En tournée en Afrique du Sud avec l'HotelPanner Tour, Julien Sale va privilégier ce circuit cette saison, dans son objectif principal d'accéder au DP World Tour. Mais il compte aussi participer aux International Series de l'Asian Tour, circuit dont il a remporté le premier tournoi il y a un an. Avec en ligne de mire, pourquoi pas, le LIV Golf. Voyages, voyages.

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Julien Sale a pris la 33e place du SDC Open, épreuve d'ouverture de la saison 2026 de l'HotelPlanner Tour, la semaine passée en Afrique du Sud. © Carl Fourie / Getty Images - AFP

À 28 ans, il en a déjà vu, du pays. Pourtant Julien Sale, même si sa carrière amateur comme sa carrière professionnelle recèlent déjà des épisodes radieux, est encore un jeune golfeur. Mais en ayant grandi à la Réunion, puis vécu deux ans en Afrique du Sud après son bac, avant de partir briller au Québec et ensuite faire les beaux jours de la fac américaine d'Arkansas State, tout cela avant d'embrasser la carrière de joueur professionnel de circuit (nomade par essence), il a pu aisément se rendre compte des dimensions de ce vaste monde. Sans qu'il y ait besoin de comptabiliser son établissement dans l'Hexagone, qui date des dernières années de sa carrière amateur (il est passé pro fin 2022), et qui perdure.

Du pays, il en a vu, et il va encore en voir, en cette saison 2026. Car en 2025, il a réussi à s'assurer la qualité de membre à plein temps à la fois sur l'Asian Tour et sur l'HotelPlanner Tour. Les deux étant d'ailleurs assez liés, si ce n'est consécutifs. 

Le premier volet s'est déroulé il y a un an, presque jour pour jour. Julien Sale, sans circuit attitré à la suite d'une saison 2024 décevante, s'était sauvé in extremis de cette situation inconfortable au début de l'hiver, en terminant 24e des Cartes de l'Asian Tour, ce qui lui donnait au moins l'accès aux tournois réguliers de ce circuit voguant entre moyen et extrême Orient. L'inconfort a disparu pour de bon le 26 janvier 2025, jour du dernier tour du premier tournoi de la saison, le Smart Infinity Philippine Open. Une carte de 65 (-5) faisait alors du Réunionnais le tout premier, dans l'histoire de l'Asian Tour, à remporter le premier tournoi auquel il participait. Une victoire qui changeait radicalement le paysage, en lui donnant l'exemption jusqu'à fin 2026, et la possibilité de participer aux International Series, les tournois les plus richement dotés et aux champs de joueurs les plus relevés de l'Asian Tour

« On avait déjà parlé avec mon père, il y a très longtemps, du fait qu’il y avait l’Asian Tour et le Sunshine Tour (le tour professionnel sud-africain, NDLR) qui existaient, se souvient le joueur français. Ce sont des circuits dans des pays chauds, je ne suis pas dépaysé. La victoire était un bonus, ça m’a enlevé un poids encore plus gros. Ça m’a permis de demander plus facilement des invitations sur les tournois de l’HotelPlanner Tour. » Il est plus aisé, en effet, de convaincre un promoteur de tournoi de la deuxième division européenne de donner une invitation à un joueur vainqueur sur l'Asian Tour. Ainsi, fin mai 2025, Julien Sale jouait officiellement au Danemark son premier tournoi sur l'HotelPlanner Tour, puisque lors de son apparition précédente, en 2024, le circuit se nommait encore Challenge Tour. Un retour signé par un top 5, lui ouvrant les portes du reste de la saison, lors de laquelle il allait glaner un podium, en septembre, au Portugal. Participant à la grande finale à Majorque, et terminant à la 40e place de la Road to Mallorca, il redevenait donc membre à part entière du circuit.

Parallèlement, il disputait les plus gros tournois de l'Asian Tour, ce qui lui donnait l'occasion de croiser du beau monde. En effet, les International Series étaient l'occasion pour les joueurs du LIV Golf, privés de points mondiaux jusqu'à présent (cela vient tout juste de changer), de venir faire provision. « Ce sont les plus gros tournois que j'aie joués de ma vie jusqu'à maintenant, constate Julien Sale. Pendant des années, j'ai vu Bryson DeChambeau, Patrick Reed ou Sergio Garcia à la télé, et là, je me suis retrouvé à côté d'eux au practice. » L'étalonnage par rapport à ces stars du golf mondial a été plutôt encourageant. « Ça m’a montré qu’au niveau distance et frappe de balle, je ne suis pas si loin que ça, reprend le Réunionnais. Par contre, au petit jeu, j’avais encore beaucoup de boulot à faire. C'est pour ça que j'ai beaucoup travaillé là-dessus l'année dernière. Maintenant, c’est devenu une force plus qu’une faiblesse. »

