Si vous êtes fan de golf et que vous suivez exclusivement les Français, vous ne vous êtes, jusqu’à présent, pas intéressé de près au circuit du LIV Golf. Alors, avec l’arrivée de Victor Perez, petit cours de rattrapage.

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L'équipe de la Legion XIII de Jon Rahm (trophée en main), couronnée à l'issue de la saison 2025 du LIV Golf. © Raj Mehta / Getty Images - AFP

Le LIV Golf, késako ?

Le LIV Golf est un circuit de golf professionnel masculin. Il a été créé en 2021, et a vu son premier tournoi se tenir en juillet 2022, près de Londres. L’année 2026 sera donc sa cinquième saison. À son lancement, l’ancien n°1 mondial australien Greg Norman a été son premier patron, ainsi que sa figure de proue pour le placer sur le grand échiquier du golf mondial. Le Requin blanc, de son surnom, est toujours investi dans le LIV Golf, mais depuis janvier 2025, le tour est dirigé par l’Américain Scott O’Neil.

Le LIV Golf est financé par Public Investment Fund (PIF), un puissant fonds souverain d’Arabie Saoudite. Cette structure a réalisé, ces dix dernières années, plusieurs investissements massifs dans le sport de haut niveau, par exemple en prenant le contrôle du club de football anglais Newcastle United. Dans le golf, en plus du LIV Golf, elle dote des tournois sur l’Asian Tour ainsi que sur le Ladies European Tour.

Le circuit doit son nom « LIV Golf » à la signification, en chiffres romains, de « LIV » : 54. La principale symbolique de ce nombre était d’indiquer que, contrairement à la très grande majorité des grands tournois professionnels de par le monde, ses tournois se jouaient sur 54 trous (trois tours de 18), au lieu de 72. L’ambition du LIV Golf a été claire dès sa création : devenir le premier circuit de golf de la planète, et proposer des formats de jeu visant à moderniser son image, afin qu’il gagne de nouveaux adeptes.

Comment ça fonctionne ?

Davantage qu’un circuit, le LIV Golf est en réalité une ligue. À la manière des grandes ligues sportives nord-américaines, comme la NBA (basket-ball) ou la NFL (football américain), elle est divisée en plusieurs équipes, couramment nommées des franchises. En 2026, 13 franchises, chacune composée de quatre joueurs, disputeront la saison. Parmi elles figure le Cleeks Golf Club, que s’apprête à rejoindre Victor Perez, en compagnie de Martin Kaymer (capitaine), Richard Bland et Adrian Meronk.

Le calendrier du LIV Golf prévoit, pour le moment, 12 dates en 2026, sur quatre continents, la première étant le LIV Golf Riyadh, en Arabie Saoudite, du 4 au 7 février. À l’exception de la finale par équipes (lire plus loin), chaque épreuve se déroule de la même manière : un tournoi en stroke play, avec un classement individuel, et un classement par équipes par simple addition des scores. Aucun de ces tournois ne comporte de cut. Toutefois, l’année 2026 va voir une grande nouveauté : au lieu des 54 trous joués depuis le premier tournoi du LIV Golf en 2022, le format va passer à 72 trous, rejoignant ce qui se fait le plus couramment dans le monde du golf professionnel. Une chose, en revanche, ne change pas : tous les tours de jeu sont disputés en shot-gun. Cela signifie que tous les joueurs s’élancent à la même heure, mais d’un trou différent, et jouent simultanément.

Le seul événement à se dérouler selon un autre format est le Team Championship (autrement dit la finale par équipes), dernière date du calendrier. Comme son nom l’indique, elle voit se dérouler seulement une compétition par équipes. Les huit meilleures escouades de la saison s’affrontent en tête à tête dans des quarts de finale (les cinq autres jouent des matches de classement) puis des demi-finales, dans des rencontres en match play (deux simples et un foursome). Pour la finale, retour au stroke play, avec simple addition des quatre scores de part et d’autre. En 2025, il a même fallu avoir recours à un play-off pour voir s’imposer la Legion XIII de Jon Rahm, Tyrell Hatton, Tom McKibbin et Caleb Surratt.

