Caddie à plein temps de Matthieu Pavon depuis quelques semaines, Xavier Poncelet a mis entre parenthèses sa carrière de joueur professionnel pour mettre non seulement sa proximité, mais surtout sa compétence, au service de son ami.
Après 17 saisons sur les circuits, Xavier Poncelet, 41 ans ce samedi, a récemment mis en pause une carrière de joueur professionnel entamée en 2008. S'il avait déjà développé des activités annexes (stages à l'étranger, coaching) ces dernières années, cet enfant du Golf du Médoc (aujourd'hui Cabot Bordeaux) a surtout saisi au vol une opportunité exceptionnelle offerte par son ami d'enfance, Matthieu Pavon : le caddeyer, cette fin de saison, sur le DP World Tour et le PGA Tour. De retour en région bordelaise après un inoubliable podium au FedEx Open de France et une découverte du circuit américain dans l'Utah, il nous dévoile la dynamique de cette nouvelle façon de vivre de sa passion pour le golf, au service de celui qu'il considère comme son « petit frère ».
Pour approfondir
Pour Xavier Poncelet, l'ambition renaît du plaisirComment en êtes-vous venu à porter le sac de Matthieu Pavon ?
Il m'a appelé cet été. Il devait jouer cinq tournois du DP World Tour pour conserver son membership et être éligible aux points de la Ryder Cup. Il avait déjà joué le Scottish Open en juillet, et fin août il a choisi de jouer le Nexo Championship en Écosse et le British Masters en Angleterre. Avec l'Open de France, qui compte double, ça faisait bien cinq tournois. Son caddie, Mark Sherwood, étant en vacances pour l'Écosse et l'Angleterre, donc il m'a appelé, et moi j'ai dit : « Bingo ! » Quand ton meilleur ami, que je considère comme mon petit frère, te fait comprendre qu'il a besoin de toi, tu te dis : « Allez, on y va ».
Comment avez-vous vécu cette première expérience ?
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, et j'ai adoré. Pendant vingt ans, j'ai travaillé avec des psys, des préparateurs mentaux, des techniciens, des préparateurs physiques… Toute l'expérience acquise pendant ces vingt années – vingt-cinq si l'on compte le monde amateur – j'ai l'impression de pouvoir la mettre au service de Matthieu, et c'est génial, parce que le rôle de caddie est un rôle complet. Il avait des besoins, qu'il a exprimés dans différents médias, notamment celui de reprendre du plaisir. Après les deux semaines en Écosse et en Angleterre, on s'est regardés en nous disant : « Tu te rends compte ? En deux semaines, on s'est plus parlé qu'en trois ans. » On a passé des semaines fantastiques, sur le plan humain comme sur le plan professionnel. En plus, il a bien joué : on n'était pas loin de faire de grosses performances sur ces deux premiers tournois. On a pris un plaisir immense.
Aviez-vous déjà eu une expérience de caddie ?
Oui, j'ai porté le sac de Grégory Havret à Sun City et de Julien Quesne à l'île Maurice, sur le DP World Tour. Quant à Matthieu, je l'avais déjà caddeyé en 2018, à Leopard Creek et à Johannesburg. Mais j'avais alors un regard de copain, qui avait partagé plein de parties avec lui. Lui me disait : « Viens, mon pote, je vais te montrer ce que c'est, le Tour européen. » C'était assez délicat, parce que je voyais, avec mes yeux de golfeur pro, plein de coups que je n'aurais jamais joués, ou que j'aurais joués alors que lui ne les voyait pas. Depuis, j'ai acquis de l'expérience.
Pourquoi ce remplacement de deux semaines s'est-il transformé en boulot jusqu'à la fin de la saison ?
Après l'Écosse, Matthieu a eu une discussion avec Mark, et d'un commun accord, ils ont mis un terme à leur collaboration. Matthieu m'a alors rappelé pour savoir si j'étais disponible pour l'Open de France. J'ai dit : « Bien sûr, je me rends disponible. » À l'Open de France, nous étions dans la continuité de ce qui s'était passé les deux semaines précédentes, et nous avons pu nous appuyer sur plein de points de repère. Ce fut une magnifique semaine. Ce n'est pas un parcours qu'il avait particulièrement dans le viseur, mais il adore être en France, et il est soutenu magnifiquement par un public d'exception qu'il adore. Jusque-là, malheureusement, ses performances n'avaient pas été à la hauteur du plaisir qu'il avait d'être là. Cette semaine-là, bingo : au nouveau Golf National, Matthieu revient sur le sol français et il performe. C'était fantastique.
