Après une saison 2025 où les bons résultats lui ont manqué sur le PGA Tour, Matthieu Pavon est reparti de l'avant, avec sept cuts franchis sur dix tournois en simple en 2026. Il espère retrouver la fraîcheur et l'insouciance qui l'avaient mené vers une victoire dès son troisième tournoi sur le circuit américain, en 2024.
Matthieu Pavon est engagé cette semaine au ONEflight Myrtle Beach Classic, en Caroline du Sud. Lui et Adrien Saddier participent à ce tournoi alternate du PGA Tour, disputé en même temps que le Truist Championship, estampillé Signature Event. Après un début de saison 2026 intense, avec dix tournois disputés entre janvier et début avril (sept cuts passés), le Bordelais a connu un mois d'avril plus tranquille, marqué par sa participation au tournoi en double du Zurich Classic of New Orleans avec Martin Couvra. Une nouvelle série de tournois commence, qui le mènera par la suite à la CJ CUP Byron Nelson (21-24 mai) et au Charles Schwab Challenge (28-31 mai). Il a également prévu de s'aligner à une épreuve de qualification à l'U.S. Open (date et lieu à définir). À la veille de faire le court voyage entre la Floride où il réside et Myrtle Beach, et de replonger dans le grand bain du circuit américain, l'actuel 89e de la FedEx Cup se confie.
À trois jours de retrouver la compétition en simple sur le PGA Tour, dans quel état de forme vous sentez-vous ?
Je me sens bien. Ça m'a fait du bien d'avoir un peu de calme, car j'avais joué dix tournois en douze semaines en début d'année, c'était vraiment un rythme effréné. Le fait d'avoir eu un peu de repos, puis d'avoir pu jouer le Zurich Classic avec Martin, puis d'avoir eu de nouveau une semaine de repos m'a permis de me recharger et de bien bosser pour préparer la suite.
De quelle manière occupez-vous ces semaines de coupure ? Lorsque vous en avez plusieurs de suite, vous profitez de la première pour vous reposer et de la deuxième pour remettre du rythme à l'entraînement, par exemple ?
Ça dépend, mais grosso modo, je prends trois ou quatre jours pour moi où je ne vais pas faire grand-chose. Il y aura toujours, bien sûr, du sport car je fais très attention à ma préparation physique. Après, on reprend de suite, car les semaines hors tournoi sont surtout faites pour travailler et faire avancer son jeu. Car quand on est en tournoi, le rythme est vraiment très soutenu, on n'a pas le temps de bosser sur le swing et de faire des changements.
Qu'avez-vous essayé de faire avancer, par exemple, ces dernières semaines ?
Un peu tout. J'ai fait pas mal de wedging car c'est un secteur qui ne me satisfait pas encore comparé à la plupart des joueurs du PGA Tour. Sur le chipping, les sorties de bunker et les wedges courts, je sens vraiment une grosse amélioration, et que je me rapproche des standards du PGA Tour. Sur le wedging un peu plus long, je sens que je n'ai pas encore vraiment trouvé mon identité. Je suis plutôt un joueur de fade sur le long jeu, j'essaie de taper mes coups de wedge droits, et il y a encore des choses qui ne me plaisent pas en termes de direction, de contact. Il faut encore que je trouve vraiment ma manière de faire pour affiner mes chiffres et être beaucoup plus performant.
Parlons de cette semaine à la Nouvelle-Orléans en compagnie de Martin Couvra. Qui a eu l'idée de cette association ?
Ça venait plutôt de moi. À la base, je pensais m'aligner avec Adrien Saddier, qui est membre à plein temps du PGA Tour. Adrien ayant eu un calendrier différent en tête, je me suis orienté vers d'autres joueurs français, et celui qui a répondu présent, c'était Martin. Il avait l'air très emballé de s'associer avec moi. C'était aussi grâce à Romain Langasque, qui nous a mis en connexion. Un travail d'équipe quoi. C'est vrai qu'on ne se connaissait pas beaucoup avec Martin. Bien sûr, je suis les résultats du DP World Tour pour un peu tout le monde, il est sur une très bonne dynamique depuis deux ou trois ans. Il a franchi les étapes les unes après les autres, il est devenu vainqueur sur le DP World Tour l'an passé, puis rookie de l'année. C'était donc une belle association de pouvoir partager un tournoi avec un joueur de sa génération, qui est celle des futurs champions qui arrivent. On a passé un très bon moment tous les deux.
Sur le terrain et durant toute cette semaine, vous avez un peu endossé le rôle de grand frère ou de guide avec Martin ?
