Qui sont celles et ceux qui dominent le golf mondial actuellement ? Et par le passé ? Et où sont nos Tricolores dans tout ça ? Amis débutants, bonne nouvelle : vous allez désormais avoir d'autres noms à citer que celui de Tiger Woods.

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La Thaïlandaise Jeeno Thitikul et l'Américain Scottie Scheffler sont les numéros 1 mondiaux actuels de golf, tous les deux avec une belle marge sur la concurrence. © Micheal Reaves - Jed Jacobsohn / Getty Images - AFP

Actuellement

Cet article paraît le 6 février 2026, et son premier paragraphe s'attaque à l'actuelle hiérarchie du golf mondial. Pourtant, le risque qu'il devienne anachronique en quelques mois est pour le moins limité. En cause, le n° 1 mondial actuel chez les Messieurs, Scottie Scheffler, et son homologue chez les Dames, Jeeno Thitikul, qui ont eu le bon goût de faire naître un bel écart avec leurs concurrents.

Ne reculons pas devant l'obstacle, et abordons d'abord la domination la moins nette des deux. La plus récente également, puisque la Thaïlandaise Jeeno Thitikul n'est à la première place du classement mondial féminin que depuis le 4 août dernier. Néanmoins, celle qui a amassé quatre victoires et une ribambelle de podiums en 2025 a pris ses distances avec l'Américaine Nelly Korda, qui l'avait précédée à la place la plus convoitée. Thitikul, lors de la mise à jour du 2 février, affichait un score de 11,86, tandis que Korda était redescendue à 7,96. Toujours deuxième malgré tout, la championne olympique de Tokyo devance l'Australienne Minjee Lee (5,48), la Japonaise Miyu Yamashita (5,40), et l'Anglaise Charley Hull (5,24). Un nom qu'il est bon de connaître est aussi celui de la Néo-Zélandaise Lydia Ko, 6e (5,13), et qui est devenue championne olympique au Golf National, lors des Jeux olympiques de Paris 2024.

Chez les Messieurs, la domination est à la fois plus ancienne et plus impitoyable. Sans doute que l'affection inconditionnelle des supporters européens pour Rory McIlroy brouille leur perception, mais les chiffres sont têtus, et c'est tant mieux. Les victoires au Masters et au Players Championship, et les performances en Ryder Cup du joueur nord-irlandais dans une saison qui fut pour lui historique en 2025, n'ont pas pu changer grand-chose à un état de fait : Scottie Scheffler écrase tout. Sans exagérer. Et ce depuis maintenant 141 semaines consécutives, ce qui lui fait 175 semaines cumulées avec la couronne sur la tête. Pas de précautions de vocabulaire à avoir : le golf est actuellement dans l'ère de domination de Scottie Scheffler.

Ces jours-ci, le seul suspense concernant les places 1 et 2 du classement mondial masculin est celui-ci : Scottie, premier, a-t-il plus de deux fois plus de points que Rory, deuxième ? Lors de l'actualisation du 1er février, et malgré le bel effort de l'Américain en remportant le deuxième tournoi de l'année sur le PGA Tour, il se situait légèrement sous cette ligne de flottaison, avec 17,0167 points, contre 8,5771. Ce qui est certain, c'est que les deux sont, chacun, sur leur planète. Le troisième, l'Anglais Justin Rose, est à 5,2755. Le quatrième, toujours un Anglais, Tommy Fleetwood, est à 5,2587. À leur suite, le classement est plus dense, et plus volatil de semaine en semaine, chose qui n'est, vous l'aurez compris, pas du tout le cas aux deux premiers rangs.

La hiérarchie masculine actuelle du golf mondial doit tout de même faire l'objet d'une nuance importante. Depuis 2022, un circuit professionnel dissident, le LIV Golf, voit évoluer certaines grosses pointures. Comme ce circuit ne s'est pas lancé dans une atmosphère d'amitié avec ses petits camarades, il a été, jusqu'à maintenant, privé de délivrer des points mondiaux. Cela vient de changer seulement cette semaine, où il a été décidé que les 10 premiers de chaque tournoi du LIV Golf recevront des points. Il faudra encore patienter pour voir les choses se rééquilibrer. Toujours est-il que deux joueurs, plus loin au classement mondial car membres du LIV Golf mais objectivement parmi les meilleurs joueurs de golf de la planète, méritent mention : l'Espagnol Jon Rahm, ancien n° 1 mondial avant son ralliement et vainqueur du Masters en 2023, et l'Américain Bryson DeChambeau, vainqueur deux fois de l'U.S. Open (2020 et 2024).

De tous les temps

Comme à peu près tous les sports (oui, n'oubliez pas, c'est un sport), le golf n'échappe pas au fameux débat du GOAT. Un acronyme anglais qui signifie « Greatest of all time », soit « Plus grand de tous les temps », et que nos amis Anglo-Saxons affectionnent particulièrement, car le mot « goat » veut aussi dire « chèvre ». Comme c'est cocasse...

