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Thomas Linard, sa vie sur le Challenge Tour

Fin janvier, en Afrique du Sud, Thomas Linard devrait entamer sa sixième saison sur la deuxième division européenne. Comment organise-t-il son année, ses déplacements, son hébergement, son staff ? Combien gagne-t-il à l’issue d’un tournoi ? Le Berruyer, présent sur le Tour européen en 2016, répond à toutes ces questions.  

Thomas Linard avec, en arrière plan, son caddie occasionnel, Christophe Angiolini Alexis Orloff / ffgolf
30 janv. -
2 févr.
LIMPOPO CHAMPIONSHIP
LIEU : Euphoria GC, Koro Creek GC, Afrique du Sud
CIRCUIT : Challenge Tour

Pour Thomas Linard, 2019 fut tout sauf « une bonne saison. »  Aucun top 10, trois tops 15 seulement avec comme meilleur résultat une onzième place au Vaudreuil le 14 juillet dernier. Bilan des courses, en finissant 72e de la Road to Mallorca, le Berruyer a dû se résoudre à passer par les Cartes européennes (PQ2 puis PQ3) pour améliorer sa catégorie en 2020. Un cut franchi après quatre tours mi-novembre à Lumine (Espagne) aux PQ3 lui a finalement permis de retrouver un peu plus le moral. Il bénéficiera dans quelques semaines d’un droit de jeu complet sur le Challenge Tour.
« J’ai traversé une mauvaise période entre juillet et août, explique-t-il, confortablement installé dans le canapé du club-house au Tremblay-sur-Mauldre (78) où il a ses habitudes. J’étais proche du burnout. Je pense que 2019 a été une des saisons les plus compliquées de ma carrière pro. Il ne s’est rien passé. Heureusement, j’ai repris le travail mental avec mon psy, Yvon Come, et ça m’a fait beaucoup de bien… Le dernier mois golfique a été pour moi une bouffée d’oxygène. Cela m’a aussi redonné confiance. »

Contrairement aux années précédentes, la reprise sur le Challenge Tour s’effectuera le 30 janvier, en Afrique du Sud. Pour trois tournois co-sanctionnés avec le Sunshine Tour. Le moment était donc tout trouvé pour lui demander comment il appréhendait son statut de golfeur de haut niveau dans l’antichambre de l’élite européenne où, tout le monde le sait, il n’est jamais simple de vivre de sa passion. 

L’élaboration du calendrier
« Pour être totalement honnête, c’est la première fois que je me penche aussi sérieusement sur mon calendrier. Je l’ai finalisé lundi (16 décembre). Avant, j’analysais les tournois où je me sentais bien et ceux où j’avais un peu plus de mal et j’y allais un peu au coup par coup. Tout était plus ou moins pensé par rapport aux gains que j’allais décrocher sur le Circuit. A la forme du moment, aussi. Là, j’ai vraiment planifié ma saison. C’est cadré dans ma tête. Trop jouer en tournois, on perd en qualité de jeu. Donc, je vais éviter les enchaînements trop importants. Je ferai des séries de quatre ou cinq tournois et ensuite j’effectuerai un break d’une semaine. Je profiterai alors de ma famille, d’autant plus que je suis papa maintenant. Durant ce moment de repos, je peaufinerai également deux-trois choses sur le plan technique qui ne m’ont pas plu en compétition. Je serai selon toute vraisemblance en Afrique du Sud à la fin janvier, et ce jusqu’au 16 février. Comme ces trois tournois sont co-sanctionnés avec le Sunshine Tour, je ne pense pas que tous les joueurs du Challenge Tour entreront dans le champ. » 

Le budget
« Il sera plus important en 2020, car je vais avoir d’autres intervenants dans mon staff. Je vais m’entourer d’un coach physique et d’un kiné, en plus d’Yvon, mon psy, et de mon coach, Benoit Willemart, avec qui je m’entends super bien. Les deux premiers postes, je ne les ai pas définitivement arrêtés. Je me laisse encore un peu de temps. Ce budget pour toute la saison sera de l’ordre de 50 000 à 80 000 euros. Cela englobe le mental, le technique, le physique, le kiné, les déplacements avec hôtels et locations de voitures. Et le caddie si le budget me le permet et que les résultats sont au rendez-vous. Membre de la Team Saint-Laurent (Ndlr, avec Benjamin Hébert, Victor Perez et Matthieu Pavon), je bénéficie d’un soutien financier. Maxime Demory, le manager de la Team, qui est aussi mon manager, m’aide dans l’approche de la saison, notamment en termes de gestion. La Team Saint-Laurent n’est pas seulement un sponsor argent, c’est bien plus que cela. » 