Grand frère ou guide, je ne pense pas. Après, c'est sûr qu'on a beaucoup échangé pendant cette semaine. Je lui ai posé des questions, il m'a posé des questions aussi, et on a pu s'apporter mutuellement des réponses. Et puis dans les échanges sur la façon dont on voyait tel ou tel coup, c'est vrai que j'apportais mon expérience du circuit, et lui apportait cette insouciance et cette fraîcheur qu'ont les jeunes joueurs qui jouent très bien. Je pense que Martin était le bon profil pour venir me rejoindre sur cette semaine-là, car il est très souriant, et au-delà du résultat, on s'est bien marrés toute la semaine. C'est vrai que le calendrier du PGA Tour est très dense et très relevé, donc ça fait du bien d'avoir une semaine où on n'est pas tout seul, et on peut rigoler et se détendre le soir.
En voyant Martin arriver sur ce tournoi du PGA Tour pour jouer avec vous, avez-vous retrouvé chez lui un peu de la fraîcheur qui était la vôtre lorsque, début 2024, vous avez découvert le circuit américain ?
Oui, bien sûr. C'est pour ça que c'était aussi une semaine pleine de fraîcheur pour moi. Il n'y avait pas de pression de résultat, juste le plaisir de jouer sur un super parcours face à un champ de joueurs très relevé. C'est justement ce que j'ai expérimenté début 2024. Deux ans plus tard, on peut avoir un peu tendance à l'oublier, car on se sent sur ce circuit comme si on y avait été depuis dix ans. Mais en même temps, Torrey Pines (lieu de sa victoire au Farmers Insurance Open 2024, NDLR), j'ai l'impression que c'était hier. Et malheureusement, c'est ce qui diffère le plus pour moi : essayer de retrouver la fraîcheur de la première année, au lieu de se sentir comme quelqu'un qui a tout joué et qui sait l'exigence requise. Donc je continue de travailler, d'essayer d'avoir la meilleure attitude possible sur le parcours, et de rechercher un maximum de plaisir. C'est ça qui m'aidera, je pense, à débloquer la situation sur certains tournois.
Matthieu Pavon, à propos de sa collaboration avec Mark Blackburn en 2025
Comment jugez-vous globalement votre début de saison 2026 sur le PGA Tour ?
Je le juge plutôt bon, il y a eu beaucoup de bonnes choses. J'ai passé pas mal de cuts, ce qui montre qu'il y a une densité dans le jeu, une consistance qui s'est installée. C'est vraiment le point positif. Après, malheureusement, il n'y a pas eu de gros résultat comme un top 10 ou un top 5 (son meilleur résultat est une 11e place au Valspar Championship, NDLR), mais je pense que plus je joue les week-ends, plus je me crée des opportunités, et plus je me donne des chances qu'un jour, ça le fasse. Donc il y a vraiment plus de positif que de négatif sur ce début de saison.
Voyez-vous une différence claire entre votre début de saison 2026 et votre saison 2025 ?
Oui, il y a une différence. Après, encore une fois, il y a les résultats et il y a le jeu. C'est la variable à surveiller en priorité, et c'est le curseur sur lequel je me focalise.
En juillet dernier, vous avez décidé de stopper la collaboration avec l'entraîneur Mark Blackburn, et de travailler de nouveau avec Jamie Gough, qui était votre coach auparavant. Sentez-vous que, vous et lui, vous avez retrouvé tous vos automatismes et que votre travail commun va dans le bon sens ?
Je sens, très honnêtement, que je ne suis pas très différent du golfeur que j'étais en 2024. Il y a même des choses qui me plaisent plus qu'en 2024, par exemple sur des problèmes de centrage de face que j'avais cette année-là. Après, comme on en parlait, en 2024 j'avais cette fraîcheur et cette insouciance qui faisaient que les résultats arrivaient d'eux-mêmes. Cette année, forcément, il y a des attentes un peu plus grandes, car je sais de quoi je suis capable et que mon jeu est en train de prendre le bon chemin. En 2024, j'avais gagné en tout début d'année. En 2026, si je gagne en fin d'année, ça aura la même valeur. Donc il faut continuer à bien travailler et se donner du temps pour laisser venir les résultats.
À la fin de votre saison 2024, vous aviez fait des choix forts, avec comme volonté de ne pas vous reposer sur vos lauriers et de poursuivre votre rêve d'être dans le top 5 mondial. Aujourd'hui, de quelle manière ce rêve vous habite-t-il ?
