Victorieuse du ShopRite LPGA il y a dix jours, Céline Boutier a renoué avec le succès sur le LPGA Tour après presque trois ans de disette. Bien qu'inattendu, ce septième trophée lui a apporté la conviction que d'autres sont à venir, quelque soit sa place dans la hiérarchie du circuit américain et du classement mondial.
Au sortir d'un U.S. Women's Open bouclé dans l'anonymat d'une lointaine 66e place, Céline Boutier est revenue sur les émotions vécues la semaine précédente, à l'occasion du ShopRite LPGA. C'est dans ce tournoi, qu'elle avait déjà remporté en 2021 (elle y avait signé sa deuxième victoire sur le LPGA Tour, la première sur le sol américain) que la Parisienne a renoué avec le succès outre-Atlantique, près de trois ans après son dernier trophée. Et même si son classement mondial actuel (23e aujourd'hui, 20e il y a huit jours) est moins flatteur qu'à l'époque (3e), la joueuse de 32 ans est convaincue que d'autres victoires sont à venir.
Comment avez-vous vécu le dénouement du tournoi et la victoire au bout ?
Le dimanche, je ne m'attendais pas vraiment à avoir une chance de gagner. J'avais réussi à remonter pas mal de places le samedi, notamment grâce au vent qui avait compliqué les choses pour tout le monde, mais j'étais encore quatre coups derrière. Et comme le dernier tour s'annonçait assez calme, je savais que les scores allaient être bas. Je pensais qu'il me fallait faire -6 ou -7 pour avoir une chance. Du coup, quand j'ai terminé, je me suis dit que ça allait être difficile, mais finalement, la leader (la Coréenne Soo Bin Joo, ndlr) n'a pas très bien joué. Ça a donc été une belle surprise de l'emporter ! Ça m'a vraiment fait très plaisir de regagner, surtout que j'avais déjà remporté ce tournoi — c'était ma première victoire sur le LPGA Tour aux États-Unis. Donc c'était plutôt sympa de gagner à nouveau ici.
Le fait de revenir sur un parcours sur lequel vous avez déjà gagné vous a-t-il aidé à aborder cette semaine de manière plus détendue ?
C'est vrai que j'avais de bons souvenirs sur ce parcours, et que j'aime bien le dessin. Il me convient assez bien, je trouve. Mais je crois que c'était avant tout parce que je n'avais pas trop d'attentes, et que j'étais juste contente d'être là-bas, que ça m'a peut-être un peu libérée, entre guillemets.
Après presque trois ans sans victoire sur le circuit américain, qu'avez-vous ressenti quand vous avez su que vous aviez gagné ?
J'ai vraiment mis du temps à réaliser, j'avais du mal à y croire. C'est vrai que c'était – je ne sais pas trop comment l'expliquer – c'était un peu la bataille. J'étais vraiment concentrée, j'essayais de faire le plus de birdies possible, mais je ne m'attendais pas vraiment à avoir une chance. C'était tellement inattendu que j'ai mis un peu de temps à réaliser. C'est plus tard, dans la soirée puis le lendemain, que j'ai réalisé : « Je n'en reviens pas d'avoir regagné un tournoi. » Là, ça m'a fait quelque chose de bizarre, parce que ça faisait pas mal de temps que je n'avais pas gagné. C'était une sensation un peu étrange, mais bien évidemment, j'étais super contente de l'avoir fait, même si je n'étais pas dans la dernière partie. C'était une sensation un peu différente, mais quand même bien !
En quoi le fait de gagner en revenant de derrière est-il différent de gagner en étant leader avant le dernier tour ?
C'est assez différent en termes de ressenti. Je dirais que j'aime bien revenir de derrière, parce qu'on est dans un état d'esprit beaucoup plus agressif tout au long de la journée. Je ne regardais pas vraiment le leaderboard, j'essayais juste de scorer le plus bas possible. Alors que quand on part en tête ou dans la dernière partie, on est un peu plus défensif, entre guillemets. Ce n'est pas le même état d'esprit, parce que vous pensez avoir une chance de gagner, donc vous essayez de conserver votre avance. Alors que quand vous revenez de derrière, vous n'avez virtuellement pas beaucoup de chances de gagner, donc vous vous sentez un peu plus libre, et du coup vous êtes plus à l'offensive globalement sur la journée.
Y a-t-il un moment où vous avez réalisé que vous étiez quand même dans le coup et que ça pouvait tourner en votre faveur ?
Je ne regardais pas trop les scores, mais c'est vrai que quand j'ai rentré ce putt au 14, je me suis dit : « OK, si je finis bien, je peux avoir une chance. Si je fais encore un birdie, je peux y croire », parce que le 17 était un par 3 assez court, et le 18 un par 5 atteignable en deux. Donc je me suis dit : « Si je finis avec un ou deux birdies, j'aurai vraiment une chance. » Et finalement, je n'en ai fait aucun, mais j'ai quand même gagné — donc c'était vraiment une belle surprise !
À quel point attendiez-vous cette victoire, la première sur le LPGA Tour depuis la Malaisie fin 2023 ?
