Pour l’instant dans les clous pour conserver sa carte sur le LPGA Tour 2027, Nastasia Nadaud poursuit sa découverte du plus exigeant des circuits professionnels féminins. La native de Chambéry dresse un premier bilan de son expérience made in USA.

Un début de saison très sérieux sur le LPGA Tour pour Nastasia Nadaud qui se fixe le top 80 de la Race en fin d'année © Sarah Stier / Getty Images via AFP

Au repos cette semaine, Nastasia Nadaud a décidé de rester aux Etats-Unis, s’évitant ici un aller-retour contraignant avec Dubaï où elle réside désormais depuis plusieurs mois maintenant. La native de Chambéry (73), membre du LPGA Tour depuis cette année via une brillante qualification début décembre aux Cartes d’accession disputées à Mobile (Alabama), n’est pas au départ du 81e U.S. Women’s Open de l’histoire organisé dans la banlieue chic de Los Angeles, au Riviera Country Club. Elle aurait pu prendre part aux qualifications du plus prestigieux des Majeurs féminins. Mais elle a préféré choisir une autre option.  

« C’était un choix, lâche-t-elle, d’emblée. Une qualif pour l’U.S. Women’s Open, c’est assez éprouvant. Je préfère me concentrer sur ma saison sur le LPGA Tour plutôt que de me « cramer » un lundi de semaine off sur 36 trous... Je sais que je vais rentrer dans 4 des 5 Majeurs cette année. C’est dommage, je ne le cache pas mais je me dis que je pourrais le jouer l’année prochaine... L’opportunité d’entrer dans le top 75 mondial et de pouvoir ainsi entrer dans le champ ne s’est pas fait. Ce n’est pas grave. »

Choix assumé donc pour une jeune femme qui, en neuf départs sur le LPGA Tour cette saison, s’en sort pas trop mal pour le moment. Six cuts franchis avec quelques solides sorties à l’image de sa 21e place le week-end passé bouclé par un excellent 66, sa meilleure carte pour l’instant, dans le New Jersey au ShopRite LPGA s’est imposée Céline Boutier. Elle avait aussi accroché un top 15 (14e) au Ford Championship le 29 mars dernier. 79e de la Race to CME Globe au 1er juin, la protégée de Renaud Gris, professionnelle depuis 2023 sans être passée par une université US, est toujours dans les temps pour conserver sa carte en fin de saison.

« Je me suis fixée le top 80 de la Race pour être assurée de rentrer sur la majorité des tournois du LPGA Tour l’an prochain, déclare la licenciée au Golf Club d’Aix-les-Bains 1895. J’emmagasine énormément d’expérience en jouant en ce moment avec les meilleures joueuses du monde. J’ai d’ailleurs beaucoup d’humilité par rapport à ça. J’ai très bien joué l’an passé (Ndlr, 3e de la l’ordre du mérite sur le Ladies European Tour) mais là, le curseur est encore placé un peu plus haut. Cela calme un peu on va dire. J’ai appris aussi pas mal de choses sur moi, voir comment je réagis par rapport à l’adversité, parce qu’il y a forcément plus d’enjeux aussi. Sur le résultat pur, la saison avait plutôt bien démarré et là, j’ai eu quelques semaines plus en dedans... Mais il reste encore six mois. Je suis confiante pour la suite... »

Ce n’est pas une légende, c’est très individuel ici. L’état d’esprit est très centré sur soi-même et sur le travail à fournir plutôt que sur les copines...

A elle de poursuivre son adaptation sur le plus exigeant des circuits professionnels féminins où la devise est généralement celle de l’auto-détermination. Le LPGA Tour a en effet la réputation d’être un milieu très individualiste, où le partage est très rare. On est loin ici de l’ambiance plus décontractée du LET.