L'envie d'être meilleur et d'être dans le top mondial est toujours la même. Après, j'ai sans doute fait fausse route en essayant d'améliorer mon swing et de faire les choses différemment de la manière dont je les faisais avec Jamie. Je suis revenu sur mes pas là-dessus. À côté de ça, j'ai essayé de prendre un autre chemin, de faire beaucoup plus attention à ma préparation physique et à mon corps, à ma récupération entre les tournois. J'ai investi, j'ai une chef qui prépare mes repas quand je suis à la maison, pour essayer vraiment de manger au mieux. J'ai aussi passé beaucoup plus de temps au petit jeu. J'essaie d'aller gratter les choses qu'il me manque pour être, peut-être un jour, vainqueur de Majeur. Non pas par le swing, mais par ce qu'il y a autour, en réduisant au maximum la marge avec les meilleurs du monde dans ces secteurs-là.
Matthieu Pavon, à propos de sa saison 2025
En fin de saison dernière, vous avez forcément vu ou entendu différentes critiques sur votre manque de résultats. Votre début de saison positif en 2026 vous permet-il également de souffler un peu sur ce front ?
C'est sûr que la critique, de façon générale, est blessante. Mais dans le même temps, on est sportif professionnel, et plus on joue de gros tournois, plus on s'expose à être critiqué. Malheureusement, l'un ne va pas sans l'autre. Mais moi, tout ce qui m'importe aujourd'hui, c'est de sentir que je suis un meilleur joueur. L'année dernière, il y avait des choses très positives. On voyait mes résultats en tournoi, mais on ne voyait pas ce que je faisais à l'entraînement. Il y avait des semaines où je jouais extrêmement bien à l'entraînement. C'est la différence entre avoir son swing et cette liberté à l'entraînement et l'amener sur le parcours sous pression. Et sous pression, ça ne passait pas, je n'arrivais pas à reproduire. Il y avait des coups manqués qui étaient un peu dévastateurs sur le parcours. J'ai réajusté un peu le curseur, et aujourd'hui, ça va mieux. C'est aussi grâce à un travail avec une psychologue, que je fais depuis la fin d'année dernière. En gros, on essaie de séparer l'athlète de la personne. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est que mon jeu va mieux, et que j'accorde de l'importance à ce qui se fait hors de la compétition, alors qu'avant, c'était surtout les résultats qui définissaient plein de choses.
Le fonds souverain saoudien PIF a annoncé jeudi dernier qu'il allait stopper le financement du LIV Golf fin 2026. Comme voyez-vous la perspective de voir revenir possiblement, à terme, des têtes d'affiche du LIV vers le PGA Tour ?
Pour moi, ça ne change pas grand-chose. Je suis très heureux sur le PGA Tour, et je joue les tournois que j'ai toujours rêvé de jouer. Après, je pense qu'il va falloir que les instances du PGA Tour respectent les joueurs membres qui sont restés fidèles au circuit, et les protègent. Il y a des joueurs qui vont revenir, comme ça a été le cas de Brooks Koepka cette année. Mais il faudra le faire intelligemment, pour ne pas priver des jeunes joueurs qui viennent du Korn Ferry Tour ou de la PGA Tour Q-School, en donnant facilement des places aux joueurs qui reviennent. Il y a des joueurs qui se battent chaque année pour gagner leur place ici, et qui sont restés fidèles à leur circuit.
On peut raisonnablement faire l'hypothèse que le LIV Golf vous a, par le passé, contacté pour le rejoindre, et que vous avez donc décidé de rester sur le PGA Tour. Vos réticences étaient-elles de voir se produire ce qui s'est produit pour ce circuit ces dernières semaines ?
Non, pour moi, ce n'était pas vraiment ça. La question d'aller jouer sur le LIV Golf s'est posée le lendemain de ma victoire à Torrey Pines (en janvier 2024, NDLR). Mon agent m'a demandé quoi faire avec le LIV. La réponse que je lui ai donnée, c'est que si le LIV prenait contact avec lui, et si une somme était annoncée, je ne voulais absolument pas qu'il m'en parle. Il ne m'en a jamais reparlé, donc du coup, même maintenant, je ne connais toujours pas la réponse. Je lui avais demandé de ne pas savoir car, malheureusement, on est tous humains. Pour moi, le sportif prend le devant sur tout le côté financier. Je veux surtout me sentir épanoui en tant que joueur sur le circuit sur lequel je joue. Mais quand les sommes commencent à devenir très élevées, il y a des choix qui doivent être faits, et je ne voulais pas avoir à faire un choix comme ça.
Enfin, ne pas vouloir savoir la somme, en soi, c'était un choix, non ?
(Il rigole) Oui, entre guillemets, c'était un choix.