L'étudiante de TCU va participer, comme deux autres Françaises, à l'Augusta National Women's Amateur à partir de mercredi. Une chance, pour elle, de pouvoir jouer dans le cadre du Masters, parmi les meilleures amateurs du monde.
Il est environ 21 h 30, un mercredi banal de début janvier. Heure de Paris, puisque Camille Min-Gaultier est en train d'achever son séjour en France pour les fêtes, avant de repartir au Texas. Toute prête à s'endormir, la native de La Londe-les-Maures, dans le Var, retrouve pourtant vite sa vigueur, si ce n'est une franche excitation. Dans sa boîte un mail, un courrier électronique d'UPS lui annonce qu'un pli lui est destiné, venant de l'Augusta National. L'institution organisatrice du Masters ayant pour habitude de lancer les invitations à ses tournois par courrier, cela ne peut signifier qu'une chose : la joueuse française de 19 ans à l'époque (elle a fêté ses 20 ans le 6 février) est conviée à disputer l'édition 2026 de l'Augusta National Women's Amateur (ANWA, lire ci-dessous), du 1er au 4 avril.
« J'avais reçu un mail de leur part début novembre, dans lequel ils demandaient si j'avais l'intention de rester amateur jusqu'à la date du tournoi, raconte-t-elle. Mais ce mail, ils l'envoient à beaucoup de monde, et il y est clairement écrit que ce n'est pas une invitation. Quand j'ai reçu le mail d'UPS, il y avait écrit ANWA 2026 dessus, donc là je me suis un peu doutée. » Ni une ni deux, l'ancienne du Centre national de performance de Terre Blanche descend annoncer la nouvelle à sa mère, qui lui recommande de rester prudente, en attendant de tenir le fameux carton d'invitation dans les mains. Ce qui finira bel et bien par arriver... avec un peu de retard. « UPS avait perdu mon enveloppe », rigole Camille Min-Gaultier. Mais fin janvier, lorsque l'Augusta National reprend contact avec elle pour savoir, entre autres, sa taille de polo, le doute n'est plus permis. Oui, elle sera bien dans le champ de l'ANWA 2026.
L'ANWA, késako ?
L'Augusta National Women's Amateur (désigné couramment par son acronyme ANWA) est un tournoi créé en 2019. Annulation de 2020 oblige, 2026 marque donc sa 7e édition. Organisé systématiquement la semaine précédant le Masters, il a pour ambition de regrouper les meilleures joueuses amateurs de la planète. Ce sera encore le cas cette année, avec 48 joueuses du top 50 mondial présentes.
l'ANWA se joue en stroke play, sur trois tours, avec cut après deux tours. Ces deux premières rondes se jouent sur le tracé de Champions Retreat, situé en lointaine banlieue de la ville géorgienne d'Augusta. La troisième journée est consacrée à un parcours de reconnaissance, ouvert à toutes les joueuses, sur le tracé de l'Augusta National. Car là se situe tout le prestige de ce tournoi : lors du troisième et dernier tour (joué par les 30 meilleures et ex æquo), les joueuses évoluent sur le parcours qui accueillera, la semaine suivante, le Masters.
Cette année, trois Françaises sont présentes. Outre Camille Min-Gaultier, Sara Brentcheneff, 38e et meilleure Française au classement mondial amateur, ainsi que Louise Uma Landgraf, 46e, seront de la partie. Sur place, toutes les trois seront suivies par la responsable fédérale de la filière féminine, Gwladys Nocera.
« C’est le rêve de tous les golfeurs de jouer à Augusta, poursuit Camille Min-Gaultier. Je ne sais même pas si j’ai des mots pour exprimer ce que j’ai ressenti. » Il y en aurait bien un, tout de même : celui de « reconnaissance ». Pour son coach Franck Lorenzo-Vera, tout d'abord, qui l'a accompagnée lors de ses années à Terre Blanche et continue de l'entraîner. Pour sa fac également, la Texas Christian University (TCU), où elle a posé ses valises en août 2024. Et la liste s'allonge naturellement à sa famille et à ses proches, lesquels vont pouvoir bénéficier, pendant le tournoi, de l'une des 11 invitations accordées à chaque joueuse.
Sa joie de pouvoir jouer à Augusta doit évidemment beaucoup au fait, pour elle, d'avoir suivi le Masters sur les écrans depuis ses plus jeunes années. « Avant d'être au Centre de performance, j'étais incrite au Cned, se souvient-elle. Et cette semaine-là, je ne travaillais presque pas, je regardais le Masters à la place. » D'autres révisent bien leur bac devant Roland-Garros, après tout. « Ensuite, à Terre Blanche, le soir, on regardait le Masters tous ensemble », se remémore la Varoise.
