Le joueur français s'est retiré du KLM Open après six trous il y a deux semaines, avant de poster un message sur les réseaux sociaux expliquant qu'il était mentalement à bout. Présent le week-end dernier à la Coupe des capitaines, il s'est montré rassurant sur sa santé mentale et optimiste pour la suite.
Racontez-nous ce premier tour du KLM Open, le 4 juin dernier, dont vous vous êtes retiré après six trous. Que s’est-il passé ?
Il y a plein de choses qui faisaient que j’étais clairement à bout. Un peu des raisons personnelles à la maison, rien de grave mais des choses qui sont présentes depuis un moment et qui prennent de l’énergie. La relation avec mon caddie Brendan McCartain aussi, qui s’est compliquée ces dernières semaines parce que lui aussi a connu des problèmes personnels, sa femme l’a quitté du jour au lendemain. C’est un mec en or, un très bon caddie, mais du coup, ces derniers temps, il a perdu un peu la joie de vivre. Moi je faisais les cuts, mais j’avais toujours un tour un peu plus compliqué.
À la base, je ne devais pas jouer le KLM Open. Les deux semaines d’avant, j’étais bien classé après deux tours, je commençais à sentir que le jeu était de plus en plus solide, et donc je me suis dit que j’allais pousser une semaine de plus. Je voulais le faire avec un ami à moi sur le sac, mais je n’ai pas trouvé d’ami disponible, donc je me suis dit que j’allais le faire avec Brendan. J’arrive à l’aéroport le dimanche, deux avions annulés, donc je me retrouve à dormir à l’aéroport, à voler directement à Amsterdam… tout ça m’a un peu pesé, m’a mis dans une spirale négative. Le jeudi, les conditions étaient difficiles, le vent soufflait très fort. J’avais demandé à Brendan qu’on mette des choses en place sur le parcours cette semaine-là. Je voulais surtout qu’un bon coup ne termine pas au pire endroit. Et sur les cinq premiers trous, j’ai tapé deux très bons coups qui ont fini aux pires endroits. Là, j’ai perdu le contrôle, j’étais hors de moi, je me rabâchais à me dire « Qu’est-ce que je fais là ? ». J’étais entré dans une spirale. D’habitude, mon attitude sur le parcours, c’est mon point fort. Là, c’était tout l’opposé, mon point fort était devenu mon point faible. J’avais les larmes aux yeux, je n’arrivais plus du tout à me calmer. J’arrive au trou n°16 [Il était parti du 10, NDLR], qui est un par 4 où il y a bois 5 ou fer 3 à taper à la mise ne jeu. Et j’ai sorti le driver parce que j’étais hors de moi. Je l’ai mise un peu à droite dans le rough, on n’a pas retrouvé la balle, et là je ne pouvais plus. J’étais vraiment dans un état où ma tête était partie, je ne pouvais plus me contrôler moi-même.
Romain Langasque
Vous avez posté une story sur Instagram plus tard dans la journée, pour expliquer votre retrait. Pourquoi était-ce important de vous exprimer ?
C’est vrai que le mot que j’ai mis sur Instagram a beaucoup inquiété les gens, et j’ai reçu énormément de soutien après ça. Mais ça m’a fait du bien de le poster, parce que je ne voulais surtout pas qu’on pense que j’étais parti parce que c’était trop dur. Car ça, ce n’est pas moi, on m’a toujours appris dans mon éducation à ne jamais lâcher, peu importe ce qui se passe. Je ne suis pas parti parce que j’étais +4, c’est parce que mentalement et moralement, j’étais à bout, je n’arrivais plus à être moi-même, je devenais même pas gentil avec mon caddie. Je suis sorti de la partie, je suis allé au club-house, je me suis assis dans un buisson derrière le départ du 1, et j’ai pleuré pendant, peut-être, 45 minutes, tellement j’étais à bout.
Avec le recul, était-ce selon vous la bonne décision d’arrêter ?
Oui. Pour remettre dans le contexte, il y a eu une interruption de jeu environ 15 minutes après mon retrait, à cause du vent. Le seul truc qui m’a un peu peiné, c’est que l’interruption est arrivée juste après. Là, si je terminais le trou en faisant un bogey, j’étais à +5 au moment de l’interruption, je pouvais faire quelque chose. Mais dans ma tête, je n’ai jamais pensé que le vent était suffisamment fort pour qu’ils décident d’arrêter le jeu. C’est dommage, mais dans le même temps, les joueurs dont je suis proche savaient que ça faisait quelques semaines que c’était vraiment compliqué avec mon caddie, et que je voulais quelque chose d’autre. Donc je n’ai pas de regret d’avoir arrêté. Je ne suis pas du genre à abandonner, ça m’est arrivé une seule fois, à The Open il y a deux ans, parce que j’avais le dos coincé. Sinon, ça m’est arrivé de faire des scores hauts et de ne jamais partir. Là, ce n’était pas une question de score, c’était vraiment une question de tête. Et la tête n’était plus là.
