Un peu dans le dur en termes de résultats depuis le début de l’année civile, Clément Charmasson poursuit son apprentissage du plus haut niveau. Et veut croire en son jeu de golf, de plus en plus performant.

Clément Charmasson sera à l'open d'Italie dans une semaine où une place pour The Open est mise en jeu. © Chris Hyde / Getty Images - AFP

Clément Charmasson a « kiffé grave », comme on dit de nos jours. Présent à la première Coupe des capitaines organisée du 11 au 13 juin dans les Landes, le Toulousain a énormément pris du plaisir à naviguer au sein d’une compétition – la Ryder Cup à la Française – regroupant ce qui se fait de mieux dans le golf tricolore de haut niveau.

Emmené par son capitaine, Grégory Havret, et entouré d’Antoine Rozner, Julien Guerrier, Oihan Guillamoundeguy mais aussi Michael Lorenzo Vera, Benjamin Hébert, Grégory Bourdy et Julien Mouchet, Clément Charmasson s’est même permis le luxe de sortir invaincu, s’imposant deux fois en double (avec Benjamin Hébert en foursome puis avec Antoine Rozner en quatre-balles) avant de partager le demi-point en simple face à Romain Langasque. C’est le seul de l’équipe Ouest à avoir réalisé cet exploit.

Et malgré la défaite (9,5 à 6,5 pour l’équipe Est), l’actuel 513e joueur mondial ne s’est jamais senti l’âme d’un intrus dans cet événement imaginé et façonné par Sébastien Vivé et Damien Grison. Bien au contraire !

« À titre personnel, je suis très content de ma semaine et du golf produit, souffle le protégé de Karine Mathiot. C’est super intéressant pour moi, pour mon expérience de me retrouver auprès de super joueurs évoluant ou ayant évolué au plus haut niveau. Jouer contre eux, pouvoir rivaliser tout en démontrant que j’ai le niveau, c’est génial. On a toujours des doutes sur soi-même quand on arrive comme ça. L’esprit d’équipe, ça a toujours fait partie de mon ADN. J’ai grandi avec ça. Cela m’aide à me transcender. Maintenant, il faut que j’arrive à me transcender lorsque c’est que pour moi... J’ai une équipe qui travaille dans ce sens. J’espère qu’avec le temps et l’expérience, cela va venir. »

Une telle semaine entre camaraderie, convivialité et compétition va très certainement rebooster la seconde partie de saison de l’ancien étudiant à l'université du Centre de la Floride (UCF). Pour l’instant 151e à la Race to Dubaï, sa carte pour 2027 est en grand danger. En treize tournois joués jusqu’à maintenant, il n’a franchi que six fois le cut, demeurant sur cinq échecs lors de ses six dernières sorties. Et pourtant, le début de l’exercice 2025-26 aux antipodes avait laissé entrevoir de belles choses. Un peu trop peut-être...

« Je pensais arriver en étant prêt, en connaissant un peu tout, avoue-t-il. J’étais peut-être aussi dans l’insouciance au début. C’est pour cela que j’ai bien démarré en Australie (33e au BMW Australian PGA Championship puis 39e au Crown Australian Open avant de finir 47e à l’AfrAsia Bank Mauritius Open). Le break hivernal, en profitant avec mes proches, en réalisant ce que j’avais fait, m’a peut-être joué des tours. »

À peine sa carte acquise sur le DP World Tour à l’issue de la finale à Majorque le 2 novembre dernier en prenant la 19e place de la Road to Mallorca, Clément Charmasson a en effet enchaîné presque aussitôt. Avec le recul, cette décision a-t-elle été une erreur ?  

« J’ai été dans la machine à laver pendant deux ans, entre la troisième division, l’HotelPlanner Tour puis la montée sur le DP World Tour, résume-t-il. Et puis je suis monté dans un avion pour l’Australie... Au final, il n’y a pas eu le temps de se poser, de cadrer un peu les choses. Il y a eu certainement un sas de décompression par la suite. En début d’année, je me suis retrouvé à un peu plus réfléchir, vouloir changer des choses. Je pense que c’est plus une histoire d’acclimatation à une nouvelle vie qu’autre chose. Je me suis retrouvé dans la télévision, et non plus devant en train de la regarder. Il y a eu des nouveaux visages, une organisation différente, des voyages plus longs, plus de décalage horaire à gérer aussi... »

 

« Mon entourage, mon staff me dit que mon jeu est très bon. Il faut essayer de garder le cap sans trop réfléchir, ce qui est loin d’être évident dans ce sport.

Son meilleur résultat à l’heure actuelle est une 31e place obtenue au Hainan Classic, en Chine, le 22 mars dernier. C’est clairement insuffisant et le principal intéressé en est conscient. Mais il semble entrevoir cette petite lumière au bout du tunnel. Il le ressent, et c’est déjà ça de pris.

