Avec l’application Eagle, il est désormais possible de jouer avec les athlètes de tous circuits, sur leur temps libre, et de contribuer au financement de leur saison. Ou quand les parties du dimanche deviennent particulièrement uniques…

Laurent, un amateur dans l'Hérault, a récemment partagé une partie avec la pro Emma Falcher. © ffgolf.

L’invention du pro-am est une aubaine pour tout fan de golf. Dans son équivalence football, il s’agirait de pouvoir s’entraîner avec un joueur d’une équipe pro - chacun se projètera le patronyme et le club de ses rêves - la veille de son match. Le voir de près, lui parler, plaisanter, échanger quelques passes et frappes avec lui cinq heures durant et en tirer des souvenirs chers pour la vie. Cette invention du pro-am, aussi vieille soit-elle, porte tout de même un inconvénient qui incombe au joueur ou à la joueuse professionnel(le) qui fait découvrir son métier. C’est que, justement, ce jour-là, il/elle travaille. Et de la capacité à satisfaire la curiosité de ses partenaires du jour tout en amassant les informations nécessaires à sa performance de la semaine dépend la qualité de la journée des amateurs. Ainsi, pour beaucoup d’athlètes du golf, les pro-am sont parfois (souvent ?) une contrainte usante. Mais de manière professionnelle, ils s’y appliquent. C’est pourquoi lorsqu’on leur a présenté l’idée en premier lieu, Tom Vaillant et Martin Couvra ont trouvé le concept d’Eagle excellent. « C’est particulièrement une super idée dans le sens où ça lève des barrières : celle du financement pour les pros et celle du contact pour les amateurs » raconte Couvra.

Le concept d'Eagle

L’application met en relation amateurs et professionnels pour disputer des parties amicales. Selon la géographie des deux partis, la date et les disponibilités des professionnels, les amateurs peuvent s’offrir une expérience de jeu sur 9 ou 18 trous et ainsi contribuer au financement des pros.

Cette idée a été celle de deux hommes, Thomas Ripert et Pascal Fouache. Les deux ont connu le monde professionnel de près. Pour le premier, l’Alps Tour n’a pas toujours mené aux attentes escomptées. Mais l’apprentissage a servi. « En cherchant des sponsors chaque année, j’ai vu la difficulté que c’était. Avec les copains du circuit, on se disait : ‘On a la carte c’est bien, maintenant il faut trouver trente, quarante, cinquante mille euros.’ » Le second cité, de son côté, a un temps accompagné l’ancien joueur, en tant que sponsor justement. « On a établi que la difficulté de mon financement n’était pas un cas isolé. Et que les différents profils à qui on parlait de notre projet étaient séduits », à l’instar de Vaillant et Couvra.

Bien sûr, les deux joueurs du DP World Tour ne sont pas ceux qui sont le plus concernés par cette nouvelle création, au contraire de leurs homologues des circuits satellites ou des circuit féminins, moins médiatisés et moins investis par les mécènes. « Ça peut créer des belles histoires, rajoute Martin Couvra. Pour les pros, ce sont des rencontres qui peuvent permettent d’aller jouer des cartes qu’ils n’auraient peut-être pas pu se permettre de viser. Ou même déboucher sur un partenariat. » Au gré du bouche à oreilles, ces athlètes se sont rapidement greffés au projet. Théo Boulet, Camille Chevalier, Robin Sciot-Siegrist ou Chloé Salort en sont des exemples. « Tous ces pros ont des temps morts dans leur année. Et eux aussi aiment jouer parfois avec des amateurs. Autant que les amateurs aiment regarder leur swing lorsqu’ils ont la chance de les croiser par hasard dans un golf » explique le co-fondateur de 31 ans, Thomas Ripert.

