Son premier top 10 de la saison dimanche dernier, sa signature à la future ligue indoor féminine, sa participation à la prochaine Solheim Cup et les prouesses de sa compatriote Agathe Laisné sur le circuit européen : Céline Boutier passe en revue son actualité dans cette interview accordée en exclusivité à la ffgolf.

Céline Boutier fait partie des 14 joueuses dévoilées par la WTGL pour sa première saison, cet hiver. © Mark Runnacles / LET

Vous sortez d'un top 10 au Mizuho Americas Open, ce dimanche dans le New Jersey. Même si ce n'était pas forcément le dernier tour que vous espériez (9e au final alors qu'elle était partie seconde, ndlr), ça reste une semaine positive ?
Oui, de manière générale il y a eu quand même pas mal d'améliorations et de points positifs dans mon jeu la semaine dernière. Le parcours était assez difficile, et j'ai réussi à bien gérer les trois quarts du tournoi, on va dire. Après, c'est vrai que la dernière journée a été un peu plus compliquée, mais ça faisait longtemps que je n'avais pas été dans cette position. Donc c'était quand même bien de m'être donné une chance de jouer la gagne.

Avez-vous pris du plaisir à retrouver les premiers rôles ?
Oui, c'était assez cool. Je pense que je me suis mis un peu trop de pression, que je me suis rendu les choses difficiles à ce niveau-là, mais je le prends vraiment comme un premier pas pour me remettre dedans. J'espère avoir plus d'expériences comme celle-là dans les prochaines semaines pour me sentir progressivement plus à l'aise. Ça faisait longtemps que je n'avais pas été dans cette position, et même si c'est vrai que ma frappe de balle était beaucoup moins bonne le dernier jour, je pense pas que mon swing ait pu se perdre en une nuit. Donc c'était vraiment cette habitude à jouer les premiers rôles qui m'a fait un peu défaut. Je vais pas non plus remettre en question tout mon jeu et tout mon mental : ce mauvais dernier tour (75, +3, ndlr), je l'explique parce que j'ai trop essayé de provoquer les choses, au lieu de mettre dans ma bulle et de faire confiance à mon jeu. C'est un peu dommage d'avoir fini comme ça, car je pense que j'avais vraiment le jeu pour faire quelque chose cette semaine. Il va falloir que je réapprenne, entre guillemets, à me sentir à l'aise dans cette position.

Sentez-vous des progrès dans votre golf ces dernières semaines, ces derniers mois, comme le laissent penser vos résultats récents (18e, 21e et 9e sur ses trois derniers tournois, ndlr) ?
Oui, je pense vraiment que mon jeu commence à prendre forme. Ça fait quelques semaines que je vois des signes de progrès, que je commence à me sentir un peu plus à l'aise et que je rends de meilleurs scores qui reflètent le travail que je fais sur mon jeu. C'est assez positif et encourageant. Cela dit, il reste encore des choses à améliorer, forcément. Si je reste patiente, si je continue comme ça, ça va arriver... bientôt, je l'espère !

Ce sont des phases qui arrivent tout le temps dans une carrière. Quand on est dedans, ce n'est pas super fun, mais je sais qu'à long terme, je vais arriver à passer de l'autre côté.

Vous mentionnez la patience comme un élément qui vous fait défaut actuellement...
C'est vrai qu'il y a un peu d'impatience, parce que ça fait un moment que je n'ai pas gagné, un moment que je me suis pas mise en position de gagner. On a déjà fait un tiers de la saison et je n'ai pas réussi à très bien jouer. Et puis, voir d'autres filles gagner toutes les semaines, ça augmente un peu la frustration et l'impatience ! Dès qu'on commence à se demander pourquoi on n'y arrive plus, on rentre vite dans un cycle de doute et d'impatience par rapport au résultat. C'est quelque chose qu'il faut gérer : ne pas se focaliser sur le résultat mais plutôt sur le le process, penser aux progrès dans le jeu et non pas aux classements. C'est un réflexe normal de se focaliser sur le résultat, mais on sait que ce n'est pas ce qui nous aide vraiment à progresser. Son mon jeu, j'arrive à voir des progrès, et même si ça prend du temps, c'est là-dessus qu'il faut que je me concentre, c'est de là que je dois tirer du positif, pour m'encourager à continuer dans cette direction.

