L’un des meilleurs aspects du golf est le partage. Parce qu'une expérience peut être profitable à tous, la rédaction raconte, de temps à autres, ses parties qui valent d'être lues. Dans ce troisième épisode, cheminons de Rennes jusqu’à la Manche, pour une bonne tranche de Bretagne, terre et mer.

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L'endroit le plus connu du Saint-Malo Golf Resort : en haut à gauche, le green du 16, et en bas à droite, le green du 6, tous les deux de part et d'autre du Meleuc. © Saint-Malo Golf Resort

Mise en service dans son intégralité en juillet 2017, la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Paris à Rennes est l’aorte oxygénant tout le département d’Ille-et-Vilaine. L’arrivée d’un train en gare de la capitale bretonne est en réalité un point de départ, pour tout voyageur descendant de voiture avec les clubs sur le dos. Du bassin rennais, la course à la mer l’entraîne dans les campagnes qui fleurissent les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, avant de le laisser couler au fil de l’estuaire de la Rance. Près de son embouchure, depuis près de 140 ans, le Dinard Golf est accroché au littoral, comme prêt à sauter dans la Manche. Ce que ne manquera pas de faire le voyageur, tous golfs joués, si un peu d’eau fraîche ne lui fait pas peur.

Le bassin rennais : à chacun son style

Peut-être l’envie du crochet en demi-tour a-t-elle gagné l’arrivant, lorsqu'il a aperçu les tours pointues du château de Vitré et le golf 18 trous du Bois des Rochers voisin. Sinon, son voyage commence donc à Rennes, et plus largement dans ce que les locaux nomment le bassin rennais. Ici, les 9 trous de Cesson-Sévigné et de Cap Malo peuvent satisfaire l’emploi du temps serré. Si l’humeur est plutôt aux 18 trous, de deux choses l’une. Soit le temps est étirable à volonté, alors chacun des trois tracés de l’agglomération vaut le détour (avec l’avantage de leur proximité géographie, dans le quart sud-ouest). Soit le visiteur est obligé de faire un choix, et il lui faudra alors le faire en fonctions des critères suivants.

Près de l’aéroport de Rennes, le golf Bluegreen de Rennes Saint-Jacques est sans doute, parmi les trois, le plus varié. Tantôt les mises en jeu sont larges, tantôt elles sont cernées de rangées d’arbres. Tantôt les greens sont vastes, tantôt ils cachent leur verdure derrière des bunkers. Tantôt l’herbe règne en maîtresse, tantôt les pièces d’eau prennent le rôle de guide du jeu. Le cliché du « tous les coups de golf sont nécessaires » peut être convoqué sans problème ici, tant le visiteur se rend compte, partie bouclée, qu’il n’en est pas un.

N.B. : Tous les golfs nommés dans cet article, à l'exception du Bois des Rochers, sont à retrouver dans notre playlist des Golfs de la semaine.

Quelques kilomètres plus au nord, après avoir laissé derrière soi le Roazhon Park et être sorti de la fameuse Route de Lorient, la forêt de Vezin-le-Coquet abrite le golf de La Freslonnière. Ici, le décor boisé est un invariant, si ce n’est dans la grande diversité des essences bordant ce parcours à la portée de tous les niveaux car de longueur abordable, mais qui oblige à bien réfléchir à tous ses coups (tiens, encore un cliché qui cesse subitement d’en être un). Le choix de la bonne profondeur sur les mises en jeu est loin d’être cantonné aux pars 3, et la satisfaction du visiteur quant à sa performance sportive tiendra beaucoup au fait qu’il sera parvenu à se donner les bons angles. Son effort de lucidité recevra le fort appui du calme imperturbable de La Freslonnière, que routes et 6 tonnes évitent soigneusement de déranger.

Enfin, si le voyageur préfère la sensation de calme procurée par la nage en surface des palmipèdes, il mettra le cap un tantinet au sud, vers le Ugolf Domaine de Cicé-Blossac. L’eau est bien présente en bordure de ce tracé, au cœur d’une paisible zone pavillonnaire, mais son rôle dans le déroulement de la partie reste raisonnable. Ici, de longs pars 3 et de larges zones de retombée donnent plutôt envie d’agripper le driver et de bien laisser jouer la tête de club. Gare, toutefois, aux vastes greens, majoritairement pentus, souvent roulants, immanquablement exigeants. Ici, le cliché le plus pertinent à convoquer serait sans doute : « rien n’est fini tant que la balle n’est pas dans le trou ».

