rester sur un parcours de golf sous un orage est amplement détaillé ici, mais pour résumer, un être humain se tenant debout au milieu d’une vaste étendue dégagée et plutôt plane constitue un relief qui a tendance à plus facilement attirer la foudre. Par ailleurs, être muni d’objets métalliques tels que les clubs de golf amplifie le risque. Donc si vous débutez le golf et que, par malchance, lors d’une de vos premières sorties, vous voyez un éclair zébrer le ciel à quelques kilomètres, rentrez au club-house sans vous poser de questions.

L'eau

La pluie en elle-même n’est pas une raison d’arrêter le jeu. Mais trop, c’est trop. Lorsque les précipitations sont trop intenses, le gazon peut se retrouver saturé, ne plus boire le surplus, et des flaques peuvent se former. Si elles restent peu nombreuses et hors des zones les plus fréquentées par les balles, le problème est encore gérable. Les règles de golf permettent de sortir à la main, sans pénalité et sans se rapprocher du trou, une balle qui se trouve dans une étendue d’eau temporaire (que l’on nomme le plus souvent « eau fortuite »).

Mais lorsque les flaques deviennent trop grandes et profondes sur les fairways, ou pire encore qu’elles se forment sur les greens autour des trous, jouer au golf devient simplement infaisable. Les pères fondateurs du jeu n’avaient pas dans l’idée que la balle arrive jusqu’au trou à la nage. En 2023, le célèbre Alfred Dunhill Links Championship, disputé en partie sur le prestigieux Old Course de St Andrews, avait pris plusieurs jours de retard à cause des flaques énormes qu’avait formé la pluie écossaise.

L'Alfred Dunhill Links Championship, en 2023, avait été noyé sous les flaques. © David Cannon / Getty Images - AFP

Le brouillard

Ça paraît bête à dire, mais pour jouer au golf, mieux vaut avoir le visuel sur le site d’atterrissage potentiel de sa balle. Non seulement pour avoir une cible, mais surtout pour être sûr que personne n’est susceptible de la recevoir violemment. De fait, il faut parfois attendre la dissipation des brouillards matinaux pour lancer le jeu.

Mais sur les parcours de bord de mer, la purée de pois peut rester au-dessus de l’eau de longues heures, et d’un seul coup, choisir d’envahir le parcours. Ce dernier peut devenir injouable en quelques minutes à peine, et redevenir praticable aussi rapidement. Aux États-Unis, des parcours tels que Torrey Pines ou Pebble Beach, en Californie, sont des habitués des interruptions pour brouillard. En France, il y a bientôt trois ans, le Blot Open de Bretagne, au golf Bluegreen de Pléneuf, avait dû attendre une bonne partie de la première journée que le brouillard s’en aille. Pourtant, le club-house et les premiers trous étaient baignés de soleil. Mais en contre-bas, près de la mer, le célèbre trou 11 était dans la nuée. Car le plus vicieux avec le brouillard, c’est qu’il suffit d’un trou embrumé, et tout le monde est bloqué.

Le gel (et ses dérivés)

Sur le principe, jouer sur un terrain gelé peut être assez drôle. Ne serait-ce que pour voir les balles rebondir quatre fois plus haut qu’en plein été. Drôle oui, mais sûrement pas pour les équipes d’entretien. Car en réalité, le stress imposé au gazon dans ce cas est un excellent moyen de mettre à mal leur travail en amont, et de leur en donner un gros surplus en aval. Donc, lorsque le terrain est gelé, ne jouez pas. Ne marchez pas non plus sur les surfaces fragiles telles que les greens, où de simples traces de pas peuvent laisser des marques. De fait, lorsqu’un terrain est gelé dans une matinée froide, les comités attendent sagement le dégel pour lancer le jeu.

Mais l’eau gelée peut aussi être un tracas sous ses autres formes. À commencer par la neige, si elle couvre entièrement le parcours. Là, vous vous dites que les circuits professionnels sont trop sages pour aller organiser des tournois dans des endroits où il peut neiger, et qu’ils ne pourraient pas se faire piéger. Que nenni ! C’est déjà arrivé. Et en Arizona, qui plus est. En 2013, le WGC-Accenture Match Play, victime des grandes variations de température dans le désert, avait vu sa première journée être retardée par la neige. Laquelle avait vite fondu, mais donné lieu à une scène assez insolite.

