Le 20 janvier, la veille de son cinquantième anniversaire, Anthony Grenier a décroché son droit de jeu sur le circuit senior européen pour la saison 2026. Une juste récompense pour le Landais, qui ouvre cette semaine en Espagne un nouveau chapitre dans sa carrière.
« Ça n'a pas été facile, mais c'est fait ! » L'exaltation est encore présente dans la voix d'Anthony Grenier, joint par téléphone ce 9 février, presque trois semaines après les faits. Le 20 janvier dernier, le Dacquois arrachait sa place sur le Legends Tour en 2026, au terme d'une épreuve des Cartes d'accès en mode ascenseur émotionnel. « C'était une grande joie, et surtout un grand soulagement, car je m'étais mis beaucoup de pression. Quand je me suis retrouvé deuxième du classement après deux tours, j'ai reçu énormément de messages de félicitations, et je me suis mis une pression de dingue... Mais après le troisième tour, je suis retombé au quatrième rang, donc c'est encore monté d'un cran », confesse-t-il.
Pour cette première tentative chez les seniors européens, l'expérience glanée au cours d'une carrière pro entamée en 2000, riche de plus d'une centaine de tournois sur l'European Tour et le Challenge Tour et de treize passages aux terribles Cartes européennes, ne lui a pourtant pas été d'un grand secours. « Je n'ai pas dormi de la nuit, je n'ai rien réussi à manger... c'était une horreur ! » s'en amuse-t-il aujourd'hui. Mais au terme d'un dernier tour maîtrisé, en dépit de trois bogeys concédés sur le milieu du retour, Anthony Grenier est parvenu à valider son objectif : faire partie des membres du circuit senior européen en 2026.
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Ce 20 janvier en Turquie, à la veille de devenir officiellement éligible à évoluer chez les seniors, le Landais s'est donc offert un magnifique cadeau d'anniversaire. « C'est une belle histoire qui commence, maintenant il va falloir l'écrire du mieux possible ! » sourit-il. Un nouveau chapitre s'ouvre pour ce professionnel chevronné, qui malgré la perte définitive de droits de jeu sur le Challenge Tour, fin 2011, n'a jamais fait une croix sur... le jeu. « Je n'ai jamais arrêté la compétition. Même si depuis des années je passe une bonne partie de mon temps à donner des leçons, j'ai toujours continué à jouer en tournoi », indique-t-il.
Entre deux leçons données sur le practice de Dax - structure qu'il a portée à bout de bras et dont la gestion est désormais assurée par la section Omnisports de l'U.S. Dax - et des parcours accompagnés, Anthony Grenier a effectivement toujours chéri la compétition. De Valescure à Roissy en passant par Mont-de-Marsan, Arcachon et les étapes du Challenge Tour en France, il est resté fidèle aux épreuves du Circuit français, cultivant avec soin une idée germée il a bien longtemps dans son esprit : « J'ai toujours gardé en tête cette pensée d'aller sur le Legends Tour. »
Visites à Victor
Pour entretenir ce rêve, encore fallait-il se donner les moyens de le réaliser. « J'ai la chance d'avoir des sponsors comme C&S Partners, Arkéa, Brazilandes, Eovest, Maisons & Services et mon ami Jean-Claude Forestier, qui ont cru en moi et m'ont aidé financièrement. Ils m'ont permis de m'entraîner sérieusement pendant cinq mois pour préparer ces Cartes », apprécie-t-il. « Grâce à eux, je vais pouvoir faire une saison complète en 2026 et bénéficier d'un cadet à l'année - un copain à moi. »
Toutefois, pour optimiser son entraînement, Anthony Grenier ne s'est pas contenté de vider les seaux de balles de son practice dacquois, mais est allé chercher conseil ailleurs. « Pendant cette période, j'ai fait trois allers-retours à Tenerife chez Victor Dubuisson », révèle-t-il. « Je ne lui ai rien demandé en particulier sur la technique, et de toute façon ce n'est pas à mon âge que je vais changer mon swing, mais je suis totalement à l'écoute de son analyse sur ce qu'il faut faire ou pas sur le parcours. Surtout en termes de stratégie, car il est très fort là-dessus. J'ai vraiment le sentiment d'apprendre beaucoup à ses côtés. »
Lors de ses sessions à l'académie d'entraînement de haut niveau que gère Victor Dubuisson à l'Abama Resort Tenerife, Anthony Grenier n'a ainsi pas hésité à prendre les conseils d'un joueur pourtant quinze ans plus jeune que lui ! « Il a quand même évolué au plus haut niveau avec les meilleurs caddies du monde, donc mes sept ans sur le Challenge Tour ne soutiennent pas la comparaison ! » rigole-t-il. « Ce serait bête de ne pas profiter d'un garçon qui a vécu tellement de choses folles, d'autant plus qu'il est avide de partager son expérience. »
Lever de rideau à Majorque
Fin prêt, Anthony Grenier n'a aujourd'hui plus qu'une hâte : se mesurer aux légendes du golf européen. La première échéance est d'ailleurs au programme de la semaine, puisque le Staysure Marbella Legends, de vendredi à dimanche, ouvre officiellement la saison. « Avec certainement l'un des plus gros champs de joueurs de l'année, donc ça va être top car je vais être dans le bain dès le début ! » se réjouit-il.
Sur les fairways de l'Aloha Golf Club, il retrouvera - outre les gloires du Vieux continent que sont Colin Montgomerie, José María Olazábal, Miguel Ángel Jiménez ou encore Thomas Bjørn - ses compatriotes Thomas Levet, Jean-François Remésy et Lionel Alexandre. Ce dernier, 17e de l'ordre du mérite la saison dernière, sera d'ailleurs l'exemple à suivre pour Anthony Grenier : « Je sais que ça va être une grande découverte pour moi, donc l'objectif premier est de garder la carte, c'est-à-dire finir l'année dans le top 20. Ça va être très dur, mais le jeu est bon, donc ça peut bien se passer », assure-t-il.
D'autant plus que, l'expérience aidant, le Dacquois saura mieux gérer un éventuel coup de pression lié à un début de tournoi prometteur : « La prochaine fois que je joue bien, le portable sera éteint et je l'allumerai le lundi ! » Des week-ends sans téléphone, voilà ce qu'on peut souhaiter au jeune senior !