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Jean-Baptiste Gonnet : « Tant que je garde la carte, je continue »

En possession d’une catégorie 17 sur le DP World Tour 2022, Jean-Baptiste Gonnet ne pourra disputer qu’une quinzaine de tournois. Mais sa motivation, à presque 40 ans, demeure toujours intacte, malgré des soucis récurrents au pied droit. Interview vérité.

JB Gonnet au Mallorca Golf Open où il a pris la 26e place finale... Son dernier tournoi sur le Tour en 2021 Andrew Redington / Getty Images Europe - AFP

En fin de semaine dernière, vous étiez encore dans le champ du Joburg Open, premier tournoi de la saison 2021-22 du DP World Tour. Vous ne l’êtes plus. Pour quelle raison ?
J’ai de l’arthrose au pied droit et je ne peux pas marcher. C’est un vrai souci. Je viens d’avoir 39 ans (le 28 septembre dernier). L’âge avançant, on a des maux qu’on n’avait pas auparavant. Cette blessure est franchement embêtante car elle ne m’handicape pas pour jouer. En revanche, ça fait un mal de chien quand on marche. Là, je m’entraîne et je joue en voiturette. Aujourd’hui, faire quatre jours ou cinq jours de suite en marchant, c’est une souffrance. Le soir, je pose obligatoirement de la glace sur le pied, je fais des massages… C’est compliqué ! 

Votre semelle orthopédique ne vous suffit-elle plus ?
J’ai vu mon ostéo jeudi dernier (18 novembre). Il n’y a pas d’amélioration. Je vais devoir traiter et refaire des semelles avec plus de correction accompagnée sans doute d’une 4e infiltration… Je me suis retiré du Joburg Open mais il faut absolument que je sois remis d’aplomb pour le début de saison, qui interviendra pour moi très vraisemblablement au Qatar (Ndlr, semaine du 10 février 2022). Il faut que d’ici-là, ce soit supportable. Il y a deux ans, sur l’Alps Tour, j’avais dû finir en basket tellement j’avais mal… Mais bon, c’est comme ça. Une semaine en Afrique du Sud avec 15 heures de vol à l’aller et autant au retour à 50 % physiquement, c’est dangereux.  

Avec l’arrivée du DP World Tour, tous les tournois seront au minimum à deux millions de dollars. Mais il est clair que les tournois à 4 ou 5 millions de dollars, ce ne sera pas pour nous.

En 2021, vous avez disputé quinze tournois, franchi neuf cuts avant de finir 165e de la Race. Savez-vous combien de tournois vous pourrez jouer en 2022 ?
Je dirais entre dix et quinze. On s’est fait un peu enfumer par le Tour européen car on a été la seule catégorie, celle venant des Cartes européennes, à ne pas avoir été protégée. Contrairement aux catégories juste au-dessus de la nôtre, c’est-à-dire jusqu’à la catégorie 16. Mais bon, c’est comme ça. Il faut juste mieux jouer. C’est tout. Le problème avec une catégorie 17, c’est qu’on ne va jouer aucun gros tournois. En 2021, je n’en ai joué qu’un seul, à savoir l’Italie, car j’avais été bien re-ranké. Objectivement, j’ai fait une assez bonne saison par rapport à ma catégorie, mais je n’ai pris part qu’à des tournois à 1 million d’euros de dotation. Avec l’arrivée du DP World Tour, tous les tournois seront au minimum à deux millions de dollars. Mais il est clair que les tournois à 4 ou 5 millions de dollars, ce ne sera pas pour nous. Cela va toutefois me permettre de jouer encore en 2022 car dans une année classique, j’aurais perdu ma carte. Je rentrerai à chaque fois au dernier moment dans le champ des tournois. J’en ai conscience ! 

On vous sent un peu fataliste…
En arrivant sur le Tour en 2007, quand vous sortiez des cartes européennes, vous étiez assuré de jouer tous les tournois. On jouait Abu Dhabi, Dubaï… Là, ce n’est même pas la peine d’y penser. Abu Dhabi aujourd’hui, tu es 90e réserve ! Ce n’est même pas dit qu’un garçon comme Victor (Dubuisson), qui a fini 111e de la Race, puisse rentrer à Abu Dhabi en janvier prochain… C’est ça qui est un peu fou. 

