La vie d'après

Que deviennent les joueurs professionnels, hommes et femmes confondus, quand ils décident de raccrocher les clubs après une carrière bien remplie ? Reconversion, plan de carrière mais aussi retour sur leur vie d'avant, vous saurez tout sur nos anciens champions...

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Marion Ricordeau : « J’ai été réceptionniste dans un hôtel à Etretat »

Quatre ans après avoir raccroché, Marion Ricordeau vit une reconversion heureuse au golf d’Etretat auprès de son mari qui fut son caddie durant sa période professionnelle. Et de son passage parfois douloureux aux Etats-Unis entre 2016 et 2017 sur le LPGA Tour et le Epson Tour (ex-Symetra Tour), elle a décidé de ne conserver que les bons souvenirs.

Championne du monde universitaire en 2008, Marion Ricordeau, 35 ans aujourd’hui, s’est aussi imposée sur le LETAS à Terre Blanche en 2012 ou encore au Grand Prix PGA Schweppes 2014 et 2015. Celle qui est toujours licenciée au golf de l’Ailette (02) n’a en revanche jamais gagné sur le Ladies European Tour (LET). « Je n’ai aucun regret par rapport à ça » souffle-t-elle dans sa bonne humeur communicative. La positive attitude.Toujours… 

Que faites-vous depuis que vous avez mis fin à votre carrière professionnelle après le Lacoste Ladies Open de France 2018 ?
J’ai eu trois jobs ! D’abord, pour commencer, je suis redevenue joueuse amateure. Pour pouvoir toujours avoir cet esprit de compétition mais sans la pression. Quand j’ai arrêté, je n’avais pas forcément de projet mais mon compagnon (Ndlr, Iñigo Ceballos Ibanez), qui était aussi mon caddie et qui est devenu depuis mon mari, se formait pour devenir directeur de golf. Alors qu’il achevait sa formation durant l’hiver 2018-19, j’ai travaillé en intérim pendant quelques mois dans un golf près de Compiègne (60), au Château d’Humières, et ce jusqu’à ce qu’il trouve du boulot au golf d’Etretat (76) à partir de mars 2019.  

Avez-vous trouvé tout de suite du travail au golf d’Etretat ?
Non. Je trouvais intéressant de faire un métier en parallèle de ce que faisait mon mari. J’ai ainsi été réceptionniste dans un hôtel à Etretat, là aussi pendant quelques mois. Au Domaine Saint Clair. Ce fut une expérience très intéressante. J’ai découvert un métier que je ne connaissais pas du tout. Cela m’a aussi permis de changer de comportement en tant que cliente dans un hôtel ou un restaurant… Quand on est réceptionniste, on est un peu le souffre-douleur des clients quand il y a quelque chose qui ne va pas. Mon approche vis-à-vis du personnel dans l’hôtellerie a totalement changé depuis. Je les respectais beaucoup avant et encore un peu plus aujourd’hui (rires). C’est un métier très difficile, avec des horaires un peu compliqués car je faisais une fois les jours, une fois les nuits… Avec le golf, je ne me couchais jamais vraiment tard et tout cela m’a un peu déréglé. J’ai tenu donc un peu moins d’un an, juste avant le premier confinement. Et un job s’est libéré au golf d’Etretat en juillet 2020.

Je suis assistante de direction. Mais en gros, je m’occupe de l’accueil, comme tout le monde dans un golf. On est tous multi-tâches. A l’exception du directeur.

En quoi consiste aujourd’hui votre métier ?
Je suis assistante de direction. Mais en gros, je m’occupe de l’accueil, comme tout le monde dans un golf. A l’exception du directeur. On est tous multi-tâches. Et je me suis spécialisée dans tout ce qui se réfère aux tours opérateurs, notamment les groupes de golfeurs qui viennent faire un séjour… On a aussi un pro-shop important, bien fourni, et ce commerce là me plait aussi beaucoup. A priori, je me débrouille pas mal, donc je suis contente (rires). On a en majorité de la clientèle qui vient du Bénélux et d’Allemagne. On a aussi des Américains, grâce à des croisières qui effectuent des stops au port du Havre. On a donc tous les mercredis des petits groupes d’une dizaine de personnes. Cela fait voyager. C’est sympa. 

