Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Dames 2014 : L’apothéose pour tout un groupe

En 2014, l’équipe de France dames conquiert le cinquième titre européen de son histoire, mettant fin à une disette de 15 ans. Une victoire d’autant plus symbolique que la coach d’alors, Karine Mathiot, vivait sa dernière campagne continentale à la tête des Bleues.

Une coach ayant développé un lien très fort avec ses joueuses, qui s’apprête à tirer sa révérence ; un titre européen qui échappe aux Françaises depuis 15 ans ; un parcours slovène sur lequel, deux ans auparavant, Céline Boutier est devenue championne d’Europe individuelle en devançant Shannon Aubert… Se souvenir du titre continental de l’équipe de France dames en 2014, c’est faire naître la tentation d’accumuler a posteriori tous ces signes tendant à faire croire que "ça devait arriver". Alors oui, certes, c’est arrivé. Mais non sans une bataille de chaque instant, livrée par une équipe aussi soudée qu’affamée.

Au moment d’arriver à Ljubljana, Karine Mathiot, alias "Koachy", entame donc son dernier championnat d’Europe par équipes à la tête des Bleues, accompagnée notamment de Stéphanie Derrey comme capitaine et de Patricia Meunier-Lebouc en Team manager. Céline Boutier et Shannon Aubert sont donc de la partie, tout comme Alexandra Bonetti, elle aussi passée par la Slovénie en 2012. Emma Broze et Anaëlle Carnet se sont également étalonnées plus tôt dans la saison lors des Internationaux de Slovénie. L’escouade est complétée par Justine Dreher, déjà expérimentée en équipe de France dames.

« Tout ce groupe, ça faisait longtemps que je l’avais, se souvient Karine Mathiot. J’avais vraiment un lien fort avec les joueuses. » Shannon Aubert abonde : « Non seulement on connaissait bien le parcours, mais surtout, on se connaissait toutes depuis longtemps. »

Une qualif et des quarts tout en maîtrise

Preuve du bon fonctionnement de l’équipe sur le plan sportif comme sur le plan humain : dès le premier jour de qualification en stroke play, la meilleure carte est signée par la "petite nouvelle" Anaëlle Carnet, avec un 68 (-3). Shannon Aubert score aussi sous le par (70), aucune Française n’affiche un score supérieur à 74… la France est en place.

Emma Broze, Anaëlle Carnet et Alexandra Bonetti affichent fièrement leurs couleurs.

Lors du deuxième tour, les scores remontent légèrement, mais comme le phénomène ne touche pas (loin de là…) que les Françaises, celles-ci gagnent une place, pour finir quatrièmes et affronter l’Espagne en quart de finale. Sorties pas ces mêmes Ibères à ce stade de la compétition un an plus tôt, les Bleues prennent une belle revanche… ainsi qu’une belle douche venue d’un ciel capricieux.

Dans ces conditions rudes, Céline Boutier et Shannon Aubert, dans le premier foursome du matin, glanent sur le score de 3&2 la première victoire d’une longue série. Dans l’autre match, Emma Broze et Anaëlle Carnet sont malmenées (3 down après trois trous), mais remontent patiemment, avant de céder finalement au 22e.

Pas de panique dans le camp français : l’après-midi, Justine Dreher d’abord (au 18e), puis Emma Broze (1 up) et enfin Céline Boutier (3&2) sécurisent la qualification française. Déjà, la fraîcheur physique des Bleues se fait sentir sur la fin de journée. Et là encore, ce n’est que le début d’une série.

Dreher, deux fois décisive

Car à partir de la demi-finale, le parcours de l’équipe de France bascule entre une première phase pas parfaite mais savamment maîtrisée, et une phase où la solidité nerveuse sera le paramètre principal. Face aux Anglaises, les paires de foursome restent inchangées. L’invincibilité de Shannon Aubert et Céline Boutier se poursuit, cette fois sur le score de 4&2. « Tout le monde disait que le double n’était pas le point fort de Céline, souligne Shannon Aubert. Mais entre nous deux, ça se passait super bien. Je savais très bien ce que je pouvais lui dire, de manière à ne pas parler que de golf durant toute la partie. »

À ce stade, les deux joueuses mettent également au point une sorte de haka à la française, que le reste de l’équipe ne mettra pas longtemps à reproduire. « On a inventé tellement de trucs à travers les années », sourit Shannon Aubert lorsqu’on lui demande à quoi ledit haka pouvait bien ressembler.

