Malgré une préparation réduite à sa plus simple expression, l’amateur réunionnais Rudy Sautron, 21 ans, a épaté la galerie en accrochant la 17e place aux Bermudes dans un tournoi du PGA Tour amputé de son dernier tour. De quoi espérer en grand dans un futur proche !

Après les Bermudes, direction la Thaïlande début novembre pour les Mondiaux universitaires © D.R.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre. N’ayons pas peur des mots. Arrivé aux Bermudes moins de 24 heures avant le début du Butterfield Bermuda Championship et privé d’une véritable reconnaissance du parcours, Rudy Sautron a sorti le grand jeu comme l’on dit. Trois tours dans les 60, un score final de -10 et une 17e place à six coups du vainqueur, l’Américain Austin Smotherman. Ce dernier ayant été départagé dans un play-off le lundi sur le par 3 du trou n°16 face à l’Irlandais Seamus Power. Au bout de trois tentatives...

Son aventure dans les Bermudes n’avait pas débuté dans les meilleures conditions. Un avion qui accuse le mardi matin 4h30 de retard à Knoxville (Tennessee), une correspondance manquée, un départ différé au lendemain et voilà comment l’étudiant en Business Management à l’université du Tennessee est arrivé à destination qu’en milieu d’après-midi le mercredi. Après les formalités d’enregistrement auprès du PGA Tour, le jeune homme n’a pratiquement pas eu le temps de découvrir le parcours avant le début de la compétition.

« Je suis arrivé vers 15 heures, raconte Rudy Sautron. Le soleil se couchait à 18h30 et j’ai dû faire toutes les démarches avec le PGA Tour. Ça m’a pris entre 30 et 45 minutes. J’ai pu marcher les neuf derniers trous mais je n’ai pas pu jouer parce qu’il y avait le Pro-Am en même temps. Dès le lendemain, le tournoi démarrait. »

Cette préparation express pour ne pas dire minimaliste ne l’a pourtant pas empêché d’aborder sereinement l’épreuve. « Je savais que les neuf premiers trous étaient assez droits, avec peu de danger, explique-t-il. Le retour était beaucoup plus compliqué, donc c’est là-dessus que je me suis le plus concentré. Mais étonnamment, j’avais eu beaucoup plus de stress à l’Open de France que là-bas. Ce n’était pas le même public. Il n’y avait pas grand monde qui me suivait parce qu’on ne me connaît pas encore trop. J’étais dans ma petite bulle avec mon caddie. »

« Le fait de ne pas avoir fait beaucoup de reconnaissance m’a permis d’être plus libéré, avoue-t-il encore. J’arrivais sur chaque trou en me concentrant uniquement sur le coup à jouer, sans penser à tout ce qu’il y avait autour. »

Ayant gagné le droit de prendre part à ce tournoi de la FedExCup Fall grâce à sa victoire cet été au Monroe Invitational (comme Oscar Couilleau en 2025), l’un des plus prestigieux rendez-vous amateurs aux Etats-Unis, Rudy Sautron a partagé cette expérience avec son agent, Krando Nishiba, propulsé caddie pour l’occasion.

« C’était très sympa, souffle celui qui a découvert le golf au golf du Colorado, dans sa Réunion natale. Il n’a que quatre ans de plus que moi et il connaît bien le golf puisqu’il a joué à l’université de Southern California. Comme caddie, il n’avait pas beaucoup d’expérience, donc on découvrait un peu tout ça ensemble. On n’avait même pas de Bushnell. Mais on était sur la même longueur d’onde et on a vraiment bien rigolé. »

C’était l’anniversaire de ma mère le dimanche. Pendant le deuxième tour, je ne pensais qu’à ça. Je me disais : « Tu ne peux pas rentrer à la maison sans avoir passé le cut. »

Au-delà du résultat, cette semaine a surtout permis au Français de confirmer ce qu’il ressentait depuis plusieurs mois : son jeu est déjà capable de rivaliser avec celui des professionnels du PGA Tour.

« L’objectif au départ était surtout de découvrir l’environnement et les enjeux, analyse Rudy Sautron. J’avais déjà joué sur le Korn Ferry Tour, mais quand c’est une première sur le PGA Tour, on compare forcément avec ce que l’on connaît déjà. Mais je savais au fond de moi que j’étais à ma place. J’avais la bonne attitude dès le premier tour. Je sortais de quelques tournois universitaires où j’avais bien joué et je savais que mon jeu était prêt. Je n’avais rien à envier aux joueurs qui étaient dans ma partie. »

« Mon atout, c’est ma puissance, prévient-il. Mon wedging est aussi très bon. Mentalement, ça change tout parce que ça permet de se libérer. Quand je suis arrivé au départ du 1, mon objectif était simplement de prendre du plaisir et de rentrer dans mon mode compétition. »

Le moment dont il est plus fier ? Très certainement sa réaction dans le « money time » lors du 2e tour alors que le cut semblait s’éloigner. Trois birdies sur ses quatre derniers trous. Impressionnant !

