Après une année passée sur le PGA Tour, Antoine Rozner revient sur le DP World Tour. Présent en Afrique du Sud début décembre, il lance ce jeudi son année calendaire au Dubaï Invitational. Avec l’objectif avoué de repartir – bientôt ? – aux Etats-Unis.
Arrivé le mercredi 7 janvier à Dubaï, Antoine Rozner a été rejoint 48 heures plus tard par son coach technique, Mathieu Santerre. Ensemble, ils vont se donner les moyens de rebondir sur le Tour européen après une saison difficile sur le PGA Tour, et ce malgré quelques points de satisfactions. Retour vers le futur !
Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques heures de ce Dubaï Invitational à champ réduit et sans cut ?
Tout va bien. J’ai mis un peu de temps pour digérer la perte de la carte aux Etats-Unis. Il y a tout de même des côtés positifs à ce retour en Europe. Je vais ainsi retrouver des parcours que je connais. Je vais retrouver mes collègues avec qui je m’entends bien. Je vais aussi retrouver mes coaches, que je vais voir plus souvent. Voilà… Je vais revenir en terrain un peu plus connu.
Cette digestion, justement, a-t-elle été plus difficile que prévu ?
Non, pas plus que ça. Je pense que je n’étais pas complètement prêt. C’est un circuit qui ne pardonne rien. Il faut très bien jouer au golf. Il n’y a plus que 100 joueurs qui conservent désormais la carte aux Etats-Unis (Ndlr, contre 125 auparavant). Donc, c’est très dur. Je le savais. J’ai bien joué, certes, mais il m’a manqué quand même des gros résultats pour me permettre de garder cette carte. Cela n’a pas été si dur (de perdre la carte) mais j’ai quand même l’ambition d’y retourner.
Quand on consulte vos statistiques sur le PGA Tour en 2025, on constate que vous avez disputé 22 tournois et passé 17 cuts, dont 15 lors de la saison régulière. Ce qui est plutôt solide. Qu’est-ce qui vous a manqué finalement ?
Je n’ai pas fait de bons week-ends. Il y a une vraie différence entre les week-ends aux Etats-Unis et ceux en Europe. Si on ne joue pas bien, si on ne score pas bien sur le PGA Tour sur ces deux derniers tours, on perd, quoiqu’il arrive, vingt ou trente places. C’est une grosse différence, je trouve, par rapport au DP World Tour. Quatre jours consistants, c’est ce qui m’a un peu manqué… J’ai toujours eu une journée un peu moins bonne. J’ai souvent eu des finishs pas vraiment bons. Et cela m’a coûté quelques bonnes places.
A l’issue du RSM Classic, dernier tournoi des Falls Series, vous aviez évoqué au micro de nos confrères de Canal+ un problème d’ordre mental…
Oui, je n’ai pas été très bon sous pression. Je le sais. C’est un point que j’avais noté. A moi d’enchainer de nouveau de très bons résultats. Je pense que ça passe par là. Il va falloir que je refasse des tops 10, des tops 5 pour reprendre confiance sous haute pression. C’est comme ça qu’on s’améliore. Plus on se met en position de faire des gros résultats, mieux on les gère. J’ai vraiment comme ambition de me mettre aux avant-postes assez rapidement.
Qu’est-ce que vous pouvez néanmoins retenir de cette expérience sur le PGA Tour et qui pourrait vous servir cette année sur le Tour européen ?
Ce qui est certain, c’est que ça m’a fait progresser en tant que joueur. On sait que le niveau d’exigence est là-bas beaucoup plus élevé. On est d’ailleurs obligé de l’élever ce niveau de jeu… Je pense que j’ai progressé dans pas mal de secteurs, notamment autour des greens. Je me suis vraiment amélioré sur le chipping. Cela pourra, j’en suis persuadé, m’aider à l’avenir sur le DP World Tour. Il y a donc eu quand même du bon. Je me suis frotté régulièrement avec des champs très relevés du PGA Tour, je sais sur quoi m’appuyer et sur quoi travailler pour être parmi les meilleurs sur ce circuit.
Etes-vous étonné de constater que sur les dix joueurs qui ont décroché un droit de jeu sur le PGA Tour pour 2025, seuls Rasmus Hojgaard et Thorbjorn Olesen sont parvenus à rester dans le top 100 de la FedEx Cup ?
Ce n’est pas évident de répondre à cette question. Chaque joueur a des parcours qui lui sont propres. C’est tellement dur le PGA Tour quand on débarque. On ne connait pas les parcours, on ne joue pas les Signature Events… Il faut faire une très grosse saison pour pouvoir garder la carte quand on arrive comme ça du Tour européen. Les champs vont être un peu plus réduits cette année, les joueurs finiront moins à la nuit tombée comme ça a été le cas en 2025, quasiment toutes les semaines. Ce sont des petites choses qui peuvent faire la différence. 2025 a été une année de transition et c’était effectivement très dur de rester dans le top 100.
