Longtemps hors du top 45 de la Road to Mallorca cette saison malgré 18 cuts franchis en 22 départs, Julien Brun a signé une solide tournée en Chine ces deux dernières semaines, lui offrant à l’arrivée un ticket pour la finale de Majorque dans quelques jours.
Cinq ans plus tard, Julien Brun va retrouver la finale à Majorque. Un ultime tournoi regroupant les 45 meilleurs joueurs de la saison qui lui avait permis, à l’époque, d’accrocher la 2e place (ex æquo notamment avec Frédéric Lacroix) et de grimper dans la foulée à l’étage supérieur grâce à une solide 4e place à la Road to Mallorca.
Ce ticket pour les Baléares, l’Antibois, 34 ans, est allé le chercher dimanche dernier en Chine, au Hangzhou Open, en s’offrant une 5e place salvatrice. Un résultat qui lui permet de prendre, dans le money time, la 40e place de cette même Road et de s’inviter à la fête entre le 29 octobre et le 1er novembre sur le sublime parcours d’Alcanada, propriété de la famille Porsche.
« Est-ce que mon expérience du haut niveau a joué sur ce coup-là ? s’interroge Julien Brun. Oui, peut-être. Je n'ai pas vraiment pensé au pourquoi du comment j'ai mieux fini cette saison. Mais c'est vrai que ça a peut-être joué. Je suis surtout monté en puissance depuis l'été. La semaine de break après le Vaudreuil et l'Allemagne m’a fait du bien. J'ai quand même remis quelques directions de travail en place, un petit peu différentes, et puis nous avons réussi à progresser avec mes coachs sur certains aspects qui me manquaient. Je pense que l'addition de tout ça a fait que j'étais plus performant sur toute cette deuxième partie de saison. »
Pas un seul cut manqué depuis l’Irish Challenge à la mi-août. Soit sept tournois consécutifs réussis avec, en prime, une 3e place en Pologne début septembre, suivie d’un top 15 au Hainan Open le 11 octobre, qui prouvent que l’ancien étudiant de TCU est plus que jamais dans le vrai.
« Les sensations reviennent, surtout ces dernières semaines, confirme le joueur de la Team St Laurent. Cet été, il y a eu une grosse amélioration sur mon jeu de fer, qui était ma force avant que je me blesse. J'ai cherché pas mal de choses. Ce n'était pas assez bon, en tout cas, il y a donc eu une grosse amélioration là-dessus. Et une fois que ce compartiment s'est mieux calé, tout de suite, ça a fait du bien au niveau du scoring. Ce qui m’a permis d'être capable de mieux gérer certains moments, certains coups. Là, je fais très peu de bogeys en ce moment dans mes tournois. Ça a toujours été une de mes caractéristiques quand ça allait bien. Cela m’a fait grandement du bien. »
L’arrivée de Yann Vandaele sur son sac (Ndlr, ancien caddie de Julien Quesne, Benjamin Hébert et Tom Vaillant notamment) a été l’autre moment décisif de cette fin de saison où tous les coups de golf comptent un peu plus encore. Jusque-là, Julien Brun jonglait tant bien que mal avec des remplacements ponctuels. En Afrique du Sud, en début de saison, il était ainsi accompagné par des caddies locaux. Son coach mental, Adrien Leurent, l’a aussi « dépanné ». Même sa femme, Simona, s’y est mise.
