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Jean-François Remésy, la passion chevillée au corps

Auteur d’une saison 2019 remarquable sur le Staysure Tour forte d’une victoire et de cinq tops 3, le Nîmois, gonflé à bloc, sera à Marrakech fin janvier pour l’étape marocaine du très puissant Champions Tour, le circuit US des plus de 50 ans.

Début en fanfare en 2020 pour Jean-François Remésy, présent sur le Champions Tour à la fin du mois Alexis Orloff / ffgolf
30 janv. -
1 févr.
MOROCCO CHAMPIONS
LIEU : Samanah Golf Club, Maroc
CIRCUIT : PGA Tour Champions

Il a bouclé son année 2019 sur un énorme coup de colère. Le 15 décembre dernier, au MCB Tour Championship Mauritius, finale du Staysure Tour, Jean-François Remésy a en effet quelque peu « pété » les plombs. Auteur d’un ultime tour difficile bouclé avec une carte de  73 (+1), l’obligeant à rétrograder au leaderboard de la première à la troisième place finale, le Nîmois n’a pu contenir son énorme déception. « Je suis en colère après moi, soulignait-il alors à notre confrère du Figaro. J’avais une opportunité de victoire et je n’ai pas su la saisir. C’est de ma faute… Je suis dégoûté. J’ai envie de me casser un bras pour avoir une bonne raison d’arrêter le golf. Là, à chaud, je sais juste vous dire que je n’en peux plus. Je prends ma retraite. C’est fini. J’arrête le golf ! »

Noël avec son petit-fils 

Il est comme ça Jeff. Entier, généreux, survolté et tellement exigeant avec lui-même. Pourtant, après une nuit à ressasser cette dernière journée cauchemardesque, l’envie de revenir plus fort avait pris le dessus. Les mots, durs à l’évidence, ont clairement dépassé sa pensée. Il aime trop le golf pour tirer sa révérence de cette façon. Après des fêtes de Noël passées en famille auprès de sa mère, de sa compagne, de son fils et de son petit-fils, le double vainqueur de l’Open de France (2004 et 2005) est reparti « au boulot ». « En fait, je ne me suis pratiquement pas arrêté », corrige-t-il à l’autre bout du téléphone, depuis Marbella, dans le sud de l’Espagne. 

« J’ai dû vouloir m’arrêter 25 fois dans ma carrière… » 

Ses déclarations malheureuses à Maurice ? Oubliées. Forcément ! Sa carrière – longue et riche – est jalonnée de ces quelques « dérapages » qui ont façonné le personnage.
« J’ai un tel potentiel qui est en train de se mettre en place et qui fait que ma frustration devient de plus en plus violente, analyse-t-il, doucement. Je fonctionne comme ça. Je n’ai pas envie de prendre des cachets pour empêcher ça. Je sais qui je suis. J’ai dû vouloir m’arrêter 25 fois dans ma carrière, peut-être même 30 fois. Je ne sais plus… Et puis deux jours après, je suis au practice. 2019 a été une grosse saison, j’ai été dans le coup plusieurs fois. Là, quand mon putting me lâche, je ne gagne pas. A Maurice, j’avais un fond de jeu tellement bon que j’avais de quoi m’imposer largement. Et je ne l’ai pas fait. Il y a eu le décès d’un ami qui m’a fortement affecté, j’ai eu une saison longue, avec beaucoup de travail, beaucoup d’investissement. Je sentais que mon potentiel était en progression constante, semaine après semaine… Cela me donne des perspectives tellement fortes que je n’ai qu’une envie, celle d’être devant. » 

A 55 ans, il touche au but 

Avant de poursuivre, plus posé que jamais :
« La frustration est aussi forte que cette vision qui laisse penser que j’ai encore de superbes années devant moi. Mon jeu est passé à autre chose. Ma frappe de balle est meilleure encore… Est-ce que ça va me permettre d’avoir des résultats ? Je n’en sais rien. En tout cas, j’ai un énorme plaisir à jouer au golf, à taper des balles… A 55 ans, je suis en train de toucher du doigt ce que je recherche depuis si longtemps. Je suis si heureux et extrêmement surpris de ça. Mais l’humilité m’oblige aussi à rester très prudent avec ce jeu, car j’ai tout connu avec ce sport. L’extrême bonheur de gagner des gros tournois, mais j’ai connu aussi beaucoup de frustration, j’ai perdu des tournois avec plus ou moins de pression… » 