Cette fois, elle n'aura donc pas besoin d'écran pour contempler ce qui est l'un des plus célèbres parcours de golf du monde. Et cela commencera dès ce 31 mars au soir, lorsqu'un dîner d'ouverture du tournoi regroupera toutes les joueuses sur la terrasse du club-house, avec vue sur les greens du 9 et du 18. « La semaine dernière, j'ai parlé de ce tournoi avec Paula Martin, qui avait joué ce tournoi en 2025, narre Camille Min-Gaultier. Elle n'avait pas bien joué, et pourtant, elle m'a dit que c'était dans son top 3 des tournois qu'elle avait joués dans l'année. » Des mots qui pèsent, lorsque l'on sait que la joueuse espagnole, l'an passé, a gagné The Women's Amateur, le Championnat d'Europe individuel Dames, le Championnat d'Europe par équipes Dames, et a participé à The Amundi Evian Championship et à l'AIG Women's Open. Excusez du peu.
Le danger ne serait-il pas, alors, de se laisser griser par le décor, et de perdre un peu de focalisation sur l'événement ? Ou bien encore, de se mettre une pression excessive ? De ces deux écueils, Camille Min-Gaultier tente de se préserver en adoptant le bon état d'esprit. « Je veux profiter du moment, résume-t-elle. J'y vais pour faire une bonne performance, évidemment, mais je ne veux pas que la performance ait un impact sur mon expérience à Augusta. Je ne sais pas si je rejouerai l’année prochaine, donc je ne veux pas être dans un état d’esprit où, si je joue mal, ça va complètement me gâcher la semaine. »
L'état d'esprit général sur le terrain, justement, et l'un de ses chantiers depuis maintenant plusieurs années. Déjà, au Centre national de performance, elle se souvient de l'aide que lui avait apportée le staff sur le fait qu'elle pouvait facilement s'agacer. « J'étais arrivée en pensant qu'il fallait que je tape des coups parfaits tout le temps, détaille-t-elle. Alors qu'en réalité, dans le golf, on a plus souvent à gérer des coups un peu moyens. »
En arrivant dans les rangs des Horned Frogs de TCU, Camille Min-Gaultier a eu tendance à rouvrir la porte à sa tendance naturelle. Sauf qu'un jour, sa coach de fac, Angie Ravaioli-Larkin, lui a remis les points sur les i lors d'une conversation. En substance : soit son attitude sur le terrain devenait meilleure, soit elle n'hésiterait pas à lui faire passer les tournois sur le banc de touche. « Aux États-Unis, quand on n'a pas la bonne attitude, ils sont capables de ne pas nous faire jouer, car cela peut donner une mauvaise image de la fac », analyse la Française. Laquelle ne rate pas un tournoi avec TCU, signe de ses progrès en la matière. Elle a même signé une belle deuxième place, fin janvier, lors du Collegiate Invitational at GCC.
Au-delà du golf, celle qui s'achemine vers la fin de sa deuxième année d'études à Fort Worth, près de Dallas, s'est désormais bien acclimatée au style de vie américain. Ce qui a quand même mis du temps à venir. « La première année, c'était quelque chose, confesse-t-elle. Je sais que c'est un cliché, mais j'ai eu un peu de mal avec les Américains qui sont toujours souriants. Moi, quand quelque chose ne va pas dans ma vie, j'ai besoin de le dire. » Cependant, au fur et à mesure du temps, Camille Min-Gaultier a pu s'habituer. Non seulement elle apprécie beaucoup l'entente avec ses coéquipières, notamment Gracie McGovern, arrivée en même temps qu'elle à TCU. Mais elle partage aussi son logement avec deux autres athlètes de l'université texane qui pratiquent le tennis et le beach volley. De quoi arriver à se couper du golf, une fois l'entraînement terminé.
Chez les Horned Frogs, en plus du staff du programme golf, la joueuse française a aussi trouvé une figure qu'elle décrit comme une mentor : une responsable des donateurs de l'université, dont le sourire est si permanent qu'elle a gagné le surnom de « Smiley ». « Elle a été la première joueuse débutante de ma coach, éclaire Camille Min-Gaultier. Dès que j'ai un problème ou que je suis un peu perdue, je l'appelle. » Forcément, « Smiley » fera partie des 11 personnes autorisées autour de Camille Min-Gaultier pendant l'ANWA, aux côtés des parents de la jeune Tricolore, de Franck Lorenzo-Vera, et d'autres proches venus de France. Pour eux comme pour leur joueuse favorite, l'expérience s'annonce unique. Normal, c'est Augusta.