Maxence Giboudot a obtenu sa promotion sur le DP World Tour dimanche dernier, en prenant le dernier ticket disponible à la Road to Mallorca, au bout du suspense. Il revient sur cette folle semaine de finale, alors qu'il s'apprête, à 22 ans, à découvrir l'élite européenne.
Vous profitez actuellement de quelques jours de vacances. Aviez-vous un petit besoin de décompression après le Grand Final de l’HotelPlanner Tour la semaine dernière ?
Un petit, non, mais un énorme, oui (rires). Avec la journée de dimanche que j’ai passée, il y avait vraiment un besoin de souffler. Au fond de moi, je n’y croyais pas tellement. Dans l’interview que j’ai faite juste après mon dernier tour, on peut difficilement croire que la journée s’est bien terminée pour moi. Il fallait vraiment que tout s’aligne, donc je n’étais pas très optimiste, j’étais plutôt en train de regarder quoi faire la semaine prochaine pour aller jouer la finale des Cartes. Je suis donc passé par beaucoup d’émotions, mais il y a eu de la joie à la fin quand même.
Comment avez-vous vécu les derniers moments, lorsque vous aviez terminé votre tour, et que l’issue ne dépendait plus de vous ?
Pendant dix minutes j’étais projeté 16e de la Road to Mallorca (donc en dehors du top 15 qualificatif, NDLR), puis les dix minutes suivantes j’étais projeté 15e, puis les dix minutes suivantes 14e, puis encore après j’étais de retour à 16e… J’ai très mal vécu ces minutes. C’était horrible. J’étais près du 18, donc je regardais ce qui se passait sur le parcours, dans le même temps je regardais ce qui passait à la télé. Je ne saurais même pas comment le décrire. À un moment donné, je me vois sur le DP World Tour l’année prochaine, et le moment d’après je me vois aux Cartes la semaine prochaine, puis sur le DP, puis aux cartes… (il souffle) C’était dur à gérer.
Pour approfondir
Grand Final : Julien Sale s’offre la finale et le DP World TourÀ quel moment avez-vous pu, enfin, souffler un grand coup ?
Lorsque les joueurs de la dernière partie avaient tous mis leur deuxième coup sur le green au 18. De là, je savais que Hamish Brown ou MJ Daffue ne pouvaient plus faire triple bogey ou quelque chose comme ça, et donc que c’était bon. Donc lorsque je suis venu arroser Julien Sale pour sa victoire, je savais que c’était bon pour moi, et on voit que je m’étais moi-même déjà fait un peu arroser. Ça faisait cinq minutes que j’étais libéré.
Comment avez-vous vécu les minutes et les heures qui ont suivi cet épilogue ?
C’était la délivrance. Trois mois de tension sont repartis d’un coup. Ma famille était là, il y avait une belle soirée organisée par l’HotelPlanner Tour, donc on a pu en profiter. Et depuis ça, ce sont des coups de téléphone, de l’organisation, car cela fait beaucoup de changements quand même.
Justement, pour que l’on se rende compte, quels changements cela implique-t-il en quelques jours dans votre manière de vous organiser ?
Ça implique pas mal de changements. On pourrait croire qu’entre l’HotelPlanner Tour et le DP World Tour c’est la même chose, mais pas du tout. Et encore, je n’ai pas encore mis les pieds dedans. Mais j’ai la chance d’avoir deux agents qui avaient bien anticipé tout ça, et lorsque je les ai appelés pour faire un point, ils avaient déjà géré pas mal de choses. Par exemple l’accompagnement par mes partenaires l’année prochaine, ou bien les voyages en Australie pour les premiers tournois à partir de la fin du mois. Je les ai toujours eus à mes côtés, et je me rends compte maintenant de l’importance de leur rôle.
Dans quel état d’esprit global étiez-vous arrivé à Majorque en début de semaine, et comment avez-vous, émotionnellement parlant, traversé tout ce tournoi ?
Il y a eu plusieurs phases. Je suis arrivé content, car je m’étais dit qu’en début d’année, j’aurais signé pour être à cette position-là avant la finale. Je me suis dit que le but était d’en profiter le plus possible, que je jouerais mon meilleur golf en profitant et en prenant ça comme une opportunité plutôt que comme un tournoi où j’aurais tout à perdre. Mon coach Mathieu Santerre était là, on a fait du bon boulot en début de semaine, c’était vraiment cool. Et après, la tragédie est arrivée avec le départ du 1.
La tragédie, carrément ?