Faire un podium à la maison, dans votre open national, a dû être un moment très fort à vivre...
Oui, c'était fabuleux. Un élément m'a beaucoup marqué : j'ai perdu mon père cette année, et je pense qu'il aurait rêvé de me voir sur le Tour européen et sur le PGA Tour. Il aurait été très, très heureux de me voir aux côtés de Matthieu, qu'il appréciait énormément. Pour l'anecdote, j'ai joué l'Open de France en 2015, avec mon père et ma mère qui m'ont suivi pendant tout le tournoi. C'était très émouvant pour moi. En apparence, je n'ai rien montré, parce que j'étais dans mon rôle de caddie : les émotions, il faut les gérer, et il faut surtout rester lucide sur un parcours comme le National. Mais quand ça s'est terminé au 18, avec l'acclamation du public, c'était extraordinaire. Je lui ai donné une petite tape dans le dos et je lui ai dit : « Profite bien, tu l'as bien mérité. Nourris-toi de tout ça, parce que ce n'est que le début, et on va construire pour la suite. » Moi, j'ai eu des frissons pendant toute cette partie : les acclamations, un public fabuleux, Matthieu au centre de tout ça, une magnifique partie sur un parcours semé d'embûches. Quand il a terminé la partie, il est allé signer sa carte, et je me suis retrouvé tout seul au vestiaire. Les larmes sont venues, parce que toute la journée, mon père était avec moi. Ces émotions étaient extraordinaires. Le haut niveau, c'est ça : on est dans notre bulle, on travaille dur, on met des choses en place, et quand au final, ça se concrétise, c'est fabuleux.
Comment êtes-vous devenus amis, Matthieu et vous ?
Il est arrivé au Golf du Médoc, je pense vers l'âge de huit ans ; moi, j'en avais seize et j'étais dans les équipes de France. Très vite, il y a eu une relation fraternelle. Je suis très proche de sa famille : de sa mère, de son père, de ses frères. En amateur, nous avons joué ensemble en équipe, mais très peu, car je suis passé pro en 2008 et lui en 2014. En 2011, j'ai fait appel à lui pour qu'il me caddeye aux Cartes européennes. Dans ma tête, c'était : « Viens voir comment ça se passe, mon pote, tu verras : c'est génial. » Il vient donc me porter le sac aux PQ2 et nous nous qualifions pour les PQ3. C'était fabuleux ! Et quelques années plus tard, quand il a atteint le DP World Tour, le premier message qu'il m'a envoyé disait : « Merci Xavier, si j'en suis là aujourd'hui, c'est grâce à toi. En te caddeyant aux Cartes européennes, j'ai compris que j'avais vraiment envie de faire ça. » Lui s'en souvient à moitié, mais moi, ça m'avait marqué, parce que ça montre la belle personne qu'il est. Il se souvient de tout et il est très fidèle en amitié.
Aujourd'hui, faites-vous partie intégrante de son staff ? Matthieu vous a-t-il introduit auprès des autres personnes qui le côtoient ?
Je connaissais déjà certains d'entre eux : son attaché de presse, David Derhille ; son préparateur mental, Mathieu David, son préparateur physique, Ben Sears. Depuis que je caddeye Matthieu, j'ai été intronisé en quelque sorte, et j'ai beaucoup d'échanges avec les autres personnes de son staff, tout en restant à ma place. Je sollicite beaucoup son préparateur mental, dont j'ai besoin dans les débriefs pour progresser et être plus efficient dans la relation. Le mieux pour le joueur, c'est d'être bon dans la tâche qui nous est attribuée, et la mienne comporte beaucoup de psychologie. Je pense avoir plutôt bien réussi à me positionner pendant les quatre semaines que nous avons faites ensemble, car sur le plan personnel, il y a beaucoup de choses nouvelles à gérer de mon côté.
Parmi ces choses nouvelles figure la découverte du PGA Tour à l'occasion du Bank of Utah Championship, la semaine suivant l'Open de France...
