Présent cette semaine en Bretagne pour le Blot Play9, Mathieu Decottignies-Lafon déroule un plan optimisé dans les moindres détails pour accéder au DP World Tour. Entre calculs de points et anticipation des invitations, le Lillois s'évertue à soigner son coup moyen.

Mathieu Decottignies-Lafon évolue cette année sur l'HotelPlanner Tour avec une catégorie partielle. © Jasper Wax / Getty Images via AFP

Cette semaine, le Blot Play9 reprend ses droits au Golf Bluegreen de Pléneuf-Val-André. Comme chaque année, l'épreuve bretonne de l'HotelPlanner Tour ne se résume pas seulement à son plateau de joueurs. Son festival de musique éponyme, organisé en parallèle du tournoi, attire un public bien plus large que les seuls amateurs de golf. Une formule que Mathieu Decottignies-Lafon approuve sans réserve. Mieux, il estime qu'elle est indispensable à la bonne attractivité du golf professionnel. « Pour moi, il ne s'agit pas de savoir si c'est cool ou non d'avoir ces deux événements associés car il me paraît évident qu'il devrait y en avoir beaucoup plus sur les circuits européens » tranche le Nordiste. « On voit ce que ça donne : les gens du festival arrivent plus tôt pour voir à quoi ressemble un tournoi de golf et on a plus de monde sur les parties. Et tous les joueurs sont contents de jouer devant du monde. Là je suis rentré de cinq tournois et au mieux, il y avait 30 personnes qui suivaient la dernière partie. » À ses yeux, un tournoi doit désormais exister au-delà de la compétition elle-même « comme ça, tu attires aussi des sponsors qui ne viennent pas forcément du golf, tu développes un événement de golf moderne et tout le monde en bénéficie derrière. »

L'an dernier, il avait déjà profité de l'ambiance du festival durant le week-end. « Une fois que tu as fait ta récup', c'est toujours sympa d'aller s'aérer avec la mer, une eau pétillante et de la musique plutôt que de rester enfermer dans sa chambre à regarder une série. » Cette semaine encore, il compte bien y faire un tour. Une manière aussi de rappeler que le plaisir fait partie intégrante de son métier. Un plaisir qu'il a d'ailleurs retrouvé sur les parcours après plusieurs années plus compliquées.

L'abnégation infaillible

Car derrière le sourire du joueur de 33 ans se cache une carrière parfois faite de questionnements, d'espoirs parfois contrariés, mais jamais abandonnés. Le rêve, lui, n'a pas changé depuis ses débuts professionnels en 2015 : rejoindre durablement le DP World Tour. En onze années, il y a goûté à neuf reprises. Et sans doute possible, le meilleur souvenir reste sa 16e place à l'Open de France 2016. Une semaine à part qu'il est capable de réciter comme si elle était survenue quelques jours plus tôt et qui lui sert en partie de référence. « Si je n'avais jamais vécu ces expériences-là sur le Tour européen, j'aurais probablement arrêté ma carrière », reconnaît-il. « J'avais besoin de savoir si j'étais capable de jouer à ce niveau et c'est le cas. »

Mais les quelques années suivant son éclat national ont nourri une forme de frustration. Celle d'un joueur convaincu d'avoir le niveau pour évoluer parmi l'élite européenne sans parvenir à y accéder. « Mon meilleur coup de fer, demain, il peut être aussi bien qu'un coup de Rory McIlroy, de Scottie Scheffler ou de n'importe qui de ce niveau », affirme-t-il. Une déclaration qui pourrait paraître présomptueuse si elle n'était pas immédiatement suivie d'une analyse lucide. « Le problème, c'est mon coup moyen. Il a progressé mais il était à la rue il y a encore quelques années et c'est ce qui me pénalise aujourd'hui. »

La problématique du coup moyen

Au golf, les différences entre les meilleurs joueurs du monde se situent rarement dans leurs coups parfaits. Elles apparaissent davantage dans les situations critiques, dans la capacité à limiter les pertes en cas d'erreur, dans la production d'un bon swing même lorsque la fatigue ou la pression s'installe. Pendant longtemps, Decottignies-Lafon a pensé que ses erreurs provenaient principalement du mental. « On m'a souvent dit que si j'étais capable de taper de très bons coups, alors mes mauvais coups étaient forcément liés à la tête. Mais au bout d'un moment, je me suis rendu compte que je sortais parfois un mauvais coup au practice. Et dans ce cadre, je n'avais pourtant pas de pression. »