« Les résultats, dernièrement, ne sont pas à la hauteur de mes espérances, bien sûr, explique-t-il. Mais je pense avoir pris mes marques. Je suis à l’aise avec le système, je comprends un peu mieux comment tout cela fonctionne. Là, le jeu redevient très bon. Il y a toujours aussi une petite partie de chance. Les parcours sont plus exigeants sur le Tour européen... On lâche un coup ici, deux coups là, et à la fin, soit on manque le cut pour un coup ou ça fait une 30e place au lieu de finir dans le top 10. Il y a de l’expérience à acquérir tout en gérant ces paramètres. Le fait de monter, d’être rookie, il faut apprendre vite. T’as le temps parce qu’une saison, c’est long mais en même temps, ça passe très vite. J’essaie de ne pas trop penser à ça. Mon entourage, mon staff me dit que mon jeu est très bon. Il faut essayer de garder le cap sans trop réfléchir, ce qui est loin d’être évident dans ce sport. À moi de mieux gérer aussi les bons passages. Et puis si je continue à bien jouer comme ça, il y aura un moment où ça tournera. »

En attendant la semaine référence

Reste justement à attendre ce fameux déclic, cette première performance qui lui permettrait d’y croire encore plus fort. Le golf est friand de ce genre de scénario. Qui aurait misé sur le Sud-Africain Yurav Premlall au Estrella Damm Catalunya Championship, victorieux le 10 mai avec quatorze coups d’avance sur son premier poursuivant ?

« J’attends une semaine référence, lâche-t-il doucement. Je me suis prouvé de bien jouer après deux tours, ça je sais le faire. Finir 30e, comme ça, ce n’est pas extraordinaire mais ça prouve aussi que ton jeu est solide sur quatre tours. Non, il me manque le petit plus, un bon momentum, une journée qui se goupille comme il faut, en jouant bas, une perf’ de référence pour se rassurer, même si je m’en sens capable. Mais entre être capable de le faire et de le réaliser, il y a toujours un petit monde d’écart. On va aussi rester fidèle à qui je suis. N’est-ce pas à la fin du bal que l’on paye les musiciens ? »

À ce titre, il mise beaucoup sur les tournois du Back 9 qui débutent le 27 août prochain. Des tournois haut de gamme avec des points multipliés, mais aussi avec des champs plus relevés. Sans parler de la pression du résultat qui se fera alors de plus en plus prégnante...  

« Je suis passé pro il y a deux ans, précise-t-il. Sur les derniers tournois de fin août et tout le mois de septembre, si tu joues bien, ta saison se concrétise ici. Si je peux arriver à mon pic de forme à ce moment-là, j’en serai ravi. La pression ? Non, car au final, je veux surtout que cette année soit d’abord du plaisir. Quand on passe pro, au début, on sait que ça peut être compliqué de sortir des divisions satellites, de grimper sur le Challenge (l'HotelPlanner Tour, ndlr) et d’y faire ses classes pendant plusieurs saisons... Moi, j’ai fait tout ça en l’espace de deux ans. Si j’ai une période de deux, trois mois où ça se passe peut-être un peu moins bien, c’est frustrant évidemment mais si tu prends un peu de recul, sur les deux ans et demi qui viennent de s’écouler, je suis quand même beaucoup plus chanceux dans l’histoire que le contraire. En une semaine, ta vie peut changer du tout au tout. Il faut donc travailler, espérer et c’est ça qui est à la fois beau et dur dans ce sport. Chaque semaine est une nouvelle semaine. On peut avoir été catastrophique une semaine et la semaine suivante, tout s’efface et on repart à zéro. C’est beau mais ça peut être aussi ingrat. »

Il ne va donc pas ménager ses efforts dans les prochains jours, les prochains mois. Il sera à l’Open d’Italie dans une semaine puis à Munich pour le BMW International Open. Absent du Genesis Scottish Open, il pourrait traverser l’Atlantique pour disputer au même moment le ISCO Championship, dans le Kentucky, un tournoi co-sanctionné PGA Tour-DP World Tour. Avant trois semaines de vacances pour mieux préparer ces fameux tournois du Back 9.

« Tout ce que je peux faire, je le fais, annonce le golfeur âgé de 27 ans. A part Wentworth, je vais rentrer partout. Cela tombe bien quelque part car ça va me faire quatre semaines de tournoi, un break, et de nouveau quatre autres semaines de compétition. »

Il aura aussi un œil sur cette Coupe du monde de football débutée le 11 juin dernier en Amérique du Nord et au Mexique. Fan de football mais aussi de rugby, il suivra évidemment l’équipe de France, lui le grand fan de l’Olympique de Marseille.

« Même si les horaires ne sont pas évidents, je vais me tenir au courant, conclut-il. Je suis très sports collectifs. Je sors du foot à la base. Mon père était un footeux, avec une famille marseillaise... J’ai grandi avec mon grand-père, mon père et mes cousins, tous supporters de l’OM. C’était les années 90-93. Et puis étant né à Toulouse, je suis forcément tombé amoureux du rugby. Et via mes relations, je suis plus rugby aujourd’hui. Mais c’est vrai que sans Christian Lopez (défenseur de la grande équipe de Saint-Etienne des années 70), je ne jouerai pas au golf. C’est lui qui a mis mon père au golf... Sans lui, je pense que je continuerai à jouer au foot. Mais je ne sais pas à quel niveau (rires). »