De retour sur le DP World Tour cette semaine à l'occasion de l'Open d'Italia, où il remet son titre en jeu, Adrien Saddier reste confiant sur le fait de retrouver le haut des leaderboards de part et d'autre de l'Atlantique.

Pour la première fois de sa carrière sur le DP World Tour, Adrien Saddier aborde un tournoi en tant que tenant du titre. © Stuart Franklin / Getty Images - AFP

« Je vais enfin pouvoir bien manger, et surtout boire du bon café ! Parce que s'il y a une chose que les Américains ne savent pas faire, c'est bien le café... » Presque aussi excité par la perspective de renouer avec une gastronomie de qualité que de retrouver le clan français du DP World Tour, c'est un Adrien Saddier tout sourire qui nous a accordé cet entretien, à peine descendu de l'avion qui le ramenait de l'U.S. Open dans sa Haute-Savoie natale. Malgré un long voyage et le décalage horaire subséquent, le joueur de trente-quatre ans n'imaginait pas manquer la première défense de titre de sa carrière sur le circuit européen. Et si le parcours du Circolo Golf Torino n'est pas celui où il avait remporté l'Open d'Italia l'an passé - c'était à l'Argentario Golf Club, sur la côte toscane - le 117e joueur mondial reste confiant en sa capacité à « faire tourner dans le bon sens » une saison pour l'instant « frustrante » sur le PGA Tour, dont il occupe aujourd'hui la 169e place.

Que retenez-vous de votre première participation à l'U.S. Open, qui s'est malheureusement soldée par un cut manqué ?
Effectivement, ça n'a pas tourné en ma faveur, un peu l'image de la saison en général. Quand il y a de bons moments sur le parcours, je n'en tire pas vraiment parti. Dès qu'il faut s'accrocher et sauver les pars, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à me mettre dans une bonne dynamique. Parfois, je peux être à -1, -2, et au final, je me retrouve à +1 dès que je rate un chip moyen, sans pouvoir sauver le par. Ce n'est pas du mauvais golf, c'est juste que pour le moment, je n'arrive pas à faire tourner les parties comme il faut.

À quoi ce manque de réussite est-il dû ?
On va dire que c'est un ensemble. Sur le PGA Tour, les parcours sont plus exigeants, donc dès que l'on rate un chip, c'est un peu plus compliqué qu'en Europe. Mais c'est aussi moi qui, par moment, n'arrive pas à serrer le jeu, ou qui fais des erreurs sans être forcément techniquement faux. C'est juste un ensemble de petites choses qui ne se goupillent pas bien.

Comment vivez-vous cette période compliquée en termes de résultats, avec seulement six cuts franchis en treize départs sur le circuit américain et une lointaine 169e place provisoire à la FedEx Cup ?
Pour le moment, c'est frustrant, forcément, parce que je sens que je peux faire mieux. Je ne suis pas loin au niveau du jeu, c'est ça qui m'embête un peu. J'ai un très bon driving : sur les deux tours à l'U.S. Open, je n'ai raté que cinq fairways. C'est dommage de ne pas performer davantage là-dessus. Et mes statistiques de putting ne sont pas si mauvaises que ça. Donc je le vis avec frustration, mais je me dis qu'à tout moment ça peut tourner en ma faveur et que les choses peuvent s'enclencher. Il suffit de voir la saison de Wyndham Clark : au début, il ratait beaucoup de cuts, mais il a réussi à faire tourner les choses en sa faveur depuis deux mois, et il a maintenant deux victoires en quatre tournois, dont un Majeur. Je me dis que ça peut m'arriver aussi.

Qu'est-ce qui pourrait, selon vous, faire tourner les choses en votre faveur ? Est-ce qu'il y a un travail technique particulier à effectuer ? Ou est-ce vraiment juste garder cette confiance en vos capacités, et continuer sur cette lancée pour que ça tourne enfin ?
Il y a de tout, je pense. Le travail technique, on le fait de toute façon au quotidien avec mon entraîneur, Benoît Ducoulombier. On va pouvoir débriefer cette semaine puisqu'il est avec moi en Italie. J'ai aussi débriefé avec Makis Chamalidis, mon préparateur mental, en essayant de lui donner le maximum d'informations sur ce qui se passe dans ma tête. On va forcément trouver une solution ensemble. Après, c'est surtout une question de momentum que je dois retrouver par moi-même dans le jeu, dans le déroulement des parties.