Quel est aujourd’hui votre plan de carrière ?
Mon mari a sacrifié sa vie pendant huit ans pour moi en tant que caddie. Alors quand j’ai arrêté, je lui ai dit : « C’est ton tour et moi je te suis ! » Directeur de golf, c’est son projet. Pas le mien. Mais où qu’il aille, je le suivrai. Il s’éclate à Etretat mais on est un peu des nomades et rester au même endroit trop longtemps, ça nous parait compliqué. Donc, un jour, on partira et c’est lui qui guidera la suite de nos projets. Et je m’adapterai. Je suis très heureuse de l’accompagner et de travailler pour lui quand il en éprouve le besoin. J’aime bien cet équilibre que l’on a ensemble. 

Auriez-vous pu choisir de rester un peu plus près encore dans le milieu du golf, comme coach par exemple ?
J’aurais pu effectivement car on avait des passerelles pour devenir enseignant sans que cela prenne trois ans de formation. La Fédération française de golf (FFG) le proposait mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. De temps en temps, j’accompagne le pro de notre club, Romain Lepage, avec les enfants. Très occasionnellement avec l’équipe. J’adore leur faire découvrir plein de choses, mais le faire à plein temps, non !  

Et épouser un rôle de consultante à la télévision, comme Sophie Giquel-Bettan par exemple sur Golf + ?
Je n’ai pas été approchée mais cela fait deux ans que je le fais pour la FFG dans le cadre de la Golfers’. J’aime beaucoup ça. Mais aussi parce que c’est occasionnel. Je m’éclate mais je ne sais pas si j’aurais autant d’énergie et de passion à le faire de façon régulière… 

Continuez-vous à jouer au golf dans les Pro-Am par exemple ?
Je joue quelques compétitions fédérales. J’ai fait un Grand Prix depuis le début de l’année puis les divisions il y a quinze jours. Je me suis inscrite au Championnat de France dames le mois prochain à Granville (50). J’ai envie de jouer, et de temps en temps j’arrive à bien taper la balle. C’est assez sympa… Je m’entraîne très peu et les compétitions sont mes seuls entraînements finalement. Je ne prends pas trop le temps. Quand on travaille dans un golf, et quand on a fini sa journée de boulot, on n’a pas forcément envie de faire encore trois ou quatre heures… 

Je suis contente d’avoir fait ce que j’ai fait, même si les résultats n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais au départ.

En quelle division évolue l’équipe d’Etretat ?
Je ne joue pas pour Etretat (rires). Je continue à jouer pour mon club, le golf de l’Ailette (02). Je suis toujours licenciée et membre là-bas. En dames, on est en troisième division. Et en mid-amateur que je joue fin juin, on est en deuxième division. On est montées l’année dernière. Le niveau va être plus élevé… 

La décision d’arrêter le haut niveau a-t-elle été facile à prendre ?
Cela faisait un petit moment que ça me travaillait. Cela s’est décidé sur un coup de tête à l’Open de France 2018 (au golf du Médoc). J’ai fait un bon tournoi car je me suis retrouvée deuxième après 54 trous (Ndlr, à un point de la tête avant de prendre la 15e place finale). Le dernier tour a été en revanche plus compliqué. J’ai mal démarré, mais il y avait beaucoup de monde sur le golf, les gens se sont enthousiasmés pour moi. Ils avaient de la peine que je joue mal au début et j’ai ressenti là une quantité d’émotion incroyable. J’ai dit à Iñigo en fin de partie : « Je pense que je ne ressentirai plus jamais ça, donc il faut que je m’arrête maintenant ! » J’étais vraiment heureuse et ce fut la fin. 