Qu’avez-vous fait ensuite ?
J’ai pris un avion et je suis rentré. J’ai passé cinq jours sans jouer au golf. Pour être complètement sincère, ce week-end-là, j’avais un week-end en famille de prévu, que mon père avait organisé depuis environ huit mois au Puy du Fou. Je suis arrivé à la maison, et j’ai dit que franchement, je n’avais aucune envie d’aller dans un endroit où il y a du monde comme ça. Et du coup je suis parti tout seul en Corse pendant cinq jours, j’ai rejoint un ami là-bas. Ça m’a fait du bien. J’ai eu des moments seul, et ça m’a fait énormément de bien.
Un épisode similaire vous était-il déjà arrivé dans votre vie de golfeur ?
J’ai eu des hauts des bas, oui. Mais à ce point-là, non. C’est la première fois que je vais aussi loin dans la démarche. Je suis quelqu’un qui joue beaucoup, qui adore ce jeu, qui adore voyager. Mais plus ça va, plus les longs voyages deviennent difficiles. On a un début de saison avec des voyages en Chine, en Inde, dans des pays qui ne sont pas forcément un kif pour la vie qu’il y a autour du golf. Je pense que j’ai un peu trop joué, et si c’était à refaire je jouerais un peu moins.
Aujourd’hui, comment allez-vous ?
Aujourd’hui, je vais bien, je suis très content d’être là [à la Coupe des capitaines, NDLR]. Je n’ai pas un dégoût du golf ou quoi que ce soit. Ça ne m’est jamais venu à l’idée de ne pas venir cette semaine dans les Landes. Des gens proches de moi m’ont dit que, si j’avais besoin, il ne fallait pas hésiter. Mais ça me tenait à cœur d’être à cette Coupe des capitaines par rapport à Sébastien Vivé et Damien Grison, qui ont énormément bossé pour que ce tournoi puisse avoir lieu. Martin Couvra a eu des raisons personnelles qui ont fait qu’il n’a pas pu venir, et donc je voulais aussi être en soutien de l’investissement de tous les gens qui ont préparé cet événement. Être avec les copains et jouer devant tous ces gens, c’est très agréable.
Et ensuite, qu’avez-vous à votre programme ?
Je vais aller en Italie, si j’ai envie – et là, au moment où je parle, j’en ai envie [au lundi 15 juin, il figure toujours officiellement dans le champ de joueurs, NDLR]. Sur le sac, j’aurai Andréa Ginola, qui était le caddie d’Adrien Saddier. Il était dispo, et c’est un juste milieu entre le côté plaisir et dynamique, du fait qu’on se connaît bien, et le côté professionnel et expérience. On va pouvoir faire un test. J’espère que ça marchera et que ça continuera. On fera le point à la fin de l’été.
Romain Langasque
Avez-vous réfléchi à la suite à échéance plus lointaine, en particulier sur la gestion de votre santé mentale ?
Je suis très bien entouré à ce niveau-là, j’ai un super préparateur mental, on a mis en place des choses qui m'aident beaucoup. Ma compagne est dans une dépression depuis plus d’un an, je suis au contact de ça, et je me rends compte de ce que c’est que d’être mal, et de galérer pour apprécier les choses simples. Potentiellement, je ferai un peu différemment, dans le sens où il faudra que j’évite de pousser la machine trop loin, de chercher le rupteur. J’ai toujours été un peu comme ça, à chercher la limite, jusqu’au moment où je n’en peux plus. Peut-être que maintenant, je vais essayer d’arrêter un peu avant ce moment-là, et bien recharger les batteries avant de repartir. Très sincèrement, le KLM Open était le tournoi de trop. Il n’était pas à mon calendrier, et je n’aurais pas dû le faire. C’est ce qui doit me servir d’expérience. Il faut parfois repréparer la tête, comme on reprépare le physique.
Cela veut dire se donner le droit, parfois, de ne pas avoir envie d’aller jouer un tournoi ?
Oui, et surtout, lorsqu’on va à un tournoi, d’être à 100 %. Au KLM Open, mon jeu était à 100 %, mais le reste non.
On peut être optimiste pour vous, alors ?
[Il arbore tout de suite un sourire rassurant] Oui, on peut être très optimiste. La qualité de mon jeu est bonne, je recommence à bien putter, je n’ai pas de pépin physique, je tape beaucoup de bons coups. Donc ne vous inquiétez pas pour moi. Je n’étais vraiment pas bien, mais on a mis le doigt sur les raisons, et ça me servira d’expérience.