Sur quels aspects du jeu en particulier travaillez-vous en ce moment ?
C'est plus sur le long jeu, un secteur dans lequel j'ai eu du mal ces derniers temps, et qui n'arrivait pas vraiment à tenir sous pression. J'avais pas mal de doutes et un manque de confiance à ce niveau-là. Avec Cameron McCormick, mon coach, on continue à travailler l'ensemble des secteurs du jeu, mais c'est vrai qu'on a un peu plus mis l'accent sur long jeu depuis le début de l'année. Mais du practice au parcours, les changements mettent du temps à être maîtrisés, et il faut aussi travailler mentalement pour passer ce cap. Je pense que mon swing est bon depuis quelques semaines, mais il faut que j'arrive à me faire suffisamment confiance pour qu'il arrive facilement sur le parcours.

Cette période constitue-t-elle un challenge personnel à vos yeux ?
C'est vrai que c'est un challenge. Comme tout le monde, ça m'est arrivé dans le passé, ça m'arrive maintenant, et ça m'arrivera sans doute à l'avenir. Ce sont des phases qui arrivent tout le temps dans une carrière. Quand on est dedans, ce n'est pas super fun, mais je sais qu'à long terme, je vais arriver à passer de l'autre côté. En attendant, je m'efforce de ne pas paniquer, même si la période n'est pas agréable.

Cela dit, malgré cette phase délicate, vous êtes 30e mondiale et faites toujours partie de l'élite du LPGA Tour. Cela en dit long sur votre niveau d'exigence...
C'est gentil ! C'est vrai que mes classements restent corrects même si ça baisse un peu, mais d'un autre côté je n'ai pas raté un cut de la saison. Je suis dans une situation qui n'est ni fantastique, ni catastrophique, donc j'essaie de relativiser.

On a appris la semaine dernière que vous rejoigniez la Women's Tech Golf League (WTGL), qui sera lancée cet hiver. Qu'allez-vous chercher en participant à cette compétition ?
Je pense que ça va être une super expérience ! J'ai assez hâte de commencer. Je n'ai pas eu la chance d'aller voir de mes propres yeux les matchs des garçons ces deux dernières années, mais j'ai pu les regarder un peu à la télé, et ça a l'air vraiment cool. Donc je pense que ça va être une super expérience à vivre en tant que participante, car c'est quelque chose d'unique. D'autant plus que je vais faire partie de la première saison de la ligue féminine ! J'ai hâte voir qui vont être mes partenaires dans mon équipe et de mieux les connaître. Enfin, ce format de compétition dans un stade, ça a l'air vraiment chouette.

Qu'est-ce qui fait que pour un joueur ou une joueuse, ce format est intéressant à jouer ? Pour les spectateurs, c'est effectivement très divertissant, mais qu'en est-il pour les participants ?
Ce qui me plaît, déjà, c'est cette unité de lieu et le format assez court d'une rencontre, environ une heure et demie ou deux heures. On ne fait que quinze trous, avec des foursomes sur neuf trous d'abord puis des simples sur six trous, donc pour quelqu'un comme moi qui n'aime pas spécialement passer six heures sur un parcours de golf, ce format rapide est plaisant. Après, tout l'aspect technologique qui est inclus dans l'expérience rend les choses encore plus intéressantes. J'ai juste hâte de voir ce que ça va donner, en fait, car pour l'instant je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre ! Tu joues sur un simulateur géant, mais en même temps tu tapes sur de l'herbe, et puis tu as un green qui peut changer de forme : ça va être assez incroyable, je pense ! Sans parler de l'ambiance dans le stade, et des petits trucs qui n'existent pas dans le golf traditionnel comme les temps morts, le temps supplémentaire que tu peux prendre pour préparer ton coup, les paris doublés... Bref, c'est un format qui a l'air assez cool, très différent du golf traditionnel, mais qui en même temps peut ressembler à ce que tu peux faire avec tes amis dans ton club. Ça va être fun.

Selon vous, est-ce une bonne alternative au format classique sur dix-huit trous pour amener des gens vers le golf ?
Oui, et je pense que c'est un peu l'objectif aussi. Je crois qu'ils se sont pas mal inspirés d'autres sports à ce niveau-là. Le fait que ça se joue au même endroit et de manière assez rapide, ça peut aider. Je crois que la moyenne d'âge des gens qui vont au stade ou qui regardent à la télévision est beaucoup plus jeune que sur des tournois de golf classiques.

Comment avez-vous été sollicitée ?
C'est mon agent qui a été contacté en mon nom, comme ils l'ont fait pour les autres joueuses. Dès qu'il m'en parlé, j'étais plutôt d'accord pour le faire, car je trouve que c'est une super opportunité de faire partie de la première saison, d'autant plus qu'il n'y a qu'une quinzaine de joueuses au total.