Si c’était à refaire, effectuer des aller-retours entre la France et les Etats-Unis demeure-t-il la meilleure solution pour perdurer sur le PGA Tour ?
Pour mes entraînements, pour mon golf, je pense, oui, que j’aurais peut-être dû rester un peu plus aux Etats-Unis. Maintenant, ce n’est pas quelque chose d’évident à mettre en place, de tout quitter comme ça. Ma femme travaille, ce n’est pas simple du tout. J’en ai discuté avec d’autres joueurs qui étaient dans la même position que moi. Matteo Manassero et Niklas Norgaard ont eu un enfant. Nous n’étions pas des jeunes joueurs, on était déjà bien établis et en place dans nos vies et nos pays respectifs. Rien n’était facile. Mais c’est sûr que pour nos entraînements, en trouvant de très bonnes structures de travail, il faut forcément rester là-bas. Les parcours sont tops. Les greens sont toujours très bons. Il n’y a pas photo. Ce n’est pas pour autant que c’est à cause de ça que j’ai perdu la carte. J’ai eu beaucoup de périodes de deux semaines off dans le calendrier et, honnêtement, faire un aller-retour en France, en termes de fatigue, ce n’était pas dérangeant du tout. Mais je pense en effet que sur du plus long terme, il faut avoir une base aux Etats-Unis.
Aurez-vous la possibilité de jouer cette saison sur le PGA Tour, notamment sur les tournois alternate ?
Je ne me suis pas trop penché sur la question car ça ne me servirait à rien. Il faut que je me reconcentre sur le DP World Tour. Et essayer de finir le plus haut possible.
Quel va être votre programme pour les prochaines semaines sur le Tour européen en plus du Dubaï Invitational à partir de jeudi ?
J’enchaîne avec le Hero Dubaï Desert Classic (22-25 janvier). Il y aura ensuite Bahreïn (29 janvier-1er février) et le Qatar (5-8 février). Soit quatre semaines d’affilée.
En 2025, entre le PGA Tour et le DP World Tour, en englobant la Team Cup, vous avez joué 29 tournois. Ce sera le même ordre d’idée en 2026 ?
Je pense, oui. Entre 25 et 30, c’est à peu près mon chiffre tous les ans.
Vous verra-t-on également pour les qualifications à l’U.S. Open et pour The Open ?
Oui, je vais les faire. C’est certain. J’adore jouer le British. Je n’ai jamais joué l’U.S. Open. Prendre part aux Majeurs, c’est ce qui me motive et me fait prendre énormément de plaisir.
Vous avez décroché votre droit de jeu sur le PGA Tour en réussissant une très solide fin de saison 2024. Est-ce que cela peut aussi vous aider pour très vite rebondir cette année ?
Oui, il faut rester très patient sur le DP World Tour car la deuxième partie de saison rapporte tellement de points que tout peut arriver. Il faut être chaud en fin d’année. Il ne faut donc pas s’exciter si la saison ne démarre pas comme on le souhaite. J’ai l’objectif de retourner aux Etats-Unis un jour ou l’autre. Je ne sais pas quand cela se fera car il faut très bien jouer au golf pour obtenir une des ces dix cartes. Mais ce n’est pas impossible. Je suis motivé pour bien travailler et reprendre un peu plus confiance tout en faisant de bons résultats.
Victor Perez a rejoint dernièrement le LIV Golf. Quatre Français étaient aux Cartes la semaine passée en Floride. Avez-vous été tenté d’évoluer sur le Circuit soutenu financièrement par le Fonds d’investissement public (PIF) d’Arabie saoudite ?
Non, je n’ai jamais été approché. Faire les Cartes, non plus. Cela ne m’a pas traversé l’esprit. En plus, je crois que si on s’inscrit à ces Cartes, on peut s’exposer à des sanctions sur le calendrier du DP World Tour. On ne peut plus jouer le Scottish Open, ni les deux tournois co-sanctionnés avec le PGA Tour.
Et ce transfert de Victor Perez… Cela vous a-t-il surpris ?
Je ne m’y attendais pas. Mais faut-il le blâmer ? Je ne pense pas. C’est un choix de vie. Un choix d’homme aussi, un choix de père de famille. Il y a beaucoup de critères à prendre en compte. Je ne connais pas beaucoup de personnes qui refuseraient de voir leur salaire tripler ou quadrupler pour faire le même travail. Je n’ai rien d’autre à ajouter.