À 21 ans, Nastasia Nadaud a changé de dimension en passant du LET au LPGA Tour. Après sa promotion en finale des Qualifying School de décembre 2025, la Française évolue depuis sur un nouveau circuit, aussi structuré que fascinant, sans pour autant le découvrir.

Nastasia Nadaud (à droite) aux côtés de l'une de ses proches consoeurs du LPGA Tour, Chiara Tamburlini. © Sarah Stier / Getty Images via AFP

Pour Nastasia Nadaud, le saut vers les États-Unis n’a pas été un plongeon solitaire. Dans ce nouvel environnement du LPGA Tour, la Savoyarde a retrouvé des visages familiers croisés tout au long de ses trois années passées sur le Ladies European Tour. Chiara Tamburlini, Perrine Delacour ou encore Euphemie Rhodes font partie de ce noyau d’une huitaine d’Européennes promues en même temps qu’elle. Un groupe qui sert de point d’ancrage dans un circuit où chacune avance à son rythme. Ce midi-là de la mi-avril, à l’occasion du JM Eagle Championship en Californie, elle fait légèrement attendre « Mimi », surnom de la Britannique, Euphemie Rhodes « C’est sympa et ça aide un peu parce à se faire au nouveau circuit de voir des têtes que tu connais toutes les semaines », explique-t-elle. « Des fois on partage des Airbnb, on mutualise les déplacements. » De son oeil, la pratique est en rupture avec l’ambiance général du circuit, à la tendance plus solitaire. Le LPGA Tour fonctionne effectivement en cercles fermés. « Les Américaines sont un peu entre elles, les Coréennes sont entourées de toute leur équipe où qu’elles aillent » dépeint la jeune Française. Un fonctionnement plus individualisé et parfois plus froid en apparence que ce qu’elle avait connu jusque-là sur le Vieux continent. Mais rien qui ne vienne la perturber pour autant. « Je suis quelqu’un d’assez réservé, admet-elle dans un sourire. Même sur le LET je ne sociabilisais pas énormément donc disons que ça ne me dérange pas du tout. »

Dans ce décor que toute joueuse rêve un jour de rejoindre, elle découvre aussi une autre facette du circuit, presque ludique. Les fameux camions des équipementiers, omniprésents sur les tournois, sont devenus sa tentation permanente. « Tu peux tout essayer, tout changer ! Parfois, je me, force à ne pas aller dans chaque camion pour tester une nouvelle marque ou un nouveau modèle. » Et puis il y a l’Amérique elle-même, vaste terrain d’exploration entre deux compétitions. Si le calendrier laisse peu de répit, l’athlète de 21 ans s’accorde quelques échappées rares avec ses amies du circuit. San Francisco et son Golden Gate Bridge en ont les cibles. « C’est une vraie découverte, je n’étais presque jamais venue dans ce pays avant, sauf deux ou trois fois pour un tournoi. Maintenant que j’en vois un peu plus, j’en profite de temps en temps. »

Une adaptation encadrée

Si la nouveauté est partout, Nadaud n’a jamais eu le sentiment d’être submergée en trois mois d’aventure. La raison tient en grande partie à la stabilité qu’elle a choisi de conserver, notamment dans son staff. « Ça marchait bien jusque-là donc il n’y avait pas de raison de tout bouleverser. » À ses côtés, un autre pilier joue un rôle déterminant : sa caddie, Michele Thomson. Ancienne joueuse du circuit européen pendant près de deux décennies, l’Écossaise apporte une expertise précieuse à la Française depuis 2025, date de ses débuts officielles dans le métier de co-pilote. « Elle connaît tout, elle sait ce que c’est d’être joueuse et puis elle visualise les coups d’une femme, là où les hommes imaginent davantage des shots qui sont propres à un jeu masculin. » Au-delà de la lecture du jeu, leur relation repose sur un équilibre fin. Nastasia Nadaud ne cherche pas une voix qui décide à sa place, mais une présence qui valide et renforce ses choix. « Et elle comprend très bien ça. »

Le staff de Nastasia Nadaud

Robin Cocq (coach de performance)
Renaud Gris (coach technique)
Cédric Coquet (préparateur mental)
Liesbeth Pauwels (préparatrice physique)

Le LPGA Tour facilite également l’intégration de la vainqueur de l’Open d’Espagne 2025. Depuis l’an dernier, un programme lancé par Michelle Wie West et destiné aux rookies, baptisé Power Her Drive, encadre donc les nouvelles venues. « Une belle surprise » glisse la joueuse, qui raconte : « On a des sortes de briefings, ils nous présentent les services disponibles sur le circuit, ils nous aiguillent sur tous ce qui est périphérique au parcours. Donc on découvre par nous-mêmes tout en étant suivies. » Dans ce cadre, un système de mentorat a également été mis en place. Chaque rookie est associée à une joueuse plus expérimentée. « On renseigne quelques critères et on nous donne ensuite la joueuse à qui l’on se réfère. » Pour elle donc, la French connection a opéré avec Perrine Delacour, de onze ans son aînée. « Si j’ai des questions, je peux lui demander, que ce soit sur la logistique ou l’organisation. Et puis, comme je le disais, ça nous a menées à partager des logements aussi », raconte-elle. Comparé à ses débuts sur le LET, elle distingue un contraste net. « En Europe, j’ai vraiment tout découvert. Mais aussi parce que ma première année sur le LET était ma première année pro. Ici, j’ai moins d’informations à intégrer et celles-ci sont accessibles plus vite. »

Un fil français discret mais essentiel

À des milliers de kilomètres de la Savoie, l’actuelle n° 75 de la Race to CME Globe a, en plus, un petit bout de France qui la suit avec. Au-delà des quelques interactions avec ses autres compatriotes du Tour, Pauline Roussin-Bouchard et Céline Boutier, son entourage, bien qu’à distance, fait souvent partie du quotidien. La nostalgie aussi, en particulier pour la nourriture savoyarde. Et puis il y a ces histoires improbables que seul le petit monde du golf sait faire naître. Lors du Fortinet Founders Cup, Nastasia Nadaud s’est retrouvée, par hasard, chez Caroline Devaux, fille de Catherine LacosteOn m’a proposé de loger chez une Française qui était bénévole sur le tournoi, ce que j’ai accepté. Au final, je la voyais au petit-déjeuner et c’est elle ensuite qui me bipait mon QR code pour arriver au golf. C’était très sympa ! »

Malgré cette aisance au pays de l’oncle Sam, la Tricolore ne sait toujours pas si elle y établira bientôt domicile. D’abord parce que son installation à Dubaï à l’hiver 2025 lui sied. « Même si les allers-retours seront peut-être usants à la longue, c’est un emplacement stratégique pour aller en Asie ou aux États-Unis » conclut-elle. Et ensuite, parce qu’il lui faut encore garantir son droit de jeu pour l’an prochain. Pour l’heure, son top 15 au Ford Championship et un cut passé pour son premier Majeur - le Chevron Championship - disputé outre-Atlantique la mettent sur la voie, elle qui figure comme la huitième meilleure des 28 rookies du circuit.