Forcément, je voulais que ça arrive, mais je ne savais pas quand, parce que parfois au golf, on a l'impression d'être tellement loin… Et honnêtement, je ne m'attendais vraiment pas à ce que ça arrive cette semaine-là, au ShopRite. Je pensais que ce serait un peu plus tard dans la saison, qu'il me faudrait être peut-être encore une ou deux fois à la bagarre pour me sentir plus à l'aise, et qu'après ça aurait fini par arriver. Mais c'est sûr que c'était frustrant, parce que je jouais quand même pas mal ces deux dernières années, et pourtant la victoire n'est pas venue. Cette année en revanche, je trouvais que je jouais tellement mal, surtout en début de saison, donc je n'y pensais même pas.
Avez-vous douté de vous durant ces presque trois années de disette ?
Je pense que j'ai un peu douté, dans le sens où je ne savais pas si j'allais réussir à regagner, d'autant plus que j'avais l'impression que le niveau global augmentait de plus en plus. Et en début d'année, à part au Mizuho Americas Open mi-mai, je n'avais pas vraiment eu de chance de gagner parce que je jouais mal. Donc je ne savais plus si j'allais me retrouver dans cette position où je pouvais gagner. Mais le dernier mois et demi, je recommençais à bien jouer. Donc je me suis dit : « OK, je peux me remettre en position. » Mais je ne savais pas quand ça allait arriver. C'est un peu la loterie, entre guillemets.
Vous trouvez que le niveau de jeu sur le circuit a augmenté ces deux ou trois dernières années ?
J'ai l'impression que les joueuses s'améliorent chaque année. La moyenne de jeu du circuit est plus élevée, et ça se voyait ces deux dernières années : il y a beaucoup plus de filles qui gagnent. Avant, c'était assez courant d'avoir des joueuses qui gagnent deux ou trois fois dans l'année. L'année dernière, il y avait je ne sais plus combien — treize ou quatorze nouvelles gagnantes sur le Tour ! Et je crois qu'il n'y avait que deux filles qui avaient gagné plusieurs fois. Donc il y a vraiment beaucoup plus de joueuses capables de gagner chaque semaine.
Et vous, comment vous situez-vous par rapport aux autres ? Vous estimez-vous encore parmi les meilleures du circuit, ou commenciez-vous à vous dire que beaucoup de joueuses jouaient mieux que vous ?
J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de joueuses qui jouent très bien. À chaque fois que je joue avec quelqu'un, il y a toujours quelque chose dans leur jeu qui est impressionnant. Après, je ne sais pas si je suis meilleure ou moins bonne qu'elles. Ce que je sais, c'est que je peux encore jouer pour gagner. Que je sois dans le top des classements ou pas, je m'en fiche tant que je gagne. Et depuis dix jours, je sais que je peux encore gagner !
Cette victoire va-t-elle changer votre façon d'aborder la suite de votre saison ?
Non, je ne pense pas. Je suis forcément soulagée, et maintenant je peux vraiment profiter et donner le maximum sans avoir cette pression de gagner à nouveau, mais il y a encore des choses à affiner dans mon jeu. Je trouvais que ce n'était pas terrible la semaine dernière à l'U.S. Women's Open, donc je vais plutôt me focaliser sur ça et essayer de vraiment faire progresser tous les compartiments de mon jeu. L'Amundi Évian Championship, le prochain Majeur, est encore plus exigeant, donc je ne peux pas me permettre d'avoir un niveau de jeu assez moyen. Je vais juste me focaliser là-dessus et essayer de faire de mon mieux. Après, il y a toujours un peu de pression et d'attente parce que c'est en France, mais au-delà de ça, je ne pense pas que cette victoire change grand-chose à ma façon d'aborder la suite, et en particulier ce tournoi.
Un dernier mot sur ce tournoi en double de cette semaine, le Dow Championship que vous jouez avec la Danoise Nanna Koerstz Madsen. C'est une semaine aussi intense et sérieuse que les autres, ou ça a un feeling un peu différent de l'ordinaire ?
C'est peut-être un peu plus détendu, parce que c'est super de pouvoir jouer avec quelqu'un d'autre comme partenaire — c'est quelque chose qu'on a vraiment peu souvent l'occasion de faire dans l'année. Donc c'est super cool. Et c'est vrai que c'est un peu plus sympa, mais on ne veut quand même pas mal jouer ni mettre sa partenaire dans de mauvaises situations. Mais de manière générale, je dirais que c'est peut-être une semaine un peu plus facile.
Sa 16e victoire pro individuelle
2026 ShopRite LPGA (LPGA)
2024 Aramco Team Series - Shenzhen (LET)
2023 Maybank Malaysian Open (LPGA)
2023 Women's Scottish Open (LPGA/LET)
2023 Évian Championship (Majeur)
2023 LPGA Drive On Championship (LPGA)
2021 ShopRite LPGA Classic (LPGA)
2021 Lacoste Ladies Open de France (LET)
2020 Kathy Withworth Paris Championship (mini-tour)
2020 Texas Women's Open (mini-tour)
2019 ISPS Handa Vic Open (LPGA)
2018 Australian Ladies Classic (LET)
2017 Sanya Ladies Open (LET)
2017 Sioux Falls GreatLIFE Challenge (Symetra)
2017 Self Regional Healthcare Foundation Classic (Symetra)
2016 Fort Rucker Ladies Open (mini-tour)