LIV Golf : « Je ne me ferme pas la porte »

Tout cela a constitué une année bien chargée pour le pensionnaire du Golf de Saint-Cloud, content de pouvoir poser un peu les clubs pendant les fêtes, après avoir joué son dernier tour de compétition le 21 décembre à l'Île Maurice. « Dès que j'ai repris les clubs début janvier, ça se passait bien, se satisfait-il. Non pas que j'en avais marre en fin de saison dernière, mais là, j'avais de nouveau envie de jouer au golf. » Après un passage à Massane, près de Montpellier, pour faire quelques ajustements avec son coach technique Alain Alberti, il s'est donc rendu en Afrique du Sud, terre qu'il connaît bien pour avoir été un lieu de vacances de son enfance réunionnaise, et sur des parcours qu'il connaît également, pour les avoir arpentés dans les deux premières années qui ont suivi son bac. Il compte participer aux quatre tournois de l'HotelPlanner Tour sur le sol de la Nation arc-en-ciel, dont le dernier s'achèvera le 22 février, et qui sont cosanctionnés avec le Sunshine Tour. « Les joueurs sud-africains sont au milieu de leur saison, et ils arrivent en pleine forme, alors que nous, nous sommes en début de saison », note-t-il, pour souligner le caractère compétitif de ces tournois. Lui est plutôt arrivé dans de bonnes dispositions, en signant un 67 (-5) le premier jour du SDC Open, la semaine passée, avant de se classer 33e le dimanche.

Ainsi donc, la saison 2026 de Julien Sale marchera sur deux jambes, l'une européenne, et l'autre asiatique. Et comme chez bon nombre de cyclistes, l'une sera plus forte que l'autre. En effet, son objectif primordial demeure d'accéder au DP World Tour en fin de saison. Chose qu'il peut accomplir en terminant dans le top 15 de la Road to Mallorca, ou alors, pourquoi pas, en s'imposant à trois reprises dans l'année. Néanmoins, il compte participer à des tournois de l'Asian Tour, profitant du fait que les deux circuits ont des calendriers assez complémentaires. En effet, la majorité des tournois de la deuxième division européenne sont ramassés entre mai et octobre, tandis que l'Asian Tour fait une longue pause estivale. Naturellement, les International Series seront la priorité du joueur français. Dans l'état actuel des calendriers, quatre de ces tournois se déroulent en même temps que des événements de l'HotelPlanner Tour. Ce qui en laisse trois de libres assurément, et deux en option, puisque l'Asian Tour doit encore annoncer leurs dates. L'un de ces deux tournois aura forcément de la valeur sentimentale pour Julien Sale, puisqu'il s'agira de l'Open des Philippines, dont il est tenant du titre, et qui rejoint cette saison les International Series.

Cette focalisation sur les tournois à forte dotation a pour vocation première de sauvegarder son droit de jeu sur l'Asian Tour pour 2027, car on ne sait jamais de quoi demain est fait. Mais en cas de réussite importante, elle pourrait même le mener plus loin. En effet, les deux meilleurs performeurs des International Series auront accès, l'année suivante, au LIV Golf. « Je ne me ferme pas la porte, livre Julien Sale à propos du circuit soutenu par le fonds souverain saoudien PIF. Comme je ne suis ni sur le DP World Tour, ni sur le PGA Tour à l'heure actuelle, je ne serai pas en conflit avec ces tours-là. »

Pour l'heure, Julien Sale va arpenter la planète avec un appui non négligeable : son petit frère Antoine, 24 ans, devenu son caddie attitré en octobre dernier. « On fait un bon duo, on a des styles de jeu un peu similaires, souligne l'aîné. C'est assez facile de discuter sur le parcours, car il me connaît très bien, il sait quoi me dire ou ne pas me dire, et à quel moment. » Les équipes média de l'Asian Tour ne s'y étaient pas trompées, l'été dernier, en venant jusqu'au Golf de Saint-Cloud, où loge et travaille Julien Sale en-dehors des semaines de tournois, pour filmer les deux frères (lire vidéo ci-dessus). 

« Saint-Cloud, c'est très bien équipé, il y a une très bonne salle de sport, deux parcours, je fais toutes mes journées là-bas quand je ne suis pas en déplacement », explique Julien Sale. Lequel trouve avoir encore pris en maturité, au cœur de sa saison 2025 chargée. « Côté physique, je fais des séances de sport plus régulièrement, y compris pendant les tournois, appuie-t-il. Côté mental, j'ai bien vu qu'être trop perfectionniste, ça ne marchait pas pour moi. Je dois garder les choses les plus simples possibles. Je joue au golf depuis que j'ai 3 ans, je sais comment taper, je peux me faire confiance. C'est en faisant ça que j'arrive à produire du bon golf. » La recette est prête.