La finale de l'HotelPlanner Tour se tient à Majorque à partir de jeudi. Maxence Giboudot fera partie des joueurs à la lutte directe pour obtenir la montée sur le DP World Tour. Un enjeu fort que Tom Vaillant et Clément Charmasson ont connu dans cette même épreuve, respectivement en 2023 et 2025. Ils racontent.
Tom Vaillant : « Énormément de tension, qui est montée crescendo »
Début octobre 2023, Tom Vaillant, alors dans sa première saison professionnelle, a de quoi se satisfaire. Une 22e place lors du Hopps Open de Provence, à Pont Royal, lui a assuré un avenir proche sur ce qui s'appelait encore, à l'époque, le Challenge Tour. Puis vient le Hainan Open, en Chine, et une 8e place qui le qualifie pour la finale de la deuxième division, à Majorque. Lui ne se préoccupe pas encore de cet enjeu, mais il devient mathématiquement possible d'intégrer le top 20 final, et d'obtenir sa montée sur le DP World Tour. Commence alors une semaine pas comme les autres, pour lui, aux Baléares :
« Ce qui me revient, c’est énormément de tension qui est montée crescendo tout au long de la semaine. Ça s'est empilé brique après brique. Le lundi, j’étais détente. Je ne jouais pas du tout la montée, j’étais 33e, j’avais fait top 10 la semaine d’avant pour rentrer dans la finale. J’étais déjà content d’être à la finale, ça allait me donner une petite catégorie sur le DP World Tour, j’allais pouvoir en jouer deux ou trois la saison d'après. C’était ma première année pro. Tout le monde savait ce que j’avais à faire… sauf moi. On me disait : « Il faut faire 2e tout seul, 3e tout seul... », et je disais que je n’avais aucune idée, je n’avais pas fait les calculs, je voulais juste faire une bonne semaine. Les conditions étaient très dures, ce qui m’avantageait, car ceux qui sont tendus et crispés allaient galérer. Je savais qu’en maîtrisant bien mon jeu et le parcours, ça allait éliminer pas mal de monde. Jusqu’au matin du dernier tour, j’étais bien. Je jouais avec Marco Penge tous les jours à partir du vendredi, je m'entends super bien avec lui. J’ai joué les deux tours du week-end avec Fred Lacroix aussi. Je kiffais. Après trois tours, avec Marco, on avait tellement d’avance sur le 3e que je me suis dit que, si je restais à cette place-là, j’allais monter sur le DP World Tour. Et là, on commence à monter en température. »
« Le dimanche, c’était très dur, reprend Tom Vaillant. Au petit déjeuner, impossible de manger. De savoir que dans cinq heures je peux être sur le DP World Tour, alors que l’année avant j’étais amateur sur l’Alps Tour, c’était impossible pour moi. Ça pouvait arriver très vite, et dans le même temps ça peut ne jamais arriver. Tout ce qui s’est ensuivi, c’était difficile. Vu mon début de partie, ça montre clairement que je n’avais pas de clé. Pas de clé, pas de serrure, rien. C’était terrible. J’ai fait cinq fois trois putts sur les neuf premiers, donc je passe en +5, je suis 4e ex æquo donc je ne monte plus. En marchant au 10, je me suis dit un truc simple : « Ça fait 10 ans que je fais de la prépa mentale, c’est l’heure de sortir toutes les satanées (il a usé d'un autre terme que « satanées », NDLR) choses que tu as pu apprendre dans ta vie. C’est le moment de le faire, parce que demain tu ne seras plus sur le parcours, ça ne servira à rien. » J’ai essayé de remettre une grosse intensité sur chaque coup, de les séparer les uns des autres. J’ai essayé de taper de très grandes zones, de ne pas être dans le résultat, de me recentrer sur les choix et les décisions à prendre. J’ai voulu être un joueur d’échecs qui réfléchit coup par coup. »
« J’ai soufflé au coup de 52° au 18, quand la balle a fait son premier rebond sur le green, poursuit-il. Il y a un gars dans le public qui me dit : « C’est bon Tom, tu peux souffler, tu vas monter ». Je lui réponds à voix basse, sans qu'il m'entende : « Viens le taper, le coup de 52, on verra si c’est possible de respirer » (rires). Comme ça, de réflexe, d’instinct, avec toute la tension de la journée. »
Une image marquante est alors de voir le joueur azuréen, à la sortie du green du 18, tomber dans les bras de son coach, l'ancien joueur du Tour européen Jean-François Lucquin.
« Dans les bras de Jeff, c’était fort comme moment. Je me souviens très bien des mots qu’il m’a dits. Il n’en a pas dit beaucoup, parce que lui aussi il chialait (rires). Ensuite, je n’ai aucun souvenir entre le moment où il se passe ça et la cérémonie. Je sais juste que je suis au recording en train de pleurer. J’étais en pilotage automatique, je ne savais plus ce que je faisais. Ce sont les images qui m’ont montré ce qui s’est passé. La présence de Jeff a créé une zone de confort, un cocon, c’est pour ça qu’on continue avec la même routine sur le DP World Tour aujourd'hui. Yann Vandaele était sur mon sac cette semaine-là. Je pense que sans lui je ne serais pas monté, il m’avait caddeyé sur les dernières semaines de la saison régulière. Il a géré ça comme un tournoi du DP World Tour. »
Au final, Tom Vaillant retient une semaine et surtout une dernière journée de grosse tension, comme il n'en avait pas connu jusqu'alors et comme il dit ne pas en avoir connu depuis. Même en ayant joué en dernière partie du FedEx Open de France cette année, et même en ayant dû sauver sa carte en première division lors des derniers tournois lors de ses premières saisons.
