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Pascal Grizot : « Beaucoup de bonheur et beaucoup de fierté »

Trois jours après le sacre européen des Boys bleus à Chantilly, Pascal Grizot, vice-président de la ffgolf, revient sur cette victoire, sur les changements dans la politique du haut niveau qui l’ont rendue possible, ainsi que sur les nouvelles perspectives ouvertes, notamment en vue des Championnats du monde amateurs par équipes 2022, organisés en France.

Qu’avez-vous ressenti, samedi, en voyant l’équipe de France Boys devenir championne d’Europe ?

Beaucoup de bonheur et beaucoup de fierté. Une victoire chez les Boys, ça veut dire quelque chose. La politique mise en place aujourd’hui a une vision à quatre ans, avec les championnats d’Europe et du monde qui auront lieu bien sûr en 2020, mais surtout les Championnats du monde par équipes qui auront lieu au Golf National et à Saint-Nom La Bretèche en 2022. Au-delà de ça, on s’aperçoit que, quand on prépare très bien nos athlètes amateurs, ça favorise leur transition vers les professionnels.

Quand on a des amateurs français parmi les 20 meilleurs du monde, ça ne veut pas dire qu’ils vont se retrouver n°1 mondial, mais ça veut dire que, souvent ils feront des performances de très haut niveau. C’était le cas pour Victor Dubuisson, qui a été n°1 mondial amateur et qui, quelques années plus tard, a joué et gagné la Ryder Cup. Ça a été le cas pour Alexander Levy, qui a été dans le top 15 amateur, et qui a fait partie du top 50 mondial. Côté féminin, Céline Boutier a occupé la première place mondiale amateur et performe aujourd'hui sur le LPGA. Antoine Rozner, leader actuel du Challenge Tour, a côtoyé le top 15 mondial amateur. Donc pour la Fédération, la préparation des amateurs est très importante.

La victoire des Boys, ce n’est certainement pas de la chance. C’est le résultat de l’excellent travail de tout un staff, le responsable de la filière Boys Mathieu Santerre, le sélectionneur Benoît Teilleria, le capitaine François Dubrule, le kiné de l’équipe Khélil Baba Aissa. C’est aussi le résultat d’une excellente préparation, avec un stage à La Reserva en début d’année auquel a participé Grégory Havret, avec les déplacements de Benoît Teilleria pour rencontrer les coaches individuels des joueurs. L’équipe s’est aussi construite avec ses succès au match France-Angleterre Boys et lors de la Quadrangulaire.

Je ne pense pas non plus que la chance ait beaucoup de choses à voir avec les grandes performances de Pauline Roussin Bouchard, Lucie Malchirand et Candice Mahé.

La politique de haut niveau de la ffgolf a fait l’objet de changements lors de la dernière intersaison. Quels pans de cette politique sont validés, selon vous, par ce titre européen ?

Il y a vraiment eu une remise en cause, après les résultats des derniers Championnats du monde, qui n’étaient pas bons. Des débriefings ont été faits avec tous les entraîneurs, que ce soit dans le golf amateur féminin ou masculin, en rappelant quels étaient les objectifs de la Fédération. Il était clair que, si les résultats n’étaient pas aussi bons, ce n’était pas seulement la faute des joueurs. C’était aussi que, de notre côté, on n’avait pas mis tout en place pour réussir au plus haut niveau.

On s’est vite rendu compte qu’il fallait qu’on travaille avec les entraîneurs qui sont au plus proche du jeu. On s’est rapprochés de gens d’expérience comme Gwladys Nocera (aujourd’hui coach de l’équipe de France Girls, NDLR). Même chose chez les Dames avec Patricia Meunier-Lebouc (coach de l’équipe de France Dames, NDLR). 

On a également décidé d’avoir deux centres de performance, qui vont être mis en place sur deux saisons. Avec le soutien significatif de l’état et des collectivités territoriales (Région Ile de France, Conseil départemental des Yvelines et Saint Quentin en Yvelines), 3,5 millions d’euros vont être investis au Golf National pour construire des hébergements pour les athlètes, un stade de petit jeu qui sera unique en France, tant au niveau de sa conception que de son entretien, grâce aux conseils et à la supervision d’Alejandro Reyes.

On aura également une salle pour faire du putting l’hiver, et des salles de cours. Actuellement, les joueuses du Pôle Girls, au Golf National, doivent rentrer dormir au Creps de Châtenay-Malabry, et « perdent » 45 minutes le matin et le soir. Cette heure et demie pourra être mise au service de la récupération et de la performance. Les salles de cours et de préparation physique seront prêtes en septembre prochain, le reste pour la rentrée 2020.

Ensuite, sur le site de Terre Blanche, on n’aura pas besoin de construire. Les athlètes auront déjà des salles de cours pour suivre leur scolarité. Le Golf de Terre Blanche a construit des logements qui se prêtent parfaitement à l’hébergement des joueurs. Ce sera le même système qu’au Golf National, pour que les athlètes puissent se préparer dans les meilleures conditions.

Ce titre des Boys coïncide avec plusieurs belles performances françaises dans les tournois professionnels. À tous ceux qui s’impatientent de voir des Français au plus haut niveau mondial, peut-on dire aujourd’hui que ce sera peut-être pour bientôt ?

Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Mais nous ne devons pas relâcher nos efforts car nous sommes encore loin de nos objectifs. Notre métier de fédération, c’est de mettre les sportifs sur la voie vers la haute performance. On met en œuvre tout ce qui est en notre pouvoir pour ça, coaching, site d’entraînement, accompagnement à l’élaboration d’un projet sportif ambitieux, développement de toutes les composantes de la performance en golf, programme de jeu international, partage d’expérience pour les joueurs et entraîneurs français avec les meilleurs experts et champions internationaux…

En revanche il faut être lucide, la fédération ne peut pas se substituer à la volonté, à la motivation personnelle de chaque joueur. Après avoir continué à les accompagner dans leur transition amateur-pro pour qu’ils prennent leurs marques, les joueuses, les joueurs doivent devenir autonomes. Sans l’acquisition de cette autonomie, de cette capacité à faire des choix aussi clairs qu’ambitieux, on ne peut pas atteindre le très haut niveau. Nous devons, à toutes les étapes de formation des jeunes joueurs, les « éduquer » à la recherche de cette autonomie.

Ensuite, si on a fait correctement notre métier de formateur en veillant à bien construire l’entourage et l’encadrement du joueur, il doit voler de ces propres ailes. Regardez la trajectoire chez les proettes de Céline Boutier qui est exemplaire après avoir fait les beaux jours de l’équipe de France. La fédération peut et doit accompagner ces joueurs élites mais elle doit aussi avoir la maturité et d’une certaine manière le courage de les laisser se construire leur trajectoire de champion, en soignant cette transition amateur-pro qui doit durer au maximum 3 ans.


Par William LECOQ
16 juillet 2019