Rahm faisait alors coup double, puisque lors du précédent tournoi, la finale individuelle, il s’était assuré la première place de la saison, pour la deuxième année consécutive (soit depuis son arrivée, début 2024). Que ce soit en individuel ou par équipes, le classement général de la saison se fait par un système de points, un peu comme pour la FedEx Cup (PGA Tour) ou la Race to Dubai (DP World Tour).

Qui peut jouer ?

La particularité des joueurs du LIV Golf est qu’ils ne sont pas, officiellement, sous contrat avec la ligue, mais avec leur franchise. De la même manière, si l’on veut, que Victor Wembanyama est sous contrat avec les Spurs de San Antonio, et non avec la NBA.

Lors du lancement du circuit, le recrutement des joueurs se faisait davantage par la ligue elle-même, proposant notamment de gros bonus à la signature, afin d’attirer des stars du golf mondial. Les premiers à s’engager ont ainsi été Phil Mickelson, Dustin Johnson, Patrick Reed ou encore Bryson DeChambeau, pour des sommes oscillant entre 100 et 250 millions de dollars.

Le plus gros « coup » réalisé par le LIV Golf a été la signature de Jon Rahm, annoncée début décembre 2023. Celui qui avait remporté le Masters la même année a également été le bénéficiaire de la plus grosse prime à la signature, dont le montant exact n’est pas connu, mais qui est estimée quelque part entre 300 et 600 millions de dollars. Tout en sachant, par ailleurs, que quelle que soit cette somme, il en a probablement perçu la moitié immédiatement, le reste lui étant versé au fur et à mesure.

Désormais, à l’orée de la saison 2026, le recrutement se fait davantage par les capitaines des différentes franchises. Sachant qu’avec les saisons qui s’enchaînent, les choses se sont mises en place, et les règles se sont affinées. Ainsi, dans le classement des 52 joueurs en fin de saison, un joueur terminant dans le top 24 est assuré de demeurer dans sa franchise, qui est obligée de lui proposer une prolongation de contrat si celui-ci arrivait à échéance. Un joueur classé des places 25 à 48 est autorisé à rester dans la ligue, mais cette fois, si son contrat expire, son capitaine de franchise peut faire le choix de s’attacher les services d’un autre joueur (qu’il provienne d’une autre franchise du LIV Golf, ou de l’extérieur). Enfin, les joueurs classés de 49 à 52 peuvent être relégués de la ligue, même s’ils conservent une chance de regagner leur place. Par exemple, fin 2025, le Suédois Henrik Stenson, qui a rejoint le LIV Golf dès 2022 (ce qui a valu son remplacement par Luke Donald en tant que capitaine européen de Ryder Cup), en a été sorti par le bas.

Pour intégrer le LIV Golf, il existe deux solutions : soit gagner les faveurs d’une franchise, qui vous propose alors directement un contrat (c’est le cas de Victor Perez), soit gagner sa place à la force du poignet, sur le terrain. Deux places seront ainsi données aux joueurs classés premier et deuxième des International Series de l’Asian Tour. Lesquelles se terminent cette semaine, avec le PIF Saudi International, qui se joue en Arabie Saoudite. Deux autres places seront disponibles du 8 au 11 janvier, en Floride, lors d’une épreuve nommée LIV Golf Promotions. Cette dernière sera disputée sur quatre tours, avec cut et remise des scores à zéro à la fin des tours 1 et 2. En fin de tournoi, les deux premiers (éventuellement après play-off) rejoindront le LIV Golf.

À noter qu’en plus des 52 joueurs de franchises disputant chaque tournoi régulier, deux joueurs invités complètent le champ pour l’amener à 54. Cette saison, le Taïwanais Chieh-Po Lee et l’Américain Anthony Kim, étoile filante du golf mondial à la fin des années 2000, ont souvent rempli ce rôle.

Combien on gagne ?