Oui. Je savais que beaucoup de ce tournoi allait se jouer sur comment j’allais pouvoir gérer dans ma tête au départ du 1. Et je ne veux pas dire que je l’ai mal géré, je vais dire que je me suis fait un peu dépasser par les émotions. Les deux premiers trous, je voyais un peu flou devant la balle. Je n’avais pas mes repères, je n’étais pas au practice de Cannes-Mougins à taper mes balles un lundi matin. Ce n’était vraiment pas quelque chose que j’avais déjà vécu, même dans des parties sous grosse pression. Ma première année sur l’HotelPlanner Tour, j’avais fait 2e de mon dernier tournoi, j’avais un peu des souvenirs de moments comme ça, où c’est plus que taper dans une balle. Mais là je me suis un peu fait prendre par l’ampleur de l’événement.
Et qu’avez-vous essayé de faire pour juguler cela ?
La chose bien, en fait, c’est que ça s’est très mal passé au début (bogey au 1 et double bogey au 2, NDLR), ce qui fait que ça m’a libéré assez rapidement. J’avais fait suffisamment de misères pour me dire qu’il n’y avait plus que des choses à gagner. C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’il faut y aller, arrêter de subir et envoyer du bois pour être compétitif.
Les jours suivants, vous avez navigué entre les places 30 et 40 du tournoi, et un classement projeté à la Road to Mallorca entre 14 et 16. Comment avez-vous géré cela ?
Le deuxième jour a vraiment été une mauvaise journée. Le premier jour, j’avais réussi à finir dans le par avec deux bons birdies à la fin. Mais le vendredi, le côté émotionnel était redescendu, et c’est le côté golfique qui n’a pas répondu. J’ai fait une mauvaise partie comme j’en ai faites quelques-unes cette année. C’était une mauvaise partie, sortant à un mauvais moment. C’est cette journée-là qui me reste le plus en travers de la gorge, plus que de m’être fait avoir par l’ampleur de l’événement sur les premiers trous. Après, je fais une bonne troisième journée en -4, mais je savais que mes points n’auraient finalement pas tellement d’importance, tellement les points de la tête avaient plus d’intérêt. Entre faire 25e et 40e, il n’y avait pas grande différence, même si je me suis battu jusqu’au bout.
Vous avez passé une grande partie de la saison, et surtout des derniers mois, dans le top 15 de la Road to Mallorca. Avez-vous senti la pression monter progressivement au long de la saison ?
Bien sûr. On s’imagine un scénario où on a passé toute l’année dans les 15 et on n’en sort qu’à la dernière semaine, bien sûr qu’on y pense. Mais en même temps, je suis quand même content du golf que j’ai pu produire ces dernières semaines. Même si mon classement à la Road to Mallorca descendait petit à petit, c’était mieux que de dégringoler rapidement. C’est un système dans lequel on prend énormément de points en étant dans les top 5, alors qu’ensuite il n’y a pas de grande différence entre les places 10 et 15. Donc quand on est aussi haut dans le classement et qu’on ne fait pas top 5 une semaine, il y a forcément un mec qui nous passe devant. Descendre aussi lentement que je l’ai fait, c’est finalement un signe de bon golf, sans avoir une semaine où tout s’aligne.
En quoi votre saison a été meilleure que les précédentes pour vous ?
C’est la meilleure saison de ma carrière professionnelle jusqu’à maintenant, il n’y a pas de débat. J’aime bien comparer mes moyennes de score d’année en année. J’avais fait un coup de mieux en moyenne lors de ma deuxième année par rapport à la première, et encore un coup de mieux cette année. Un coup de mieux par tour, c’est quatre coups de mieux par tournoi… c’est juste énorme.
Qu’est-ce que cela vous fait d’être, désormais, un joueur du DP World Tour ?
Je suis en train de réaliser petit à petit. Je ne suis pas encore retourné dans un golf depuis la finale. C’est une partie d’un rêve qui se réalise, c’est jouer des tournois qui passent à la télé toutes les semaines, c’est être sur la meilleure division européenne, c’est jouer avec des joueurs que je regarde à la télé depuis un sacré moment… Et puis je vais retrouver quelques camarades, ça va faire une belle petite brochette, on va passer une superbe année.
Que vous souhaitez-vous à vous-même dans cette première saison sur le DP World Tour ?
Bien sûr je me souhaite de garder la carte, mais aussi de vivre de bons moments, et de vivre cette expérience à fond. Je vais jouer avec des joueurs que je regarde depuis que je suis petit. Ça va aussi être beaucoup de moments stressants comme j’en ai vécu la semaine dernière. Donc je me souhaite de bien les gérer et de les apprécier.