Qui sont donc les GOAT du golf ? Chez les Messieurs, il y a plusieurs angles pour aborder la question, plusieurs noms différents à la sortie en fonction de l'angle choisi... mais une unanimité sur la réponse en dernier ressort. Promis, on explique. Si l'on parle de nombre de victoires dans les quatre Majeurs au calendrier masculin (Masters, PGA Championship, U.S. Open et The Open), la palme revient à l'Américain Jack Nicklaus. Né en 1940 dans l'Ohio, et toujours de ce monde à ce jour, celui qui est surnommé The Golden Bear a triomphé à 18 reprises, dont six fois au seul Masters, un record. Ses victoires se sont échelonnées de 1962 à 1986, soit très majoritairement à une époque où le classement mondial officiel n'existait pas.

Ce dernier, qui a été créé au mitan des années 1980, a eu Tiger Woods (ça y est, le voilà) comme numéro 1 pendant 683 semaines, dont 281 consécutives, de juin 2005 à octobre 2010. Ce qui constitue le record absolu, là encore avec plus du double du total du deuxième. Mais qui peut dire si Nicklaus n'aurait pas pu, à sa grande époque, tenir un si long règne ? De la même manière, Woods, et ses 15 victoires en Majeurs, n'aurait-il pas été capable de pousser le curseur plus loin s'il n'avait pas été constamment embêté par des blessures, notamment dans sa deuxième partie de carrière ? Et si l'on remonte encore plus loin dans l'histoire du jeu, à une époque d'Entre-deux-guerres où les Majeurs n'étaient pas les mêmes, sans doute faudrait-il faire intervenir dans le débat un autre Américain, Bobby Jones, resté amateur toute sa vie mais auteur d'un exploit que personne n'imagine reproduit un jour : gagner la même année (en 1930) l'U.S. Open, l'U.S. Amateur, The Open et The Amateur. Et puis, dernière précision : on ne peut pas exclure que le GOAT soit en train de taper la balle sous nos yeux, aujourd'hui. À 29 ans (donc loin de la fin de carrière, a priori), Scottie Scheffler a gagné quatre Majeurs, dont deux en 2025, et sa domination du classement mondial ressemble à ce que fut celle de Woods. Scheffler, le GOAT des Majeurs à terme ? On ne peut pas l'exclure.

Mais alors, que dit cette fameuse unanimité, une fois le nez levé des fiches ? Elle dit Tiger Woods. Sans hésiter. Au-delà des résultats, le Tigre est sans équivalent quant à l'impact qu'il a eu sur le destin de la discipline, sur sa professionnalisation, la hausse de ses standards sportifs, sur l'augmentation de son impact médiatique. Par ailleurs, chaque fan de golf, et peut-être même le grand Jack lui-même, vous livrerait la même chose du fond de son cœur : citez tous les fortiches en empilement de victoires que vous voudrez, personne n'a jamais joué au jeu de golf comme Tiger Woods. Point à la ligne.

Quid chez les Dames ? De manière plus prononcée encore que chez les Messieurs, on se heurte à la création récente, pour ne pas dire tardive, d'un classement mondial. Celui qui a toujours cours aujourd'hui a vu le jour début 2006. Celle qui a été le plus souvent à son sommet est la Sud-Coréenne Jin-Young Ko, avec 163 semaines n° 1. Elle est suivie de très près par la Mexicaine Lorena Ochoa, 158 semaines, et par Lydia Ko, 125 semaines. Les deux Ko ont tout de même l'avantage de possèder une chance non négligeable de faire, un jour, redémarrer leur compteur. 

Malgré tout, Jin-Young Ko et Lorena Ochoa ne comptent « que » deux Majeurs chacune, et Lydia Ko trois. Surtout, ces deux joueuses du XXIe siècle sont difficiles à comparer avec les générations précédentes, tant la liste des Majeurs féminins a varié au cours du temps. Officiellement, le record appartient à l'Américaine Patty Berg (1918-2006), avec 15 succès. Mais cela inclut par exemple le Titleholders Championship, tournoi disparu depuis les années 1970, et qui n'a été considéré comme un Majeur que de manière rétrospective. Si l'on parle de la configuration moderne des Majeurs, la plus titrée est la Suédoise Annika Sörenstam, avec dix succès entre 1995 et 2006. Mais on peut lui accorder un désavantage par rapport aux joueuses actuelles : elle s'est imposée deux fois à l'Evian Resort, dans ce qui s'appelait l'Evian Masters (en 2000 et 2003). Soit avant que ce tournoi ne devienne notre seul Majeur français, en 2013, pour être aujourd'hui The Amundi Evian Championship. Par ailleurs, mais là ce fut son choix : elle a mis un terme à sa carrière en compétition fin 2008, à 38 ans. Alors qu'elle était encore n° 3 mondiale.

