Vainqueur au Vaudreuil, puis 2e la semaine suivante en Allemagne, Julien Sale est désormais 4e et meilleur Français de la Road to Mallorca. Son objectif de monter sur le DP World Tour est envisageable, et concentrera à partir de maintenant tous ses efforts.

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Julien Sale, désormais 4e et meilleur Français de la Road to Mallorca. © Johannes Simon / Getty Images - AFP

Parlez-nous de ce dernier tour au Vaudreuil, où vous vous êtes élancé avec trois coups de retard sur la tête. Comment l’avez-vous vécu ?
J’ai fait double bogey dès le 1, pas un méchant double en plus. Je mets la mise en jeu plein fairway, mon deuxième coup sort un peu en pull et rebondit sur la gauche du green. Comme c’était sec elle est partie dans les hautes herbes, j’ai fait 1 m, puis un quatrième coup qui a traversé le green, et j’ai dû faire un chip-putt pour sauver le double. Je pense que ce n’était pas plus mal au final. Je n’étais plus dans l’idée que j’allais jouer la gagne, j’étais plus dans l’idée d’essayer de construire la partie, coup après coup, trou après trou. Je savais que j’allais avoir des opportunités de birdie, donc au début je pensais faire top 10 ou peut-être top 5. Je rentre deux bons putts au 6 et au 9 pour faire deux birdies. Et donc au 9, je me dis que je suis dans le par pour la journée, c’était comme si je venais de faire neuf pars. Comme s’il ne s’était rien passé. Avec un bon retour, je pensais pouvoir me rapprocher de la tête, mais je ne pensais pas à la gagne à ce moment-là non plus.

À quel moment avez-vous pensé à la gagne alors ?
C’est vraiment à partir du 12, quand j’ai rentré une sortie de bunker pour faire eagle. Là, j’ai réalisé qu’à -10 total, j’étais peut-être à un ou deux coups des leaders, et donc en lice pour la gagne. Ça m’a donné un peu d’euphorie et d’excitation. Il me restait des pars 5 à la fin, donc je savais que je pouvais en profiter pour faire des birdies ou des eagles. Ça a vraiment changé la dynamique de ma partie. Au départ du 17, j’ai vu qu’il y avait un joueur au club-house à -11, et que les leaders derrière moi étaient à -11, moi j’étais à -10. Comme le 17 se joue en moyenne au-dessus du par, je me suis dit que si je faisais birdie et que les autres faisaient bogey, je pouvais gagner avec un coup d’avance. J’ai fait birdie, et au départ du 18, mon but était de faire birdie minimum pour essayer de gagner. J’avais vraiment envie de rentrer mon putt pour eagle, mais sans non plus prendre trop de risques. Elle est restée 50 cm à côté du trou, j’étais plutôt content.

Comment avez-vous occupé votre temps entre la fin de votre partie et la conclusion des dernières parties ?
L’attente a été un peu longue, je ne vais pas vous mentir. Il restait deux groupes derrière moi. Au début je discutais avec des copains sur le putting-green à côté du recording, puis je suis allé à la fontaine à eau du départ du 1, à la fois pour ne pas rester à rien faire, et aussi parce que j’avais soif. J’ai croisé des gens, j’ai discuté un peu avec eux… Et lorsque je suis revenu sur le putting-green, on m’a annoncé que MJ Viljoen (qui était alors à -11, un coup derrière Julien Sale, NDLR) était assez loin pour birdie. Et après mes copains sont arrivés en courant avec de l’eau, donc j’ai compris que j’avais gagné. Benjamin (Kedochim) est arrivé en me disant « Viens prendre ta douche » (rires).

Qu’avez-vous ressenti, alors, à ce moment-là ?
Quand on rentre le putt pour la victoire au 18, on est très content, on sait qu’on a gagné. Quand on l’apprend comme ça après coup, on ne réalise pas tout de suite. Mais forcément, c’est beaucoup de joie. Le travail que je fais depuis des semaines, des mois voire des années paie. Ensuite, j’ai appris que j’étais le premier Français à gagner ce tournoi en 13 éditions. Et gagner à la maison, c’est toujours mieux.

Vous aviez déjà connu la victoire l’année passée, en remportant le premier tournoi de la saison de l’Asian Tour aux Philippines. En étant aussi loin de France, c’était sans doute très différent comme expérience…
Ce qui était surtout génial cette année, c’est que j’ai pu célébrer. L’année dernière, j’ai gagné aux Philippines, et tout de suite après, je devais filer à l’aéroport car on jouait un autre tournoi dans la foulée. Au Vaudreuil, j’avais des copains avec qui célébrer, sur le putting-green puis au club-house. Ils repartaient le lendemain, donc on en a profité pour faire la fête.