On retiendra

Le trou n° 8 de La Freslonnière. Un charmant petit par 3, inoffensif en apparence, avec à peu près 100 m au garrot. Mais non seulement la grande pièce d'eau entre le départ et le green sanctionne le moindre brin d'herbe pris avant la balle (qu'entendez-vous au juste par « du vécu... » ?), mais le green lui-même, penché vers la droite, oblige à putter avec prudence. Comme dirait Usain Bolt, que de choses peuvent se passer en 100 m...

La campagne : plutôt champs ou plutôt château ?

En mettant les quatre roues sur la D137, soit la quatre-voies bretonne gratuite (pléonasme) reliant Rennes à Saint-Malo, le visiteur s’ouvre l’horizon de la campagne de Haute-Bretagne, qui comme son nom l’indique est… la plus plate des deux. S’il met le clignotant à la sortie de Saint-Symphorien, après avoir contourné Combourg qui vit une partie de la jeunesse de ce bon vieux François-René, il arrive au Domaine des Ormes, peu avant Dol-de-Bretagne. Village vacances, centre équestre, loisirs aquatiques, cabanes dans les arbres et même terrain de cricket (mais oui, et souvent occupé, figurez-vous) sont le voisinage original de ce tracé de 18 trous tout en élégance forestière. Il faudra surtout montrer du savoir-faire stratégique pour s’éviter les pièges de ce parcours, plus vallonné que ce que la géographie de l’endroit pourrait laisser penser. Ce qui permet, entre autres, de dégager par moments la vue sur le château, au cœur du domaine. Aux Ormes, plaisir avant, plaisir après, et surtout car cela demeure le plus important, plaisir pendant le golf.

Si le clignotant a donné de la flèche plus loin, à la sortie direction Miniac-Morvan, sans doute le voyageur a-t-il fini sa course au Saint-Malo Golf Resort. Qu’on ne s’y trompe pas, la cité corsaire demeure à 20 km à vol d’oiseau, raison pour laquelle les golfeurs de longue date de la région parleront fréquemment de l’endroit comme Le Tronchet, du nom de la petite commune hôte de ce domaine de 27 trous. Mais les mêmes vieux routiers salueront sans hésiter les qualités indéniables du golf, notamment son parcours 18 trous. Comme à Saint-Jacques, le cliché de « tous les coups du golf » peut être convoqué sans difficulté. L’œil sera, forcément, attiré vers les trous 6 et 16. Le premier est un par 3, tout en descente, avec tout un bras du Meleuc, un lac de retenue artificiel, à survoler. Le second, un par 4, fait le voyage dans l’autre sens, avec son green en hauteur. Les deux se partagent un pont qui concourt dans le peloton de tête au titre de symbole du golf. Son double talent est de, souvent, porter les espoirs au voyage aller, et les chagrins au voyage retour. Arrêtez avec votre « vécu », qu'est-ce qu'il y a, à la fin ?

On retiendra

Le trou n° 10 des Ormes. Après avoir joué votre mise en jeu sur ce court par 4, en espérant que vous ne vous êtes pas fermé l'angle vers le green (ça vient vite), n'hésitez pas à vous retourner vers le château, qui apparaît dans l'enfilade des arbres. Il est encore plus visible du green, un peu en hauteur. S'il n'y a personne derrière, l'arrêt contemplatif se justifie amplement.

Dinard : enfin, la mer

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Le club-house de Dinard Golf, classé depuis 2015 aux Monuments historiques. © Dinard Golf

Il faudra encore traverser le barrage de la Rance de la rive droite vers la rive gauche, une fois au bout de la D137, pour rejoindre Saint-Briac et sa caractéristique côte schisteuse. D’une embouchure, celle du fleuve où tourne la plus ancienne usine marémotrice au monde, on passe à une source, celle du golf breton. Dinard Golf déroule ses links sur ce littoral depuis près de 140 ans. Morceau entier d’histoire dont la première bouchée intervient avant même que le voyageur ait planté son premier tee de la journée. En rentrant dans le club-house, il découvre un décor n’ayant que très peu bougé depuis des décennies, et qui suffit sans doute à lui faire comprendre le classement du bâtiment, reconstruit en 1927, aux Monuments historiques.

Une fois sur le parcours, il commence par tourner les yeux vers la terre, mais très vite, dès le trou n° 6, la mer se rappelle à lui. Elle ne le quitte guère sur les deux tiers restants du tracé, où il pourra constater, si le soleil a raffermi le sol et si Éole lui souffle ses mauvais conseils, qu’un dessin dit « à l’ancienne » n’est absolument pas synonyme de parcours facile. En revanche, l’arrivée au green du 18 en face du club-house, puis l’admiration de la vue une fois sur la terrasse, lui donnera le sentiment d’être arrivé au bout de son voyage. Enfin, au bout… Il est à quel heure, ce train ?