Et puis, après le gel, après la neige, vous prendrez bien un peu de grêle ? Car une bonne averse de petits glaçons est idéale pour empêcher les balles de rouler correctement sur les greens. Et donc une raison largement suffisante pour qu’un comité considère que les conditions de jeu ne sont pas équitables, et suspende les hostilités.

Le vent

Ennemi n° 1 en approche. Plus que la pluie, le gel, la chaleur ou la mauvaise humeur, le vent est le pire antagoniste à rencontrer sur un terrain de golf. Le charme du jeu est de s’en accommoder du mieux possible, mais comme pour la pluie, il existe des situations où trop, c’est trop.

Le cas principal dans lequel le vent peut entraîner l’interruption du jeu est celui où il se montre capable, à lui tout seul, de faire bouger les balles sur les greens. Si ces dernières ne sont parcourues que par un léger frémissement, passe encore. Mais si une bourrasque peut les emmener 15 mètres en contrebas, ce n’est plus la même chose. Cette mésaventure est arrivée à plusieurs joueurs lors de The Open, en 2015, à St Andrews (mais ne vous fiez pas à cette deuxième occurrence, cet endroit est merveilleux). Pour éviter cela, dans les îles britanniques, les intendants de terrain ont plutôt tendance à laisser les greens un tantinet plus épais que dans les régions plus chaudes.

Une balle qui roule emportée par le vent, c’est ennuyeux, mais gentillet. Hélas, le vent peut donner une situation autrement plus dangereuse : l’éventuelle chute d’arbres, ou l’envolée de débris artificiels. Dans ce cas, comme dans celui de l’orage, les comités n’hésitent pas à évacuer tout le monde du parcours.

La nuit

Eh bien oui, on a tendance à l’oublier tant son cas est trivial, mais la nuit est une bien bonne raison d’interrompre le jeu. Enfin, on dit trivial… l’est-ce tant que ça ? À partir de quel moment fait-il vraiment nuit ?

C’est le moment d’aborder la principale subtilité de la règle 5.7. Il existe la suspension de jeu dite « immédiate », et la suspension de jeu dite « normale ». L’immédiate est utilisée en cas de danger imminent du type orage. En France (et dans la plupart des régions du monde), elle est signalée par un unique coup de corne de brume prolongé. Il est alors interdit à quiconque de taper le moindre coup de golf après le signal, sous peine de sanction. Les joueurs ou joueuses marquent leur balle, la relève, et partent à l’abri.

La suspension normale, signifiée par trois coups de corne de brume consécutifs, est typiquement utilisée pour suspendre le jeu par l’arrivée de la nuit. Elle donne le choix. Soit les compétiteurs optent pour arrêter immédiatement, soit ils peuvent finir le trou sur lequel ils se trouvent, à condition de l’avoir entamé avant la suspension.

Mais les joueurs d’un même groupe ne sont pas obligés de faire le même choix. Cela a donné cette scène très cocasse, lors d’un tournoi nommé le Wyndham Championship, en 2024. L’Américain Matt Kuchar est revenu seul, un lundi matin, terminer son dernier trou. La veille au soir, ses partenaires avaient voulu en terminer séance tenante, mais lui, dans une situation délicate, avait préféré attendre le lendemain matin.

Quelques cas à part

Forcément, il existe aussi quelques cas plus rares. Par exemple, en 2014, l’Espagnol Pablo Larrazabal avait été attaqué par un essaim de frelons sur un parcours. Pour s’en protéger, il n’avait pas hésité à sauter dans un étang. Le tournoi n’avait pas été interrompu, mais il est imaginable que la présence d’animaux dangereux puisse être une bonne raison.

Et puis, il peut exister le cas très spécifique des tournois se jouant sur plusieurs parcours. Si le jeu est interrompu sur l’un, l’usage veut qu’il soit interrompu partout. Vous pouvez être sur un parcours sans le moindre problème… et entendre retentir la corne de brume. Quand on vous dit qu’au golf, il faut s’attendre à tout.