La semaine suivante, en Allemagne, vous terminez 2e. Dans le contenu, vous avez senti que vous étiez directement dans la dynamique de votre victoire ?
C’est sûr que la victoire m’a donné beaucoup de confiance, elle m’a fait me dire que si je l’avais fait une fois, je pouvais le refaire. J’avais ça dans un coin de la tête. Après, ce qui a été dur pendant cette semaine-là, c’était de gérer la fatigue mentale par rapport à tout ce que j’avais vécu la semaine précédente. J’ai fait la fête tard le dimanche soir, je suis arrivé tard le lundi soir. Donc ça a été un peu plus une bataille contre moi-même, car en plus il faisait chaud. Avec mon frère et caddie Antoine, on a réussi à faire la part des choses. Comme devant il y avait Lars Van der Vight, qui avait fait 59 (-13) le deuxième jour, l’objectif du jour était de faire un top 10 ou un top 5 pour marquer des points. On avait six coups d’écart et il restait 9 trous à jouer. Mais j’ai fait un joli petit eagle au 15, puis un planter de drapeau pour un birdie au 16. Au final, je me suis dit que je savais quoi faire, comme je l’avais fait la semaine d’avant. J’ai tout donné pour. Malheureusement, je n’ai pas réussi à faire birdie au 18. On a attendu jusqu’à la fin, car le 17 était très dur, on pouvait vite faire bogey, et le 18 n’était pas donné non plus. Mais au final je fais 2e, et dans l’ensemble, j’étais très content de la semaine.

Lors du dernier tour, avez-vous pu ressentir la légèreté du fait d’avoir gagné la semaine d’avant, et donc d’être moins dans l’obligation de gagner cette semaine-là ?
J’ai surtout ressenti que, lorsque j’ai commencé à faire des birdies et à me rapprocher de la tête, je pouvais me mettre dans le même mode que la semaine précédente. Et dans un coin de ma tête, je savais que j’avais gagné la semaine précédente, je savais aussi que les autres allaient voir mon nom sur le tableau et qu’ils savaient que j’étais en forme, ça pouvait jouer à mon avantage. C’est sûr qu’une deuxième victoire ça aurait été encore mieux, mais je n’étais plus dans l’obligation de gagner. Ça montre quand même à tout le monde que ce n’était pas juste un hasard la semaine d’avant. J’ai marqué plein de points, je suis maintenant 4e de la Road to Mallorca, ça montre que j’ai ma place là-haut. Même si la saison est encore longue.

Vous êtes membre, à la fois, de l’HotelPlanner Tour et de l’Asian Tour. En début de saison, votre objectif principal était la montée sur le DP World Tour. C’est encore plus le cas, du coup ? Et cela fait-il évoluer votre calendrier des mois à venir ?
Après ma victoire au Vaudreuil, Benjamin Hébert, notamment, m’a dit de bien rester concentré sur l’HotelPlanner Tour pour monter sur le DP World Tour et de ne rejouer sur l’Asian Tour qu’une fois que les tournois de l’HotelPlanner Tour seront finis. Là, avec la 2e place en Allemagne, l’objectif est le DP World Tour à fond, je vais y mettre tous mes moyens. L’Asian Tour, ce seront des tournois bonus après la finale de l’HotelPlanner Tour à Majorque. Donc à partir de fin septembre, lorsque les tournois de l’Asian Tour reprendront, je ne reprendrai pas. Je resterai en Europe. Après Majorque, je pourrai jouer des tournois de l’Asian Tour pour me faire un kiff si j’ai envie.

De manière générale, comment expliquez-vous cette si bonne forme sur ces deux semaines ?
Une explication logique, non. Après, ça fait un petit moment que je joue bien, que je tape bien dans la balle. Tout ce que je mets en place avec mes coaches techniques Alain Alberti et Raphaël Jacquelin, mon coach physique David Baudrier, mon coach mental Mathieu David, j’ai réussi à le faire fonctionner en même temps. Le fond de jeu n’a pas tellement changé. Peut-être que ce qui a changé, c’est ma manière d’aborder les choses mentalement. Ma gestion du parcours était peut-être aussi un peu meilleure. La victoire au Vaudreuil m’a donné plein de confiance, et j’ai réussi à emmener tout ça en Allemagne.