Au-delà de la frustration engendrée par les résultats, comment jugez-vous l'expérience globale de jouer sur le circuit le plus relevé du monde ?
C'est une expérience formidable, surtout dans le fait de côtoyer les meilleurs golfeurs du monde à l'entraînement. La semaine dernière à Shinnecock Hills, j'ai réussi à faire des parties de reconnaissance avec Rory McIlroy, Ludvig Åberg et Matthew Fitzpatrick. Être à leurs côtés, voir comment ils s'échauffent sur les zones d'entraînement, voir les coups qu'ils peuvent taper sur certains drapeaux, là où moi j'aurais du mal, c'est quelque chose que j'apprécie vraiment. Ce sont beaucoup de leçons que j'ai pu emmagasiner au cours de cette année.

Sentez-vous qu'il y a une vraie différence entre vous, qui ne connaissez pas les parcours du PGA Tour, et des joueurs qui les pratiquent depuis plusieurs saisons ?
Forcément, je pense que c'est un peu comme les rookies sur le DP World Tour qui arrivent de la deuxième division et qui doivent évoluer sur des parcours qu'ils ne connaissent pas. Après, le niveau de jeu est aussi plus élevé là-bas que chez nous. Mais je pense que j'ai les cartes en main pour lutter sur ce circuit. J'espère que ça va se débloquer sur la deuxième partie de saison et que je vais trouver cet élan qui va me permettre de m'y faire une place.

On va être honnête : vu ma position sur le PGA Tour, je prends également en compte les Fall Series en fin d'année.

Au-delà du golf, comment vivez-vous le fait d'être seul aux États-Unis, dans un milieu qu'on sait être en plus très individualiste ?
À la base, je suis quelqu'un d'assez solitaire : toute l'année, je m'entraîne pratiquement seul à Ésery. Donc ce côté solitaire ne me dérange pas : je suis bien dans mon coin, dans ma bulle. Sur le PGA Tour, il y a Matthieu Pavon et sa famille, avec qui je passe pas mal de temps, mais quand je me retrouve seul en tournoi, ça ne me dérange pas. Le soir, le temps passe vite : après une journée d'entraînement ou une partie en compétition, le temps de faire ma récupération et d'aller dîner, il est déjà l'heure d'aller se coucher. C'est sûr que ma famille me manque, mais que je sois aux États-Unis, en Asie ou en Afrique du Sud, c'est la même chose. Ils sont venus au PGA Championship en mai, et là avec les vacances scolaires qui arrivent, ils vont faire pas mal d'autres tournois avec moi, à commencer par The Open et le Wyndham Championship. Ça va faire deux belles semaines ensemble cet été, en attendant Crans-Montana (l'Omega European Masters, ndlr) et l'Open de France en septembre.

Vous avez donc prévu d'évoluer à la fois sur le PGA Tour et sur le DP World Tour lors de la deuxième partie de l'année ?
J'ai un calendrier bien chargé, avec l'open d'Écosse (9-12 juillet) et le British Open (16-19 juillet) qui arrivent et qui comptent pour les deux circuits. Je retourne ensuite aux États-Unis pour les deux derniers tournois de la saison régulière, le Rocket Classic (30 juillet-2 août) et le Wyndham Championship (6-9 août). Après quoi j'ai trois tournois en Europe : l'Omega European Masters (3-6 septembre), le BMW PGA Championship (17-20 septembre) et le FedEx Open de France (24-27 septembre). Mais on va être honnête : vu ma position sur le PGA Tour, je prends également en compte les Fall Series en fin d'année pour essayer de sauver ma carte. En tout cas, il y a plein de bons challenges qui arrivent, et on va essayer de les aborder positivement.

Parmi ces challenges que vous évoquez figure The Open, votre quatrième Majeur sur les cinq derniers. À quel point appréciez-vous le fait de Jouer régulièrement ces tournois qui sont les plus grands du monde ?
C'est gratifiant pour tout le travail qui a été mis en place ces dernières années. Et pour le gamin qui est en moi, qui regardait ces tournois à la télévision, c'est vraiment le pied ! L'atmosphère est différente, il n'y a vraiment là que les meilleurs joueurs. Quand tu fais une partie de reconnaissance avec McIlroy et Åberg, c'est quelque chose... Quand tu découvres que Xander Schauffele, qui est l'un des meilleurs joueurs du monde depuis des années, est probablement le mec le plus sympa du circuit, c'est génial ! Et au final, quand tu commences à connaître ces joueurs-là, tu t'aperçois qu'ils sont super ouverts. Interagir avec eux, se nourrir de l'expérience qu'ils veulent bien transmettre, ça rend ces tournois vraiment uniques à jouer. Et je bosse pour que ça continue le plus longtemps possible.