Oui, le PGA Tour a découlé de ces trois semaines en Europe. Et d'autres tournois vont suivre puisqu'il reste au calendrier les Bermudes, le Mexique, Los Cabos, Austin et Sea Island. Moi, je me rends aux États-Unis à la mi-octobre, chez lui, et ensuite, selon le calendrier qu'il établira avec son staff, soit je le suis, soit je reste chez lui. Et cela jusqu'à la fin de la FedEx Cup Fall.
Qu'est-ce qui vous a marqué dans cette première expérience sur le circuit américain ?
Le niveau de jeu. Déjà à l'Open de France, j'avais été surpris que le cut tombe à -3, je crois : nous étions à -4 au départ du 18, et si l'on met une balle dans l'eau au 18, c'est fini, alors même qu'on joue de façon fabuleuse. Mais sur le PGA Tour, ce n'était plus de la surprise : j'étais interloqué, c'était dingue. Même sur un petit tournoi comme celui-ci, le cut est descendu de plusieurs coups entre le premier et le deuxième jour. C'est la densité de joueurs qui est impressionnante. Et puis, tout ce qui est extra-golfique, notamment l'organisation, est multiplié par deux ou trois par rapport au DP World Tour. Tout est vraiment au service du joueur. Sur le DP World Tour, on est très bien traité aussi, mais sur le PGA Tour, c'est encore plus. Ce sont de petites choses, mais elles comptent : des bassines d'eau sur tous les trous, de l'eau, des boissons énergétiques, des barres de céréales, les vestiaires, les camions… Il y a vraiment un service premium. C'est assez incroyable. Ce fut une super expérience.
Quels objectifs vous êtes-vous fixés pour les tournois restants ?
Honnêtement, on n'en parle pas du tout. Je pense que, quand Matthieu est concentré sur les tâches qu'il a à accomplir, le résultat passe au second plan. Plus on est concentré sur les tâches, plus on les remplit efficacement, et plus on performe. Bien sûr, les médias et les fans parlent de la carte du PGA Tour qu'il n'a pas encore sécurisée. Mais même si ce n'est pas le cas, il aura quand même des départs sur le PGA Tour l'an prochain, et sa carte du DP World Tour, donc il ne sera pas perdu. Et comme il l'a montré lors des trois derniers tournois sur le DP World Tour, il peut très bien performer et se créer de nouvelles opportunités de jeu. Donc, sur ces cinq tournois qui restent cette année, la méthode consiste à essayer de mettre en place des choses pour continuer sur la lancée de notre progression et être à chaque fois meilleurs que la semaine d'avant. Mais penser à l'objectif, c'est le meilleur moyen de sortir du process. Je sais que c'est rébarbatif comme réponse, pour les journalistes ou les fans, mais c'est la réalité... Plus on est dans l'instant présent, mieux on fait ce qu'on a à faire.
Comment pouvez-vous l'illustrer dans votre travail sur le parcours avec Matthieu ?
En arrivant en Écosse, la question était : « Qu'est-ce que tu attends de moi ? » Nous en avons parlé lors des parties d'entraînement, des déjeuners, des dîners. Je me suis aussi renseigné auprès de caddies comme Olivier Elissondo, Chris Liley, Lilian Guillamoundeguy ou Andrea Ginola. Il y a eu beaucoup d'échanges. Il n'y a aucun tabou avec Matthieu, et je ne veux pas qu'il y en ait, quitte à passer pour un idiot. Ma question, c'est donc : « Qu'est-ce que tu attends de moi ? » Pour y répondre, on met en place plein de protocoles au fur et à mesure : sur la routine, sur l'échauffement, sur les positions de drapeau, sur les zones que l'on vise. Mais surtout, je me mets dans la peau de Matthieu Pavon : de quoi a-t-il besoin pour être efficient sur chaque coup, à 100 % ? C'est mon but.
Vous êtes donc beaucoup moins dans le registre du copain qui porte le sac que dans celui de deux professionnels qui travaillent ensemble ?