Quand vous vous retournez sur votre carrière, quel est le plus grand regret qui vous anime ?
Je n’ai pas vraiment de regret. Je pense que si j’avais mieux compris comment je fonctionnais, j’aurais peut-être fait quelque chose différemment. Je suis contente d’avoir fait ce que j’ai fait, même si les résultats n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais au départ. Avec le recul, je me dis que ce n’était pas si mal. J’ai fait ce que je pouvais avec mes armes. J’ai appris à me connaître un peu mieux au moment où j’ai arrêté. Cela m’aide beaucoup plus pour ma vie aujourd’hui. Du coup, je prends des décisions plus facilement… 

Le rêve américain est génial, évoluer sur le LPGA, c’est extraordinaire, mais végéter sur la deuxième divisions US, d’autant plus pour une Européenne, je ne le conseillerais pas.

Que retenez-vous en priorité de cette période, notamment votre expérience aux Etats-Unis, à la fois sur le Symetra Tour (aujourd’hui Epson Tour) et sur le LPGA Tour ?
Je n’ai plus trop de mauvais souvenirs. Avec le temps, le cerveau est assez fort pour faire le tri. Il n’a gardé que les bons moments et les petites anecdotes (rires). Je n’encouragerais pas de jeunes joueuses à vivoter sur le Symetra… Le rêve américain est génial, évoluer sur le LPGA, c’est extraordinaire, mais végéter sur la deuxième divisions US, d’autant plus pour une Européenne, je ne le conseillerais pas. Pour les Américaines, qui y sont depuis huit ans, elles sont chez elles. C’est facile. Pour une Européenne, être moyenne sur le Symetra, c’est trop dur. Emotionnellement et physiquement. On est loin de tout. A moins de s’expatrier là-bas et d’y rester, c’est compliqué. Le LPGA, ça vaut le coup car on joue toutes les semaines des parcours dingues, l’organisation est folle et, en plus, on est confronté aux meilleures joueuses mondiales. On est tiré vers le haut en permanence. 

Vous avez gagné sur le LETAS mais pas sur le LET, est-ce une grosse déception pour vous ?
Ce n’est pas grave. J’ai fait du mieux que je pouvais. J’ai fini une fois deuxième, en Chine (Ndlr, Xiamen International Ladies Open), et la première était une amateure, j’ai donc pris le chèque de la vainqueur. Je n’ai jamais gagné mais ce n’est pas quelque chose qui m’a manqué quelque part. Gagner, ça vous fait changer de statut et je pense qu’il faut le vivre. J’ai fini deuxième sur le Symetra, deuxième sur le LET. Je ne sais pas si je suis une sorte de Poulidor mais je n’ai aucun regret par rapport à ça. 

Quelle joueuse vous a le plus impressionné ?
Il y a une fille qui a clairement donné une impulsion à ma carrière. C’est la Sud-Coréenne So-Yeon Ryu. J’étais avec elle au British à Liverpool (en 2012). Elle était à l’époque 4e mondiale et moi j’avais fini 27e du LET. Les trente premières du circuit européen étaient qualifiées. J’étais l’une des plus mauvaises joueuses du champ et je me suis retrouvée avec elle pour les deux premiers tours. Avec l’a priori qu’on a en France sur les Coréennes, on se dit : « Ça ne va pas être drôle, ceci, cela… » Au contraire, elle a été d’une gentillesse incroyable, elle m’a posé énormément de question, alors qu’elle était plus jeune que moi. Et évidemment, elle possédait un niveau golfique incroyable. Je n’avais jamais vu ça. Et quand je l’ai vu jouer, je me suis dit : « Je veux être comme elle quand je serai grande ! » Elle m’a bluffé. J’ai passé deux jours à la regarder pendant les deux tours de stroke. Je n’ai pas passé le cut, pas de beaucoup mais quand même… (rires). Et puis les deux jours suivants, je suis allée la voir s’entraîner. C’est grâce ou à cause d’elle, je n’en sais rien, que j’ai décidé de partir jouer aux Etats-Unis. Elle a donc eu un sacré impact sur mes choix de vie et de jeu. 

Et si c’était à refaire ?
Je repartirai aux Etats-Unis. J’aurais aimé mieux me connaître quand je suis partie là-bas… Mais finalement, si je devais le refaire, je le referai de la même façon. En tout cas, je ne regrette pas de l’avoir fait. 


Par Lionel VELLA
10 mai 2022