Il n’y a pas si longtemps, on prenait des amendes en se scratchant deux-trois jours avant. Maintenant, on n’en prend plus…

Vous auriez pu prendre le départ du AVIV Dubaï Championship il y a quinze jours. Mais cela ne s’est pas fait. Pourquoi ?
On m’a appelé mercredi matin en me demandant si je voulais prendre le départ le lendemain. Cela aurait été à Madrid ou en Italie, j’y serais allé. Mais là, pour Dubaï, le mercredi matin, c’était difficile. J’ai reçu un texto de l’European Tour à la clôture du tournoi, c’est-à-dire une semaine avant. Je suis alors 26e réserve. Je me dis alors que je n’ai aucune chance qu’il y a 26 mecs qui se scratchent. 26, c’est énorme. A la rigueur, 10, j’ai peut-être une chance. Mais 26, je ne prévois rien. Et la veille du début du tournoi à Dubaï, où il faut quand même plus six heures de vol pour y aller, sans avoir la moindre chance d’effectuer une reconnaissance du parcours, on vous dit que vous entrez dans le champ. Là, il y a franchement un problème puisque l’on peut désormais se scratcher à tout moment, sans écoper de la moindre amende. On reste inscrit à tous les tournois et deux jours avant, on décide finalement de se retirer. Il n’y a pas si longtemps, on prenait des amendes en se scratchant deux-trois jours avant. Maintenant, on n’en prend plus… 

Envisagez-vous d’évoluer aussi sur le Challenge Tour en 2022 ?
Je ne sais pas. J’ai une activité annexe que j’aimerais développer aussi (Academy JB Gonnet à Valbonne). C’est dur de faire les deux en même temps. Si j’ai des opportunités, car j’ai une catégorie pour tout jouer sur le Challenge Tour, avec des dotations, parait-il, un peu plus élevées, il faudra y réfléchir. Et puis tout ça dépendra aussi de mes premiers résultats sur le Tour. Si je fais un bon début de saison, que ça se passe bien… Mais je ne ferme pas la porte du Challenge Tour…

C’est de plus en plus difficile aujourd’hui de performer après 40 ans, sauf quand on s’appelle Phil Mickelson ou Richard Bland.

Bénéficiez-vous toujours de l’aide de votre ami et mécène, Magnus Konow ?
Oui, bien sûr. Heureusement d’ailleurs sinon je n’aurais pas l’argent et je ne jouerais pas. Une saison, ça coûte très cher et il y n’a plus autant d’argent à gagner qu’avant. Cette année, j’ai gagné 100 000 euros. Avant le Covid, ça aurait été le double. Sur ces 100 000 euros, et après les taxes à la source, il reste 75 000 euros. Une saison, ça coûte 120 000. C’est donc 50 000 de ta poche. Les dotations ne sont plus les mêmes. Mais heureusement, avec le DP World Tour, ça va changer. C’est génial tous ces tournois (Ndlr, 48 au calendrier du 24 novembre 2021). Qu’il y ait de l’engouement autour du Tour, c’est fantastique. Mais il n’y aura plus la place pour tout le monde, ce qui est aussi normal. 

Jusqu’à quand vous voyez-vous jouer au plus haut niveau ?
Tant que je garde la carte, je continue... Tant que j’ai une catégorie, j’y vais. Après, le golf est un sport si particulier. Regardez Richard Bland. Je l’ai vu en Autriche en début d’année, il n’avait pas passé le cut, il se battait dans le froid au practice… Et d’un seul coup, il se met à bien jouer. Il gagne le British Masters, il se retrouve en tête de l’US Open et dispute la finale de la Race dans la foulée. Cela va super vite. On sait tous jouer comme il faut au golf, il suffit de prendre la confiance autour et sur les greens. On peut très bien réaliser une super saison.
Mais il ne faut pas se leurrer. C’est de plus en plus difficile aujourd’hui de performer après 40 ans, sauf quand on s’appelle Phil Mickelson ou Richard Bland, justement… On a beau dire ce que l’on veut, le golf de haut niveau à 43-44 ans, aujourd’hui, on est foutu… Quand je suis arrivé sur le Tour, on disait que la maturité golfique était à 35 ans. Aujourd’hui, elle est à 25 ans. Ce n’est pas facile de concurrencer ces gars-là, ceux qui gagnent à 20 ans comme les jumeaux Hojgaard par exemple. Quand vous êtes au départ du 4e tour, vous n’êtes pas aussi frais qu’un mec qui a 25 ans. Il n’y a pas de débat. Pour moi, l’aspect mental a beaucoup joué. Le stress mental me fatigue physiquement. J’ai souvent mal joué le week-end (Ndlr, sauf au Kenya où il a terminé 5e) car j’étais crevé nerveusement, donc physiquement. C’est très difficile d’enchaîner cinq ou six tournois sur quatre jours quand tu as 40 ans.


Par Lionel VELLA
24 novembre 2021