Les déplacements
« C’est moi qui gère ! J’ai un ami, qui était propriétaire d’une agence de voyages, qui m’aide aussi dans ce domaine, notamment pour les vols. Mais les locations de voiture, c’est moi, même chose pour les réservations d’hôtels. Je me déplace le plus souvent en avion mais il m’arrive de faire des déplacements en voiture. C’est le cas pour la Belgique, la Suisse et la France. Pour jouer le Hopps Provence, j’ai fait le voyage en avion. C’était à sept heures de route de chez moi. A chaque fois que je prends l’avion, c’est en classe éco. La seule exception, ça reste la Chine. Certes, on n’y est pas encore (Ndlr, les deux tournois sont programmés entre les 15 et 25 octobre) mais j’y ai déjà réfléchi. On pourrait se permettre de payer un billet en business. C’est un voyage de 12 heures, c’est assez fatiguant. Bref, si ce n’est pas trop cher, on pourra peut-être s’offrir la Business. » 

L’hébergement
« On peut descendre dans un 5 étoiles en Espagne mais qui est l’équivalent d’un deux étoiles en France. Les restrictions sont différentes par rapport au pays où l’on se trouve. Après, je peux partager des appartements ou des maisons. Avec Airbnb, c’est beaucoup plus pratique. Quand c’est le cas, j’ai l’habitude d’avoir comme colocataires des garçons comme Robin Sciot-Siegrist (Ndlr, 8e des Cartes et qui jouera une bonne partie de la saison sur le Tour européen), José Filipe Lima, Damien Perrier… Ce sont des personnes que j’apprécie beaucoup. Et puis parfois, j’aime bien être seul. Je dérange personne et personne ne me dérange. » 

Le caddie
« Je n’ai pas de caddie attitré. Quand j’ai besoin, j’appelle Christophe Angiolini (Ndlr, ancien caddie de Jean Van de Velde). Je l’apprécie beaucoup mais je n’ai pas le budget pour l’avoir à plein temps. C’est donc à chaque fois des one shoot. Ou alors je demande l’aide d’un caddie local. Ou alors je tire moi-même le chariot électrique. Comme ce fut le cas au Vaudreuil cet été. Amener son caddie sur un tournoi, ça peut coûter très cher. Il faut payer la moitié du billet d’avion. Pour mon déplacement à Maurice sur le Tour européen (Ndlr, il a pris la 33e place finale de l’AfrAsia Bank Mauritius Open), où j’ai bénéficié d’une invitation grâce à Benjamin Hébert et Maxime Demory, j’ai eu sur le sac un « local ». Sa particularité était qu’il ne parlait pas. Si je n’engageais pas la parole, je n’entendais pas le son de sa voix. Il est maçon de profession. Il n’est pas golfeur et ne connaissait pas le parcours de Bel Ombre. Mais il a fait parfaitement le job. Il était là quand j’avais besoin de lui. Il était très gentil. On l’avait tellement briffé qu’il avait peur de marcher sur les greens pour enlever les drapeaux. En termes de rémunération, avec un caddie local, il n’y a pas de pourcentage. De manière générale c’est un montant minimum, un prix à la journée fixé par l’European Tour. Pour Maurice, c’était 40 euros. En Europe, c’est le Challenge Tour qui fixe les tarifs. Il n’y a qu’avec Christophe que ça change. Le budget est décidé en amont. Pour une victoire, le caddie prend entre 10 et 12 % des gains. Pour le reste, c’est entre 8 et 10 %. » 

Les dotations
« Tout dépend de la dotation globale du tournoi. Si je gagne par exemple 10 000 euros dans un tournoi en Espagne, je vais être taxé à 18 %. En Italie, ce sera 35 %. Là-dessus, il faut payer le caddie si on en a un, il faut payer l’hébergement… Une semaine sur le Challenge Tour sans caddie, ça me coûte 1 500 euros. En France, on est taxé à 50 %. Chaque semaine, je dois donc faire attention à ce que je dépense. Même chose dans la vie de tous les jours. Cette année, j’ai perdu de l’argent. » 

La chose la plus difficile à gérer sur le Challenge Tour ?
« Faire de très bonnes semaines de jeu et voir en même temps qu’on ne gagne pas beaucoup d’argent. On peut très bien jouer, finir quinzième et empocher 2 500 euros. Quand on voit combien ça nous coûte, il ne nous reste pas grand-chose à la sortie. Au niveau moral, il faut par conséquent être plutôt béton. Moi, ce qui me pousse, c’est la passion du golf. J’ai toujours envie de faire mieux. Quand on connaît des périodes difficiles, il faut être bien entouré. J’ai cette chance avec ma compagne et ma petite fille… » 

La chose la plus sympa quand on est sur le Challenge Tour ?
« Le fait qu’il y ait beaucoup de Français, des joueurs qui nous poussent vers le haut. Et puis c’est toujours agréable d’évoluer sur de beaux parcours, même si ce n’est pas toujours le cas. J’ai la chance de faire un beau métier. Pour moi, c’est le plus beau métier du monde. »


Par Lionel VELLA
19 décembre 2019