« Après 28 trous, j’étais à -2 au total et je savais que le cut allait probablement se situer autour de -5 ou -6. Il fallait aller chercher quelque chose. Je me suis dit : c’est maintenant. Je passe des heures à travailler au putting, au petit jeu, à taper des balles tous les jours pour vivre ces moments-là. »

« C’était une émotion incroyable. J’avais déjà connu des deuxièmes places ou des tournois où je savais que je n’allais pas réussir à remonter. Là, j’ai tout donné pour y arriver. Le plus difficile n’était pas le score, mais de gérer le mental et d’avoir cet état d’esprit de gagnant.  Quand j’ai rentré ce putt d’environ 1,50 mètre pour birdie au 18, j’étais comme exalté. Et puis c’était l’anniversaire de ma mère le dimanche. Pendant le deuxième tour, je ne pensais qu’à ça. Je me disais : « Tu ne peux pas rentrer à la maison sans avoir passé le cut. » Finir de cette manière, c’était incroyable. »

Si je pouvais signer un -4 ou un -5 le dimanche, le top 10 était largement envisageable. »

Hélas, ces émotions positives ont toutefois laissé place à une frustration bien réelle lorsque les organisateurs du tournoi à 6 millions de dollars de dotation ont décidé d’annuler le 4e tour en raison des conditions météorologiques, plus particulièrement d’un vent soufflant par rafales à... 95 km/h. À seulement trois coups du top 10 et six du futur vainqueur, le Réunionnais nourrissait de légitimes ambitions pour la dernière journée.

« Ça a été dur à encaisser parce que les conditions m’étaient favorables, regrette-t-il encore plus de quatre jours après la fin du tournoi. Le vent avantageait les gros frappeurs et plusieurs trous de l’aller devenaient très attaquables. Je voyais beaucoup de joueurs du Top 100 mondial rendre des cartes de +1 ou +2 dans ces conditions. Si je pouvais signer un -4 ou un -5 le dimanche, le top 10 était largement envisageable. »

« Ils ont essayé de repousser le dernier tour au lundi parce qu’ils annonçaient beaucoup de pluie et de vent. Finalement, je suis resté sur l’île jusqu’au mardi et le lundi matin, les conditions étaient parfaites. On aurait pu jouer. C’est encore plus décevant. Je viens d’une île, donc je sais à quel point la météo peut évoluer rapidement. Au fond de moi, je pensais qu’on pouvait jouer, mais ils ont choisi de suivre les prévisions. »

Malgré ce dénouement frustrant, cette semaine restera incontestablement comme une expérience fondatrice dans sa progression. Du 10 au 13 novembre, il va représenter la France aux Championnats du monde universitaires organisés en Thaïlande aux côtés de ses partenaires Diego Lourenço et Sacha Ruiz. Viendra ensuite des vacances bien méritées chez lui dans l’océan Indien. Avant d’enchaîner sur une nouvelle saison à la fac avec un objectif clairement affiché.

« J’ai promis à mon coach qu’on allait essayer de gagner le National Championship, annonce-t-il. C’est le titre universitaire le plus prestigieux aux États-Unis. Si je peux rester une année de plus à l’université pour y parvenir, je le ferai. »

Le PGA Tour en 2028 ?

Un choix mûrement réfléchi, malgré des résultats qui pourraient déjà lui ouvrir plus rapidement les portes du professionnalisme.

« Je n’ai pas envie de me précipiter, tempère Rudy Sautron. Même si je pense avoir le niveau, j’ai encore de l’expérience à acquérir. À l’université, j’ai accès à tout : les coaches, le nutritionniste, la récupération. Quand je passerai professionnel, tout cela aura un coût. Donc autant profiter pleinement de cette cinquième année. »

Le but annoncé d’achever son parcours universitaire en mai 2028 avant de changer de statut durant l’été via le PGA Tour University (promotion 2028). Celui-ci repose sur un classement des joueurs de première division universitaire américaine (NCAA Division I), établi à partir de leurs performances dans les compétitions éligibles, en partenariat avec le World Amateur Golf Ranking (WAGR).

« C’est l’objectif aujourd’hui, conclut-il. Après, beaucoup de choses peuvent changer. Si j’obtiens d’autres invitations sur le PGA Tour et que les résultats suivent, il faudra étudier toutes les options. Mais pour le moment, le projet reste de passer professionnel à l’été 2028. »