Pascal Fouache (à gauche) et Thomas Ripert (à droite), co-fondateurs de Eagle. © ffgolf

Une expérience unique pour les amateurs

Le concept est donc bénéfique à tous : les pros complètent leurs budgets annuels quand les amateurs vivent une expérience unique. « L’une des premières motivations pour nous était aussi de refaçonner la perception des amateurs sur ce qu’est un professionnel » résume Thomas Ripert, licencié au golf d’Aix-Marseille. « À la télé, on ne se rend pas compte de la réalité des coups et du jeu. Je reprends souvent l’exemple de la natation : parce que les caméras sont au rythme des nageurs, on ne se rend pas compte de la vitesse des mecs dans les bassins. » En effet, à l’instar de nombreux autres sports encore, au golf, la télévision aseptise la technique du swing ou même l’expérience visuelle du public. « On découvre beaucoup de choses qu’on ne voit même pas à la télé » confirme Laurent Diaz, utilisateur de l’application depuis le début d’année.

Cet infirmier installé dans l’Hérault a eu le plaisir d’inaugurer l’expérience utilisateur. Le patient zéro en somme. Initié au golf depuis 18 mois, le golfeur a découvert Eagle au détour d’une vidéo de promotion, « un peu par hasard » glisse-t-il avant de dévoiler qu’il a immédiatement installé l’application. Après avoir sélectionné sa date et le golf de Massane pour terrain de jeu, le nom d’Emma Falcher lui a été proposé. « Je ne la connaissais pas du tout, reconnait-il. Mais j’ai vu qu’elle avait remporté un tournoi sur le LET Access et qu’elle évoluait sur le LET alors j’ai saisi l’occasion. » Dès leur échauffement ensemble au practice, le 34 d’index a cumulé un paquet d’informations : « C’est un moment que je trouve très important et Emma m’a tout de suite éclairé sur les étirements, sur l’importance de bien taper les balles plutôt que d’en frapper beaucoup. » Une fois les muscles et les fers échauffés, le duo s’est rendu au départ du 1. « J’avais pris une voiturette, non pas pour m’économiser l’effort mais pour être sûr de pouvoir aller chercher mes balles plus facilement et plus vite » raconte le golfeur consciencieux.

Le souvenir immortalisé par Laurent Diaz avec Emma Falcher. © ffgolf

Le temps de 18 trous, tous les sujets y sont passés : le circuit, la vie de pro, les débuts en amateur, les conseils sur le vent, ceux de la routine de putting… « J’ai eu énormément d’informations. Certainement plus que ce que l’on peut avoir avec un enseignant. » Pas plus tard que vendredi dernier, l’infirmier appliquait encore ses apprentissages sur le parcours ; avec la satisfaction de noter une progression évidente dans son jeu. Pour la joueuse de 21 ans qui a débarqué sur le LET cette saison pour sa première année pro, l’expérience a été tout aussi réussie. « Pour moi, ce n’était pas une journée d’entraînement. C’était vraiment un moment de partage qui m’a permis de sortir un peu de ma rigueur des jours de travail » dévoile-t-elle.

Des fonctionnalités variées

En plus du jeu, Eagle propose des conseils de pro, des articles sur la vie des athlètes ainsi que le suivi de leurs résultats chaque semaine en tournoi.

Évidemment, l’application n’en est encore qu’à ses débuts. Encore en rodage sur certains détails, comme la définition des prix par chacun des pros ou la manière d’organiser le rendez-vous le jour d’une partie, les deux fondateurs sont « très à l’écoute des retours utilisateurs » précise Thomas Ripert. Un moyen d’avancer sur leurs envies futures et de répondre aux attentes des amateurs. En parallèle, le coût des parties constitue également un sujet important. À titre d’exemple, neuf trous avec Alexandre Vandermoten, récent vainqueur sur l’Alps Tour, se payent 99 euros contre 138 euros avec Robin Sciot-Siegrist (joueur de l’HotelPlanner Tour) et près de 3000 euros avec Martin Couvra. « Ce ne sont pas des sommes que l’on peut payer toutes les semaines mais je me dis que ça peut devenir une bonne idée de cadeau commun exceptionnel pour un anniversaire » suggère le passionné. Pour ceux qui ne sauraient pas quoi commander au prochain Noël…