Dans les années 80, Nathalie Jeanson fut la première proette occidentale à s'installer au Japon pour y gagner sa vie avec ses clubs. Alors que la parenthèse olympique vient de se refermer, l'actuelle directrice du Golf de Paris Longchamp nous dévoile les spécificités du golf au Pays du soleil levant.
Comment se dit « golf » en japonais ?
Tous les mots d'origine étrangère se prononcent avec les cinquante petites syllabes du système phonétique japonais, car on ne termine jamais un mot par une consonne. Donc « golf » se dit « gorufu » et s'écrit « ゴルフ ». Et dans le jeu, on a un tas d'expressions anglaises prononcées à la japonaise, comme « nishot » pour « nice shot » ou « horu » pour « hole ». Et on appelait pendant très longtemps, et encore un peu aujourd'hui, les clubs par leur nom d'antan : driver, brassie, spoon, cleek, baffie, mashie...
Comment le golf est-il arrivé au Japon ?
Le premier parcours a été construit à Kobe au tout début du XXe siècle, par des Anglais qui faisaient du commerce maritime. Il a été construit dans les hauteurs de la ville, car il fait très chaud là-bas l'été, et ils avaient besoin d'un peu de fraîcheur. Ce n'est donc pas un parcours très excitant, car ils l'ont construit avec les moyens de l'époque. Il n'y avait même pas de route pour y accéder, donc ils y allaient en chaise à porteurs ! D'ailleurs, les premiers parcours de golf ont tous été construits dans les montagnes, car il était hors de question de prendre les terres cultivables dans les plaines. Mais c'est finalement ce qui s'est produit plus tard, à la fin du boom de construction des parcours, dans les années 90, car les gens en avaient marre de devoir faire de l'escalade avant de jouer au golf... À tel point que pour accéder d'un green au départ suivant, ils avaient installé des tapis roulants ! Ils dynamitaient des pans de montagne pour avoir des trous à peu près plats, mais entre chaque trou il y avait énormément de dénivelé, d'où cette idée de tapis roulants.
Quelle est la place du golf aujourd'hui dans le pays ?
C'est vraiment devenu un sport national après la victoire de Torakichi Nakamura et Koichi Ono à la Canada Cup en 1957 (épreuve devenue la Coupe du monde), et ça n'a cessé de se développer jusqu'à la crise économique des années 90. Les entreprises ont commencé à moins prendre ça à leur charge, donc moins de gens jouaient, et puis le football est arrivé et a contribué aussi au déclin du golf. Le base-ball est le sport n° 1 au Japon, et le football aujourd'hui est très populaire, peut-être plus que le golf. Beaucoup de golfs sont tombés en désuétude suite à la crise économique, et de nombreux parcours ont été rachetés à la baisse par des chaînes, du même type que les nôtres mais dix fois plus grosses. Aujourd'hui il reste 8 ou 9 millions de joueurs, contre 20 au pic du boom. Les golfs restent bien présentés, pas forcément impeccables comme à l'époque où on voyait ces flopées de jardinières qui retiraient les pissenlits à la fourchette, mais toujours bien tenus. En revanche, les club-houses et les infrastructures en général sont un peu vieillots.
Comment se déroule une journée au golf pour un amateur lambda ?
Tout se passe à l'envers par rapport à chez nous ! Quand vous arrivez au golf, vous vous présentez à l'accueil où l'on vous remet une clé et une sorte de passeport. Vous faites le check-in, comme à l'hôtel, et ensuite vous vous baladez au vestiaire, au restaurant, sur le parcours, etc. Tout ce que vous consommez sur place est enregistré sur ce fameux passeport, qui n'est absolument pas moderne puisqu'il s'agit d'un bout de plastique avec un numéro, mais il vous suit toute la journée et on y note votre petit-déjeuner, votre déjeuner, le green fee, la voiturette, les boissons, les clubs, etc. Et en partant, vous faites le check-out et vous réglez tout ce que vous avez consommé. Sur le parcours, il y a plusieurs petits maisonnettes où vous pouvez vous asseoir, boire une tasse de thé ou grignoter un en-cas, avant de repartir. Et vous déjeunez invariablement au club-house après neuf trous.
Est-il obligatoire d'engager un caddie pour la journée ?
Pendant très longtemps, ça l'était. Les caddies sont toujours des femmes, généralement des dames assez âgées. Elles courent dans tous les sens pour vous apporter vos clubs, nettoyer votre balle, la poser sur le green, vous indiquer la ligne ou le grain... Elles font tout ça comme dans un ballet très agité ! Et elles le font pour quatre personnes, car elles sont équipées d'un chariot électrique qui accueille quatre sacs. Les seules fois où ce sont des hommes, c'est lorsque des parties sont organisées la nuit, sous la lumière des projecteurs pour les golfs qui en sont équipés. Dans ces cas-là, on a à faire à de jeunes étudiants qui effectuent ce petit boulot pour payer leurs études. Ce sont d'ailleurs les seuls fois où l'on voit des parties mixtes, puisqu'en général on joue entre personnes du même sexe. Mais il arrive le soir que les couples jouent ensemble, même si ça reste rare. Pour revenir aux caddies, il n'y en a presque plus aujourd'hui et vous pouvez donc prendre une voiturette. Celles-ci sont en quelque sorte fixées sur un petit chemin qui longe le fairway, donc elles n'en sortent pas, et elles fonctionnent avec une télécommande. Vous pouvez donc marcher sur le fairway tout en faisant avancer votre voiturette, vous l'arrêtez à votre hauteur pour aller chercher un club, et ainsi de suite ! Vous pouvez également monter dedans et vous laisser entraîner par la voiturette jusqu'à votre prochain coup...
Comment est organisé le jeu au niveau professionnel ?
Le circuit féminin est un peu en train de tomber en désuétude, mais moins toutefois que le circuit masculin qui a perdu beaucoup de tournois en raison de leur coût à sponsoriser. À tel point que chez les femmes, la totalité de la bourse est aujourd'hui supérieure à celle des garçons, et la meilleure joueuse gagne plus que le meilleur joueur ! Évidemment, je ne parle pas d'Hideki Matsuyama qui est dans une autre catégorie puisqu'il joue sur le PGA Tour. Mais le circuit féminin, avec ses 40 épreuves sur l'année, fait concurrence d'un point de vue financier au LPGA Tour, qui en compte quelques-unes de moins. Il y a un star system qui est bien en place puisque chaque samedi et chaque dimanche, deux heures de golf féminin et deux heures de golf masculin sont diffusées sur des chaînes accessibles à tous. Les meilleurs golfeurs et golfeuses sont donc de vraies vedettes là-bas, on les reconnaît dans la rue ou au restaurant, et ils vivent très bien. La première difficulté pour un Japonais quand il s'expatrie, c'est la nourriture. La deuxième, c'est la langue, car il n'aime pas du tout parler autre chose que le japonais. Donc ceux qui jouent très bien au Japon n'ont aucune raison de s'exporter à l'international, car ils vivent deux fois mieux chez eux ! Il faut dire aussi que les tournois là-bas se déroulent sur trois jours, ce qui permet d'avoir deux journées complètes de coupure, à la maison, alors qu'aux États-Unis ou en Europe on joue sur quatre jours et on rentre rarement chez soi après un tournoi. Au Japon, le fait de ne pas passer sa vie dans les transports, à faire et défaire sa valise, est aussi un gros avantage pour les locaux.