En plus de la formule de jeu nouvelle et du ripolinage de l’image du golf, la principale promesse du LIV Golf, lors de sa création, était d’offrir des dotations en hausse substantielle par rapport, par exemple, au PGA Tour. Car si les bonus à la signature offerts à certaines grosses stars ne sont qu’estimés, les dotations des tournois, elles, sont entièrement publiques. En 2026, la ligue financée par PIF offrira 30 millions de dollars de dotation globale lors de chaque tournoi. Un tiers sera distribué en fonction du classement par équipes, et les deux tiers restants selon le classement individuel. De ces 20 millions du classement individuel, 4 millions sont promis au seul vainqueur.

Mais ce n’est pas tout, puisque des bonus de fin de saison attendent les meilleurs joueurs et les meilleurs équipes. Ainsi, en terminant champion individuel pour la saison 2025, Jon Rahm a touché un bonus de 18 millions de dollars. Cela le place en tête de la money list individuelle du LIV Golf pour l’année écoulée, avec un peu plus de 31,6 millions de dollars de gains. Si l’on regarde plutôt en bas de l’échelle, Ian Poulter, en terminant 50e, c’est-à-dire dans la zone de possible relégation, approche malgré tout les 2 millions de dollars de gains.

Les dotations distribuées sur le LIV Golf sont bel et bien plus importantes que sur le PGA Tour, même si cela demeure dans le même ordre de grandeur. Par exemple, Scottie Scheffler, qui a terminé n°1 de la money list du PGA Tour en 2025, a glané 27,6 millions de dollars. En sachant que l’Américain a joué pour cela 20 tournois (contre 13 tournois réguliers du LIV Golf pour Rahm), et en a gagné six, dont deux Majeurs (alors que Rahm ne s’est pas imposé sur le LIV Golf en 2025). Tout en sachant que l'on parle là, uniquement, des gains en individuel. Dans le cas de Jon Rahm, il faudrait y ajouter les bonus de son équipe qui, pour rappel, a fini la saison championne.

Si l’on compare les dotations globales des tournois, l’événement le plus doté du PGA Tour, Majeurs compris, est The Players Championship, et ses 25 millions de dollars. Un chiffre qui égalait la dotation des tournois du LIV Golf en 2025, mais ce dernier a choisi de passer à 30 millions en 2026. C’est justement en réaction à la création du circuit à financement saoudien que le PGA Tour a mis en place, à partir de 2024, les Signature Events, ces tournois à champ réduit et dotation amplifiée (20 millions de dollars chacun en 2025). Car si l’on parle de tournois « ordinaires » du circuit nord-américain, les dotations sont plutôt comprises entre 5 et 10 millions de dollars.

Qu’est-ce qu’on a le droit de jouer d’autre ?

Le lancement du LIV Golf en 2021-22 a provoqué, le mot n’est pas trop fort, un séisme dans le golf professionnel masculin. En effet, face à cette ligue qu’il qualifiait de dissidente, le PGA Tour a choisi dans un premier temps la manière forte. Tout d’abord en bannissant quiconque signait un contrat avec une franchise de la nouvelle ligue ; et ensuite en pesant de tout son poids pour que les tournois de cette dernière n’offrent aucun point au classement mondial. En cette fin d’année 2025, la situation est toujours celle-ci. Les joueurs du LIV Golf n’ont pas le droit de disputer les tournois du calendrier régulier du PGA Tour, et par ailleurs, leurs performances dans les tournois du LIV Golf ne sont pas prises en compte dans le classement mondial.

À cela, il faut apporter des nuances importantes. Tout d’abord, des quatre Majeurs, aucun n’est directement géré par le PGA Tour. Pas même le PGA Championship, dont le nom pourrait faire croire, mais qui est sous la responsabilité de la PGA of America, qui est une autre entité. Celle-ci est, par ailleurs, chargée de l’équipe américaine de Ryder Cup. Les différentes instances organisatrices de ces cinq événements ont, dès 2022, pris une décision unanime : les joueurs du LIV Golf sont les bienvenus. À condition qu’ils se qualifient, bien évidemment.