« Sinon, je n’avais personne, ajoute-t-il. Il faut aussi que les gens avec qui j'ai envie de travailler soient disponibles. Je n’avais pas de caddie sur tout le début d'année, parce qu'il n'y avait pas de profil qui m'intéressait ou qui était disponible à ce moment-là. Tout ça est surtout une question de timing, parce que les bons caddies sont en général pris sur le Tour européen. Il faut avoir un peu de chance, quelqu'un qui se libère pour pouvoir le récupérer. J'ai eu l'opportunité de travailler avec Yann et il m'apporte surtout un cadre et une présence. »
« Dès la Pologne, il m'a apporté un gros plus, poursuit-il. Je finis troisième et c'est vrai que ça a fait du bien parce que j'étais 90e du ranking à ce moment-là. Avec ce classement, on n’a même pas de droit de jeu sécurisé pour l'année suivante et tout ce qui en découle. Nous sommes restés depuis sur cette bonne dynamique. C'est de la continuité du premier au dernier trou. Il y a moins de trous d'air, il y a une attention aux détails qui est vraiment importante et intéressante, notamment sur les directions du vent ou les choix de zone. Ça peut être une décision par-ci ou une assurance par-là qui fait la différence. »
« Au dernier tour dimanche, je fais birdie au 18. J'avais un yardage à 137 mètres du drapeau avec un léger vent favorable. Le drapeau était juste derrière le bunker, coincé au fond du green à droite. Il n'y avait que cinq yards (4,50 mètres) entre le drapeau et le bunker. Pour moi, le 50 degrés pouvait y aller. Mais il y a toujours des doutes. Et puis à ce moment-là, je savais qu’un par suffisait sûrement pour faire la finale, mais qu’avec un bogey, c'était mort. J'ai partagé le petit doute que j'avais avec Yann. Il m'a dit tout de suite : " Moi, là, je ne vois que le 50. " Je suis alors en totale confiance sur le choix du coup que je vais jouer. J'ai exécuté un coup parfait et la balle a fini à 10 cm du trou. J'ai failli la rentrer. Ça, c'est le petit coup de chance en plus. Mais voilà, c'est ce genre de collaboration et de moments qui font la différence sur les tournois. »
Basé durant tout l’été à Prague, en République tchèque, où il a conservé avec sa femme un pied-à-terre avant de regagner Dubaï de la mi-novembre jusqu’en mai, Julien Brun s’apprête donc à disputer certainement la semaine la plus importante de son année.
L’objectif, il ne s’en cache pas, est de finir dans le top 15 de la Road et de retrouver, un an plus tard, l’élite européenne. Mais pour y parvenir, la tâche s’annonce particulièrement ardue. Il accuse ainsi 213,13 points de retard sur l’Anglais Matthew Southgate, 15e et dernier « qualifié » pour le DP World Tour.
« Il faudra une bonne place, souffle-t-il doucement. Il faudra, je pense, faire deuxième ex æquo à deux, sachant qu’en finissant deuxième, on prend 440 points. Mais deuxième ex æquo à trois, je ne sais pas si ça suffit. Troisième, ce ne sera pas suffisant. Bref, la barre est haute, mais j'ai une chance de le faire. Et puis surtout, si ça se passe mal, j’aurai une seconde chance à la finale des Cartes en Espagne (du 6 au 11 novembre à Tarragone). J’ai deux chances de me qualifier et d'obtenir une carte sur le Tour européen. C’est bien ! »
Ce qui est encore plus encourageant, c’est que son poignet gauche, qui l’a longtemps handicapé, l’obligeant à une longue absence entre mai 2024 et février 2025 (Ndlr : fracture de l’hamulus de l’hamatum, le petit os de la main), n’est plus qu’un mauvais souvenir.
« Tout va bien de ce côté-là aujourd’hui, conclut-il. Non, ce qui a finalement été le plus compliqué, c’est mon niveau de jeu, et de voir où j'en étais. J’ai fait beaucoup de cuts cette année (18 sur 22), mais j'ai eu beaucoup de mal les week-ends à faire de bonnes places. J'ai souvent fini entre la 30e et la 50e place. On n'avance pas beaucoup comme ça et ça a été frustrant. Cela a été dur à gérer. La reprise après la blessure a été longue et il n’y a que cette année que j’ai pu vraiment réenchaîner les tournois normalement toute la saison. Ça donne du rythme, ça donne du jeu. »
« Comme je le disais, nous avons réussi à effectuer de bons changements, à prendre de bonnes décisions pour élever le niveau comme il le fallait pour la suite. Cela a vraiment été un travail d'équipe avec Robin (Cocq), Adrien (Leurent), Matthieu (David) et mon préparateur physique, Svatopluk Byma. C’est quelque chose dont nous pouvons être fiers ! »