L’équipe vit bien, joue bien, mais en face, l’Angleterre vend sa peau plus que chèrement. Vainqueurs du deuxième foursome face à Emma Broze et Anaëlle Carnet (3&2), les joueuses de l’Albion égalisent une nouvelle fois lors du deuxième simple, le premier ayant été plié magistralement par Emma Broze (6&5). Car là réside le principal changement par rapport à la veille : le déménagement de Justine Dreher en fin d’alignement.

« En tant que coach, durant toute ma carrière, j’ai toujours fait ce que je pensais être la meilleure chose, explique Karine Mathiot. Mais forcément, quand on est dans cette position-là, on a toujours des doutes sur la composition des doubles ou l’ordre des joueuses. Justine, je l’avais mise en dernière parce qu’elle était en forme, et qu’elle avait l’expérience. » Le score de parité après six matches (victoire de Boutier 2&1, et défaite de Bonetti au 18e) allait montrer la pertinence du choix.

« Justine était 1 down au départ du 17, narre Karine Mathiot. Elle a tapé son drive, puis elle m’a regardé en tapant du poing sur son cœur. C’est l’un de mes souvenirs les plus marquants. » Après ce drive, Dreher plante le poteau pour revenir à égalité, puis se contente d’un bogey sur le 18 pour dominer une adversaire sonnée. La France triomphe de l’Angleterre dans cette guerre de sang d’encre.

Comme si ça ne suffisait pas, la Finlande, adversaire des Bleues en finale, allait leur proposer un scénario tout aussi irrespirable. Dans le premier foursome, Shannon Aubert et Céline Boutier font passer l’addition à 6&5, tandis que dans le second, Emma Broze et Anaëlle Carnet se démènent comme d’habitude, mais sans parvenir à gagner (défaite 2&1).

3Comme le nombre de victoires en foursome de la paire Céline Boutier - Shannon Aubert... en trois matches.

Certes, l’après-midi, Emma Broze (1 up) et Céline Boutier (3&2) donnent un point d’avance aux Françaises, Alexandra Bonetti s’étant inclinée 3&1. Mais dans le même temps, Shannon Aubert voit son match partir au-delà du 18, tandis que Justine Dreher est 3 down au départ du 13. Autrement dit, il ne manque pas grand-chose pour que les choses tournent mal.

Une nouvelle fois, le salut va venir de Justine Dreher. Après avoir gommé son déficit en l’espace de quatre trous, elle sert la même chorégraphie que la veille en direction de sa coach sur le départ du 17, avec le même résultat : un trou gagné pour passer 1 up, puis un par sur le 18 pour sceller l’affaire.

« Pouvoir gagner un titre comme ça avec des copines, c’était incroyable. »

« J’ai pleuré, avoue Karine Mathiot. J’ai ressenti un immense soulagement. Et aussi, à la fois une grande puissance et une grande faiblesse. Dans l’instant, tu gagnes, mais tu te dis aussi "Voilà, le tournoi est fini". »

« C’était le top du top, livre Shannon Aubert. J’avais commencé à jouer en équipe de France à l’âge de 12 ans. Pouvoir gagner un titre comme ça avec des copines, c’était incroyable. »

L’aventure de Karine Mathiot à la tête de l’équipe de France s’est poursuivie jusqu’à la fin de cette saison 2014, mais ce titre européen fait forcément figure d’apothéose. Y compris comparé à d’autres succès rencontrés depuis par "Koachy" avec son équipe de Palmola. « C’est forcément très particulier, confie-t-elle. On vit ça avec des gens en particulier, donc forcément, on ne peut pas le reproduire. » Sur sa page facebook, la coach a mis en couverture la photo de l’équipe de France victorieuse dès le 14 juillet 2014, surlendemain de la victoire. Volonté ou pas, toujours est-il que cette couverture n’a jamais changé depuis. 

Toutes les victoires s'arrosent.

Par William LECOQ
13 juillet 2020