Pour ce qui est des Majeurs, les joueurs du LIV Golf ont plusieurs solutions. Soit, comme Jon Rahm ou Bryson DeChambeau, ils profitent d’une exemption, en ayant remporté un Majeur (Masters 2023 pour Rahm, U.S. Open 2024 pour DeChambeau) lors des cinq dernières saisons. Soit, comme Tyrrell Hatton, ils se montrent suffisamment performants dans des tournois hors LIV Golf, et marquent assez de points pour demeurer dans le top 50 mondial (l’Anglais est actuellement 20e). Soit, encore, ils participent à des épreuves de qualification, et y gagnent leur place. À ce titre, l’USGA, qui gère l’U.S. Open, et le R&A, qui chapeaute The Open, ont chacun annoncé qu’une place allait être donnée au meilleur joueur du LIV Golf non encore exempté, à une certaine date et selon des modalités propres à chacune des deux organisations.

Pas de PGA Tour pour les joueurs du LIV Golf, donc, mais le circuit nord-américain est le seul à avoir formellement banni les transfuges. Depuis le lancement de la nouvelle ligue, le DP World Tour a accepté de les voir évoluer dans ses tournois, mais à la seule condition de les voir s’acquitter d’une amende. Chose que Tyrrell Hatton ou Jon Rahm, par exemple, contestent toujours par voie de justice, mais en tout cas, tous les deux ont pu évoluer sur des épreuves du circuit européen en 2025. L’Asian Tour, quant à lui, étant très étroitement lié à la structure du LIV Golf, est entièrement ouvert à ses joueurs. Et il présente l’avantage d’offrir des points mondiaux.

Le classement mondial est d’ailleurs l’un des paramètres les plus susceptibles d’évoluer dans les prochains mois. En passant à un format à 72 trous, et en rendant effectif son système de promotion et de relégation, le LIV Golf espère en effet que ces pas en avant seront pris en compte pour pouvoir intégrer le barème.

Une fusion future avec le PGA Tour ?

Durant, environ, la première année d’existence du LIV Golf, l’ambiance entre la nouvelle ligue et le PGA Tour était plus acrimonieuse qu’autre chose. Non seulement l’historique circuit américain a choisi de bannir les joueurs transfuges, mais les deux organisations ont multiplié les actions en justice et les recours tous azimuts, s’accusant mutuellement de concurrence déloyale et autres joyeusetés.

Puis, le 6 juin 2023, une annonce a pris tout le monde de cours, en particulier les joueurs ayant annoncé leur fidélité coûte que coûte au PGA Tour, Rory McIlroy étant devenue la figure de proue du mouvement. Le PGA Tour et le LIV Golf ont annoncé, conjointement avec le DP World Tour, mettre en commun leurs activités commerciales au sein d’une nouvelle structure à but lucratif, financée par PIF, et qui serait dirigée par le patron du PGA Tour, Jay Monahan, avec à ses côtés celui de PIF, Yasir Al-Rumayyan.

À l’époque, ce mouvement paraissait comme annonciateur d’une nouvelle refonte du haut niveau masculin, avec un grand circuit mondial de première division issue de la réunion du LIV Golf et du PGA Tour, et des circuits satellites. Mais près de deux ans et demi plus tard, cela n’est pas advenu. D’où certaines spéculations quant au fait que cette fusion pourrait, finalement, ne jamais avoir lieu. Seul l’avenir le dira. Toujours est-il que, depuis l’annonce du 6 juin 2023, les actions en justice entre les deux circuits ont cessé.

C’est diffusé où ?

En 2025, en France, le direct des tournois du LIV Golf était diffusé gratuitement sur la plate-forme en ligne DAZN, spécialiste des retransmissions sportives, sans commentaires en français. Les modalités de diffusion pour 2026 ne sont pas encore connues, mais le LIV Golf a fait part, l’an passé, de son intention d’offrir une couverture dans la langue de Molière. À suivre, donc.