« C’est la semaine la plus épuisante que j’aie pu vivre de ma vie. J’arrive en sous-marin, et au final je monte sur le Tour. C’était assez fou. C’était tout ou rien, c’est pour ça que c’était si dur, si énergivore. Tous les sens augmentent à 110 % pendant une semaine. Il faut apprendre à le gérer et le vivre, n’importe quel joueur a dû vivre ça à un moment dans sa carrière. »
Clément Charmasson : « Tu sens que c'est une semaine à part »
L'an passé, Clément Charmasson avait connu un premier tournant dans sa saison en remportant le Challenge de España, et ce alors qu'il n'avait même pas de catégorie pleine sur l'HotelPlanner Tour. Il se trouvait d'un seul coup projeté dans les places de promotion à la Road to Mallorca, naviguant dans ces eaux jusqu'au Rolex Grand Final, début novembre. Après avoir flirté avec la limite, le Toulousain avait finalement obtenu sa promotion. Il raconte :
« Ma montée s’est plutôt écrite en Chine, au tournoi d'avant, lorsque j'ai fait 31e au Hainan Open puis 7e au Hangzhou Open. Ce sont deux tournois où il y a beaucoup de points, et du coup beaucoup de mouvement. Alors qu’à Majorque, il peut tout se passer évidemment, mais on n’est pas beaucoup de joueurs (45, NDLR), il n’y a pas de cut, donc un peu tout le monde va marquer des points. Je savais que je n’avais pas besoin d’une énorme semaine pour garder ma carte. En Chine, avec mes deux semaines, ça m’a juste laissé à ma 16e place à la Road to Mallorca. La semaine à Majorque est particulière par l’environnement et l’organisation du tournoi. En début de semaine, je ne me prenais pas trop la tête. Le mardi et le mercredi, le stress commençait un peu à arriver. Mais le jeudi, une fois le tournoi lancé, c'était plus facile. Sur le parcours, on essaie juste de jouer au golf. Les jours avant où on se pose des questions sont plus durs. J’avais réussi à accepter les deux schémas, les deux issues possibles. J’avais fait mes calculs, je savais que je n’avais pas besoin de faire une grande semaine pour garantir ma carte, ça m’a un peu aidé. »
« Tu sens que c’est une semaine à part, ajoute Clément Charmasson. Les émotions se mélangent, le scénario peut être cruel, mais c’est la loi du haut niveau. C’est une semaine de fête où tout le monde célèbre une belle saison, mais il y a aussi de la tension et de l’enjeu. Tout le monde où presque a quelque chose à jouer. C’est vraiment différent comme semaine. C’est presque une organisation DP World Tour sur le tournoi. Plein de petits détails font que la semaine est particulière. Si tu es dans la course pour la promotion, il y aura forcément plein d’attention sur toi. »
« Je me souviens d’un déjeuner avec Félix Mory au players lounge. On discutait un peu de tout et de rien. Moi j’étais venu en famille, avec des copains, mon pote Antoine qui me caddeye, comme si c’était moi qui étais à la fête, alors que lui était juste avec son caddie, à vouloir faire une semaine normale, sérieuse. Dans mon cas, je sais que ça m’aide à mieux jouer de me retrouver avec tout le monde à la maison le soir, de penser à autre chose. »
Le dimanche, Clément Charmasson reste sous pression. Furtivement, pendant la semaine, il a été projeté à la 21e place de la Road to Mallorca, donc en-dehors des clous pour la montée. Mais il se montre résistant jusqu'au bout, y compris une fois sorti du parcours :
« J’ai senti que ça allait tourner quand j’ai fait quatre birdies en cinq trous sur le retour. Je crois que je fais -2 à la fin (NDLR : exact). Quand j’ai vu les putts rentrer, je me suis dit que c’était le coup de pouce pour que ça finisse bien. Après la partie, je suis allé manger, je me disais que j’allais réfléchir après. Tout le monde autour de moi commençait à calculer. Il y avait deux mecs qui devaient faire des exploits pour me doubler, et je ne pouvais plus être que 19e ou 20e. Donc à partir de ce moment-là, je savais que c’était fait. Mais j’ai attendu, de mémoire, une petite heure avant d’être sûr. J’avais vu Oihan Guillamoundeguy à la sortie du 18, qui m’a dit : « C’est bon c’est fait », il était plus optimiste que moi. Mais on a vite su que ça allait être 19 ou 20, donc c’était bon. »
« Avec mes proches, on a pu fêter ça ensemble. La cérémonie était très sympa, je me suis retrouvé avec tous les joueurs promus. J’ai pu voir la fierté de mes proches, c’est presque plus pour eux que je fais tout ça que pour moi. Voir la joie dans les yeux des proches rend le truc encore plus beau. Avec Antoine, on est rentré à notre maison, on s’est douchés, et après ça on était éteints, on est allés se coucher à 23h ou un truc comme ça. On était KO le lendemain, toute la tension redescendait. »