Avez-vous déjà une idée de qui seront vos coéquipières ?
Non, on ne sait pas encore. Je crois qu'ils veulent faire des équipes de trois, mais pour l'instant on n'a pas davantage d'informations car ils n'ont pas finalisé le nombre total d'équipes. Ça va dépendre d'éventuels sponsors qui rejoindraient la WTGL pour parrainer une équipe, donc je crois qu'il y a encore pas mal encore de points d'interrogation sur les spécificités du format. On en saura plus dans les prochains mois.

Pour l'instant, les quatorze joueuses annoncées constituent une sorte de dream team du LPGA Tour. Ça a plutôt fière allure ! Y a-t-il des joueuses avec lesquelles vous aimeriez jouer ?
Forcément, il y a quelques joueuses avec qui j'aimerais faire équipe. On s'entend toutes très bien et je n'aurais pas de problème à être avec qui que soit, mais c'est sûr que pour qu'une équipe réussisse – et c'est comme en Solheim Cup – il faut qu'il y ait une bonne alchimie, une bonne connexion entre les joueuses. Et naturellement, il en y a dont je suis plus proche que d'autres. Mais bon, je ne vais pas non plus donner des noms (rires) !

Jouer pour un club, une franchise comme on les appelle aux États-Unis, c'est quelque chose qui n'existe pas dans le golf professionnel... Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Ça va être intéressant ! Et ce serait vraiment cool si c'est les équipes étaient les mêmes que celles des hommes, parce qu'on aurait l'impression de faire partie d'un truc plus grand, et peut-être même que dans le futur on pourrait jouer ensemble. On ne sait pas... Mais pour les fans, c'est aussi sympa de pouvoir s'identifier à des équipes, au-delà de supporter des joueuses.

Lors de l'annonce de la création de la WTGL, fin janvier, Nelly Korda avait regretté que le format ne soit pas mixte. Partagez-vous son avis ?
Je vois pas pourquoi ça ne pourrait pas évoluer vers un format mixte dans le futur. Après, pour commencer, je pense que c'est une bonne chose de réunir les meilleures joueuses du LPGA Tour. Ça va être bien pour nous, pour le circuit, et pour les fans qui vont pouvoir s'intéresser au golf féminin. Mais à l'avenir, ce serait très chouette d'avoir des compétitions mixtes, je suis d'accord.

Ce serait super de pouvoir partager une Solheim Cup avec une autre Française, d'autant plus que je n'ai pas encore la chance de pouvoir le faire lors des quatre dernières éditions.

En parlant de compétition par équipe, la Solheim Cup approche et vous êtes en course pour la jouer pour la cinquième fois d'affilée. Ce rendez-vous vous tient-il toujours autant à cœur ?
Bien entendu ! Mais aujourd'hui, c'est un objectif indirect pour moi, dans le sens où ce que j'espère vraiment pour l'instant, c'est de performer sur le parcours, me mettre en position de gagner, et gagner. Si je remplis ces objectifs, je ferai partie, je l'espère, de l'équipe. La Solheim Cup est un tournoi que j'adore, mais c'est vraiment mon jeu, mon projet personnel, qui prime pour le moment.

Votre compatriote Agathe Laisné est aux portes de la Solheim Cup grâce à son excellent début de saison sur le circuit européen. Avez-vous suivi ses performances ?
Oui, j'ai vu qu'elle avait gagné deux fois sur le Ladies European Tour (LET) récemment, et qu'elle a été près de la tête à plusieurs autres reprises. Donc forcément, ce serait super de pouvoir partager une Solheim Cup avec une autre Française, d'autant plus que je n'ai pas encore la chance de pouvoir le faire lors des quatre dernières éditions.

Que pensez-vous de son choix de privilégier le LET, qui n'offre pas d'accès direct au LPGA Tour, au détriment de l'Epson Tour, qui permet pourtant à dix joueuses de monter chaque année ?
Honnêtement, je le comprends. L'Epson Tour est un bon circuit qui permet d'accéder directement au LPGA Tour, mais c'est aussi assez difficile, surtout quand on ne vient pas des États-Unis. Dans le sens où les tournois sont très isolés, je veux dire loin des grandes villes et des aéroports majeurs. C'est vrai qu'il y a cette passerelle directe vers le LPGA Tour, mais je trouve que le calendrier du LET est très intéressant. Il y a des opportunités de rentrer dans des Majeurs, des tournois co-sanctionnés avec le LPGA Tour depuis quelques années, des places qualificatives pour la finale des Cartes, donc c'est une voie vraiment très intéressante pour aller vers le très haut niveau. Moi, quand j'étais sortie de l'université et que j'étais passée pro, j'avais pas vraiment cette option parce que le LET n'était pas aussi attractif, aussi puissant. Aujourd'hui, les choses sont différentes, et je pense qu'Agathe a très bien fait de choisir cette voie-là.