Un fond de jeu très solide 

Fort d’un exercice 2019 pleinement réussi sur le Tour européen des plus de 50 ans (une victoire au Farmfoods European Legends Links Championship, trois deuxièmes places, deux troisièmes places, une quatrième place finale à l’Ordre du mérite avec 2136,9 points), Jean-François Remésy attend donc avec impatience de repartir au combat.
« Depuis que je suis chez les + de 50 ans, 2019 est incontestablement ma meilleure saison, lâche-t-il. Je ne suis pas quelqu’un qui explose immédiatement. C’est le fruit surtout d’une constance, que je suis en train de découvrir. Cela a été pour moi une recherche permanente. C’est pour cela que je suis extrêmement excité de débuter 2020. Je sais que je peux m’appuyer sur un fond de jeu très solide. Et si je trouve la même sensation au putting, je vais m’éclater. » 

Trois Majeurs sur le Champions Tour 

Grâce à son top 4 de l’Ordre du mérite, il sera le 30 janvier sur le parcours du Samanah Golf Club de Marrakech pour le Morocco Champions (2 millions de dollars de dotation), l’étape marocaine du Champions Tour, le très puissant circuit US senior. Entouré par d’innombrables stars mondiales telles Angel Cabrera, Darren Clarke, Mark Calcavecchia, Chris DiMarco, Fred Funk, Retief Goosen, Miguel Angel Jimenez, Bernhard Langer, Tom Lehman, Sandy Lyle, Colin Montgomerie, Larry Mize, Jeff Maggert, Mark O’Meara, José Maria Olazabal, Jesper Parnevik, Scott Verplank, et bien d’autres encore.
« C’est la récompense de cette belle saison 2019, poursuit le Français. Je renoue avec bonheur avec ce fantastique Tour. Je vais pouvoir jouer au moins quatre tournois du Champions Tour. Et pas des moindres. Le PGA, l’US Open et le British. Trois Majeurs. Je vais me frotter aux meilleurs. C’est génial. J’espère que ça va élever encore un peu plus mon jeu. J’espère aussi que je vais briller. Si j’en ai l’opportunité, et seulement si je joue bien, j’espère surtout que j’enchaînerai sur d’autres rendez-vous du Champions Tour. » 

Les Etats-Unis ? Il y pense encore ! 

A 55 ans, et même si son avenir immédiat se situe encore sur le circuit européen, dont le calendrier 2020 devrait clairement ressembler à celui de 2019, il n’écarte toujours pas l’idée de traverser l’Atlantique et de défier les meilleurs spécialistes. Il l’a déjà fait par le passé. Et comme il ne s’est jamais senti aussi jeune, et performant...
« Si la porte s’ouvre, j’y rentrerai, commente-t-il dans un grand éclat de rires. C’est évident. Je suis capable de faire des choses. Maintenant, vais-je y arriver au bon moment ? Vivre là-bas, non. Mais y jouer, oui. Maintenant, si ça fonctionne et que je prends des sous, il faudra bien songer y rester… Dans la vie, j’ai été partout. J’habite en Espagne, j’ai vécu aux Seychelles, en Suisse… Je peux m’expatrier où je veux. Combien de temps cela pourrait durer ? Je ne sais pas. Quand je frappe la balle comme ça, tout en me maintenant physiquement comme il faut, ça me donne un boulevard devant moi. Rendez-vous compte, je continue de progresser, malgré mon âge. Alors ? Ce sera peut-être une question d’usure… Les pros de golf ne gagnent que 2 % des tournois qu’ils jouent. C’est peu. Ce dont je suis sûr, c’est que je dois beaucoup mieux gérer cette frustration qui m’habite. Pour 2020, ce sera sûrement mes objectifs, avec le putting. Trouver de la constance et l’optimiser. Je sais que je peux le faire ! »


Par Lionel VELLA
22 janvier 2020