Il y a de tout dans la relation. Il y a la partie copain : il a besoin de rire, il l'a décrit dans ses interviews. Et il y a le « on » et le « off ». Le « on », ce sont les cinquante secondes pour jouer son coup, et mon but est qu'il soit à 100 % pendant ces cinquante secondes. Qu'il ait râlé avant, qu'il soit heureux, qu'on ait dit des bêtises ou non, l'essentiel est de trouver l'état dans lequel il est à 100 % sur tous les coups. S'il fait un trois-putts, qu'il râle et qu'il me dit « désolé, Xav' », je lui réponds : « Vas-y, râle, tu as encore cinquante mètres, et après on passe à autre chose. » Ma question permanente, c'est vraiment : « Comment le mettre à 100 % ? » Parce que Matthieu Pavon s'est construit lui-même un jeu, il a atteint ce niveau par lui-même, il a pris des décisions, il s'est entouré : rien n'est choisi au hasard ni approximativement. Donc la question, je le répète, c'est : « De quoi a-t-il besoin ? » Il a besoin de rire, de parler, de se confier, de bons yardages, peut-être d'observations sur des points clés que je peux faire. Mais sans dépasser mes fonctions : il y a des choses que je vois et que je ne lui dirai pas, parce que ce n'est pas mon rôle. En revanche, j'en parle avec son préparateur mental ou d'autres membres de son staff, pour ajuster mon discours et mieux communiquer avec Matthieu, qui est mon ami mais aussi une Formule 1 : il faut constamment réguler le niveau d'huile, les pneus, le freinage.
Vous êtes un technicien au service d'une mécanique de précision, en quelque sorte...
Oui, et c'est passionnant parce que ça va tellement vite qu'il faut être concentré en permanence. À l'Open de France, je n'étais plus dans la position du fan, mais dans celle de « qu'est-ce qu'on va faire pour… ». J'avais mes émotions à gérer, j'avais les siennes, alors je regardais mes pieds. Je respirais, je faisais mon truc, et j'ai profité sans profiter. Je crois que mon premier poing en l'air, c'est au 16 du dernier tour, quand il rentre un putt superbe, qui était vraiment bon à vivre. Pour le reste, quand il rate ou quand il rentre un putt, je suis poker face. Ce n'est pas que je m'en moque, mais quand il rate un putt, je me demande plutôt : « Était-ce un mauvais putt, ou juste une mauvaise lecture ? » Je ne suis pas du tout dans le « zut, elle n'est pas rentrée, on perd une place ».
Il a rentré deux coup pour eagle lors de son dernier tournoi dans l'Utah. C'était donc grâce au caddie ?
Évidemment ! (rires) Non, bien sûr, c'est grâce à lui. On échange sur tous les coups, on a toujours une discussion et on valide la zone à jouer, le club, et sur ce tournoi aussi l'altitude qui rajoutait une étape supplémentaire dans le processus. On respecte toujours ce process, et après c'est lui qui fait le coup. En plus, au 9 le troisième jour il fait un drive énorme qui prend juste la lèvre du bunker, il ne peut que se recentrer de là et il fait 60 mètres sur son deuxième coup. Il aurait pu céder à l'énervement, râler de ce coup du sort, mais le fait de reprendre le process à zéro sur le coup suivant lui permet d'évacuer et de jouer ce troisième coup sans arrière-pensée. S'il est dans la colère, ça ne peut pas arriver. Donc il n'y a pas de hasard.
Ce nouveau métier du caddie vous plaît-il ?
J'adore ! J'arrive à un tournant de ma carrière avec mes événements familiaux, il faut aussi gagner sa vie à 40 ans et ce n'est pas sur l'Alps Tour que je peux le faire, donc il y a un temps pour tout. Aujourd'hui, c'est comme si j'avais été footballeur pro en troisième division et qu'on me demandait d'intégrer le staff d'une équipe qui joue la Champions League, d'être sur le banc de touche pendant le match, de participer aux entraînements... Je reste un passionné de golf, et j'arrive à vivre de cette passion sans être fan sur le moment. Je kiffe, je n'ai aucune frustration à être caddie aujourd'hui, parce que c'est exceptionnel : je vis toutes les émotions de l'intérieur avec mon super pote, je suis dans le truc, j'ai un vrai rôle à jouer. Quand tu choisis le métier que tu veux faire, tu as de la chance car tu aimes le fond, quelque soit la façon dont tu l'exerces. Honnêtement, aujourd'hui je me régale.