Alors, même question que pour les Messieurs : dans le fond, qui est la GOAT du golf ? Annika Sörenstam, sans hésiter. La joueuse suédoise possède le record du nombre de victoires professionnelles, avec 90 succès (dont 72 sur le LPGA Tour, le plus grand circuit au monde). Au-delà de ces chiffres, elle aussi a fait faire de considérables progrès à la discipline, que ce soit sportivement ou médiatiquement. Plus fort et plus admirable encore est sa capacité, toujours grande à ce jour, à inspirer les jeunes joueuses à travers le monde, et à leur donner l'occasion de montrer leur talent. Son Annika Foundation organise deux fois par an, en Floride et dans sa Suède natale, des tournois où évoluent les meilleures de moins de 18 ans. Les futures stars du jeu, en somme. Les futures GOAT ? Elles ont le modèle sous les yeux.

Et nos Français ?

Pour le golf français aussi, la question peut se poser dans les deux temporalités. Celle du moment, et celle de l'histoire. Commençons par les Dames, par pur esprit pratique, car le nom est le même au passé comme au présent : la GOAT du golf français est Céline Boutier. La joueuse parisienne est actuellement 21e au classement mondial, ce qui en fait la meilleure Tricolore, distinction qui lui appartient sans discontinuer depuis la fin des années 2010. Elle devance Nastasia Nadaud, 84e, et Perrine Delacour, 120e.

Surtout, et alors qu'à 32 ans, elle a encore de belles années de jeu devant elle, elle a d'ores et déjà construit le palmarès le plus prestigieux de l'histoire du golf français. Céline Boutier s'est imposée à 15 reprises chez les professionnelles, dont six fois sur le LPGA Tour, ce dernier chiffre étant un record. De ces six victoires, la plus marquante est évidemment celle remportée en 2023 à The Amundi Evian Championship, le Majeur dont elle rêvait depuis son enfance. Par ailleurs, elle est montée jusqu'à la 3e place du classement mondial, peu après son triomphe en Haute-Savoie, ce qui demeure à ce jour le meilleur rang d'une Française (dans un classement créé, pour rappel, en 2006). Début 2024, elle est même passée à un cheveu de prendre la place de n° 1 mondiale. Partie remise.

En matière de Majeurs, malgré tout, elle n'est pas seule sur sa planète. En 1967, Catherine Lacoste (oui, la fille du grand tennisman René Lacoste) a ouvert la voie en remportant l'U.S. Open, sous un statut amateur qu'elle n'a jamais quitté. En 2003, Patricia Meunier-Lebouc a remporté le Kraft Nabisco Championship, le Majeur d'ouverture de la saison qui se nomme désormais Chevron Championship. La joueuse dijonnaise est devancée par Boutier au nombre de victoires sur le LPGA Tour (six contre deux), mais on lui accordera volontiers le prestige, lors de sa plus grande victoire, d'avoir devancé la GOAT Sörenstam en personne.

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Chez les Messieurs, la question est plus complexe. Pas tant celle du présent, qui peut être traitée très objectivement. Le meilleur Tricolore au classement mondial actuel est Adrien Saddier, en 84e position. Suivent Martin Couvra, 127e, et Julien Guerrier, 138e. À noter une assez grande volatilité, des joueurs comme Victor Perez ou Matthieu Pavon (qui étaient les deux représentants du pays aux Jeux de Paris) ayant été les meilleurs Français à tour de rôle les années précédentes, et pouvant tout à fait le redevenir un jour.

Si l'on se penche sur la question du GOAT, la tâche est plus ardue. Avec six succès sur le Tour européen (aujourd'hui DP World Tour), entre 1998 et 2011, Thomas Levet possède le record français en la matière. Mais il est suivi de près par Alexander Levy, cinq victoires, et toujours en activité. Ceci étant, Matthieu Pavon est allé plus loin en remportant, début 2024, un tournoi sur le PGA Tour, le plus gros circuit de la planète. Ce qu'il est le seul Tricolore à avoir accompli... dans l'ère moderne. Car la victoire de Louis Tellier au New England Pro Championship, en 1920, a été reconnue comme succès sur le PGA Tour a posteriori. On pourrait parler de Jean Van de Velde ou Grégory Havret qui ont, comme Thomas Levet, décroché chacun une deuxième place en Majeur. Sauf que là, ils sont objectivement devancés par Arnaud Massy, lauréat de The Open en 1907, et seul vainqueur français d'un Majeur masculin à ce jour. Victoire qui, d'ailleurs, est également considérée a posteriori comme comptant pour le PGA Tour.

Sauf qu'une fois qu'on a lâché tous ces noms, il manque encore celui du Français ayant atteint le plus haut rang au classement mondial. En 2015, Victor Dubuisson a atteint la 15e place de la hiérarchie planétaire. Et il est passé à deux doigts de remporter une épreuve de Championnat du monde de match play, en 2014. La finale légendaire qui l'a opposé à l'Australien Jason Day a forgé sa légende de roi des coups improbables, et si vous ne connaissez pas cet épisode, sautez la chute de cet article et allez voir la vidéo ci-dessous. Tout cela, additionné au talent pur inouï du Cannois, désormais retiré des circuits pros, fait que dans leurs cœurs, les fans de golf français font bien souvent de lui le GOAT tricolore. Quand on aime, on ne compte pas.