« Les filles sont plus centrées sur elles-mêmes, confirme-t-elle. Elles sont là pour faire le job. Il y a beaucoup de personnes qui gravitent autour d’elles. Alors que sur le LET, on peut aller s’assoir dans le Player’s Lounge avec des copines, là, il y aura toujours une fille accompagnée par son psy, son coach mental, son coach de swing, au choix quoi (rires). Ce n’est pas une légende, c’est très individuel ici. L’état d’esprit est très centré sur soi-même et sur le travail à fournir plutôt que sur les copines... »

« Et puis la grosse différence avec l’Europe réside sur les parcours, ajoute Nastasia Nadaud. Ils sont globalement plus exigeants, plus longs aussi. Les greens sont également plus fermes et plus rapides. C’est pour moi le plus gros changement. Après, ce qui peut être similaire avec le LET, c’est qu’on peut se retrouver avec des greens magnifiques une semaine et des greens moins bons la semaine suivante. Il faut savoir s’adapter. C’est tout. »

J’avoue que je m’y suis plutôt très bien fait à cette vie à l’Américaine

Ce qui semble en tout cas être le cas pour la vie de tous les jours aux Etats-Unis. La jeune française âgée seulement de 21 ans se sent bien au pays de l’oncle Sam. Et c’est déjà un bon point. Les exemples des échecs répétés des joueuses européennes dans ce domaine sont nombreux. Mais pas pour Nastasia Nadaud apparemment...

« J’avoue que je m’y suis plutôt très bien fait à cette vie à l’Américaine, confirme-t-elle. Les voyages, les parcours, les tournois, je me sens bien ici. Les résultats pour l’instant n’ont pas toujours été ceux que j’espérais, on va dire, mais je suis très contente du mode de vie ici aux Etats-Unis... »

« J’articule ma vie entre les Airbnb et de temps en temps le housing (résider chez l’habitant), mais c’est assez rare, poursuit-elle. Je privilégie néanmoins la première solution pour pouvoir partager avec les copines. De temps en temps, avec des Françaises... Avec des Italiennes aussi... Cela varie. La cohabitation avec les autres Françaises du Tour ? Cela se passe bien. Céline (Boutier) est dans sa bulle, elle fait son truc et ses parents sont souvent là. Elle ne va pas partager l’appartement avec d’autres filles, pas que je sache en tout cas. Autant avec Pauline (Roussin-Bouchard) et Perrine (Delacour), il m’est arrivé de partager des appartements avec elles. Adela (Cernousek) aussi, c’est une bonne copine. »

Trois semaines en Europe en juillet

Résidente à Dubaï depuis plusieurs mois maintenant, ses occasions de revenir en France se font rares. Elle n’a pas non plus été impactée par le conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février et qui continue, encore aujourd’hui, d’instaurer un climat de défiance dans la région.

« Je suis partie juste avant les premières frappes sur Dubaï, précise-t-elle. Là, on est revenu à peu près à la normale. Mais on reste prudent. C’est devenu mon pied à terre depuis cet hiver. Sinon, j’ai pris quelques jours de vacances chez mes parents. Cela faisait presque six mois que je n’étais pas revenu en France. »

Son retour sur le Ladies European Tour devrait en revanche s’effectuer au mois de juillet. On la verra ainsi à l’Amundi Evian Championship (9-12 juillet) puis à l'ISPS Handa Women's Scottish Open (23-26 juillet) et enfin au AIG Women’s Open (30 juillet-2 août). La suite ? Rien n’est moins sûr. Même si la prochaine Solheim Cup aura lieu aux Pays-Bas du 11 au 13 septembre à S’Hertogenbosch.

« Il n’y a pas d’autres tournois du LET prévus pour le moment, conclut-elle. Peut-être le PIF London Championship (6-9 août). Remettre mon titre en jeu en Espagne, sur le tournoi que j’ai gagné fin 2025 (Ndlr, Andalucia Costa Del Sol Open de España), j’aimerais beaucoup mais c’est encore tellement loin... Même chose pour la Solheim Cup. Ce serait super si ça se passait bien mais ce n’est franchement pas une obsession, ni un objectif pour l’instant. Ce n’est pas quelque chose qui me traverse l’esprit chaque semaine. Si je travaille bien, ça peut venir. Mais ce n’est pas un objectif primaire. »