En 2023, après quelques tournois joués en début de saison, l'hypothèse d'un « système trop complexe » est posée par son staff. En d'autres termes, son panel de coups, alors très varié, doit être réduit à un seul censé réduire ses erreurs. Une approche qui semble logique sur le papier. Mais qui allait à l'encontre de sa nature qu'il qualifie de créative. « Je ne peux pas jouer comme ça, ce n'est pas moi » résume-t-il. Malgré la tentative d'appliquer ce nouveau style, la confiance du joueur s'effrite. « En tournoi, je voyais parfois un coup qui correspondait à mon instinct mais je me disais : non, l'objectif est de coller à ma trajectoire unique. En fait, je ne m'engageais plus dans l'exécution et je le ratais. » Malgré un bon début de saison cette année-là, il finit par perdre ses droits de jeu européens en bout de saison. Il s'attaque alors à une refonte qui, pendant dix-huit mois l'éclairera sur sa personne.

Au lancement de la saison 2024, c'est sans coach technique que le 954e joueur mondial fait le choix d'évoluer. Pendant près de deux ans, l'expérience lui permet d'accepter sa place actuelle dans le monde professionnel, de renouer avec un jeu propre à sa personnalité mais aussi de se connaître davantage. « L'expérience de 2023 était un peu précipitée et m'avait fermé à l'éventualité de changer mon système. Aujourd'hui, je suis capable de l'accepter si on a assez de données statistiques qui me prouvent que c'est nécessaire. » Mais pour cela, le joueur a besoin d'une analyse externe. Alors à l'orée de l'année 2025, il se rapproche de Jérôme Theunis, coach de Thomas Detry ou encore Alexander Levy. À eux deux, ils se donnent pour objectif de construire un système suffisamment robuste pour résister à la pression. « Et j'ai commencé à faire des parties où je prenais 14 greens en régulation. Avant, j'en étais incapable » raconte le joueur. Plus encore que les statistiques, c'est la confiance qui revient.

Récemment, Mathieu Decottignies-Lafon a pu se conforter dans son estime auprès de ses amis et partenaires avec qui il a partagé la Coupe des capitaines, mi-juin. « Revoir les copains qui jouent sur le DP World Tour, entendre ce qu'ils disent de mon jeu... ça ne remet pas un coup de fouet mais ça permet d'imprimer davantage l'information dans la tête. » Aujourd'hui, il n'est plus obsédé par les résultats immédiats. Il a appris à apprécier ses batailles internes sur le parcours.

Une grosse semaine pourrait suffire à intégrer les quinze premiers du classement

Mathieu Decottignies-Lafon, à propos des trois derniers tournois du calendrier.

Au gré d'une catégorie partielle qui le laisse quelque peu dépendant des invitations pour entrer dans certains tournois, Mathieu Decottignies-Lafon n'est pour autant pas dans le flou sur le déroulé de son année. Car à force d'évoluer sur l'HotelPlanner Tour, il en connaît les rouages dans les moindres détails. Les catégories de jeu, les réallocations de places, les joueurs susceptibles de privilégier le DP World Tour, les semaines où un majeur vient bouleverser les listes d'engagés… rien ou presque ne lui échappe. Cette connaissance lui permet d'anticiper, de planifier ses semaines mais aussi de construire une stratégie sportive cohérente. Des sept invitations dont il peut profiter via la fédération française de golf, il n'en a utilisé que deux. « Je sais qu'en continuant à bien jouer, je ne suis pas loin de pouvoir faire quasiment toute la fin de saison », résume-t-il.

Pour cela, le premier objectif est de cumuler autant de points à la Road to Mallorca que le dernier joueur de ce classement l'an passé, à savoir 246,30 points inscrits par Sebastian Friedrichsen. Ensuite, profiter de ces ouvertures pour glaner sa place pour la tournée chinoise de fin de saison, avant de rallier la finale de Majorque. « Une grosse semaine pourrait suffire à intégrer les quinze premiers du classement mais pour cela, j'ai beaucoup de travail à accomplir et beaucoup de tournois sur lesquels me concentrer. » Le Blot Play9 est donc le prochain sur la liste.