Au Masters, il y a des choses auxquelles on n’échappe pas. Que tu sois féru de golf ou un candide intrigué par ce tournoi, tu vas vivre la semaine d’une manière très similaire aux autres années. On a donc préparé un bingo pour ça, histoire de t'occuper entre chaque tour d’Augusta.
Lundi, scission à la cafét’
C’est le début de la semaine. Chacun digère encore les bringues et les déjeuners à rallonge du week-end. Pas de grande activité côté Masters. Quoique… La plupart des médias le disent : « C’est la semaine du Masters ! » Les premiers contenus viraux tournent autour de la beauté du parcours. On voit un greenkeeper, au lever de soleil, un arrosage en slow motion et une photo de rhododendron bien sûr, symbole des lieux. Au boulot, c’est la scission des spécimens. Tu vois les non-initiés râler le début d’une nouvelle semaine trop longue - « Ça va ? Oh, comme un lundi. » Les passionnés, eux, sont plus excités que jamais à l’idée d’être jeudi. Et pas pour l’afterwork. Tu peux les reconnaître facilement : à la machine à café, ils sont entre eux à s’expliquer ce qu’ils savent déjà - « Les téléphones sont interdits aux spectateurs. D’ailleurs, on les appelle les Patrons. C’est un peu comme les traditions de Wimbledon au tennis » -, sinon ils sont reclus dans un coin à regarder le top 5 des plus beaux coups de Rory McIlroy l’an passé.
Mardi, costard-cravate party
Ça y est, on rentre un peu plus dans l’ambiance. Les férus discutent d’un sujet qui fait déjà l’actu depuis plusieurs semaines : le dîner des champions. Depuis que le menu a été dévoilé par son auteur, Rory McIlroy, champion en titre, il a plongé tout le monde dans les prémices de l’événement. Mais avant d’être 100% dans le sport, ton pote passionné laisse son attrait pour l’actu people prendre le dessus. Il se penche donc sur la photo annuelle du dîner avec tous les précédents vainqueurs. Et là, place au festival de commentaires. Après avoir saigné des yeux sur l’arc-en-ciel de cravates associées aux différentes vestes vertes, il attaque le placement des joueurs : « Ah tiens, DeChambeau est très loin de McIlroy. » ; « Les mecs du LIV Golf sont tous du même côté. » Il imaginera même quelques discussions : « Jon Rahm il a demandé à retirer les amandes de son plat ? » Et pour finir, il est surpris de retomber sur une tête qu’il oublie toujours parmi les vainqueurs. On ne donne pas de noms…
Mercredi, c’est Rahm à vie
Deuxième jour de reconnaissance pour les joueurs. Ton pote est un peu dans sa bulle aussi. À croire qu’il joue… D’un côté, il continue à scroller les photos couple goals des joueurs avec leur femmes et enfants en tenue de caddie. Parce que ce jour-là, c’est celui des enfants et du concours de par 3. Ce mini-tournoi d’exhibition est l’excuse parfaite pour tous les comptes Instagram et Tik Tok pour ressortir LA vidéo du Masters. Celle que l’on verra à chaque mercredi de ce Majeur pour les deux cents prochaines années. En 2020, Jon Rahm avait eu la bonne idée de s’amuser à faire ricocher sa balle sur l’eau du trou n°16 et de la rentrer dans le trou, en un coup. Et là, deux clans se forment au moment de la voir. D’abord, il y a les non-initiés. Impressionnés par le truc et pensant que le coup date de cette année, la bleusaille envoie ça à un pote dingue de golf pensant, soit lui faire découvrir un truc, soit prouver qu’il suit ce qui se passe cette semaine. « T’as vu ? C’est ouf ! » L’intention est bonne. Mais en face, il y a le golfeur, le connaisseur : ton pote, donc. Qui sourit qu’on lui envoie ça pour la sixième année consécutive mais qui bouillonne au fond parce que, justement, c’est la sixième année consécutive. « Non, ce n’est pas arrivé cette année. Non, ce n’est pas pendant le tournoi officiel. Ni pendant le concours de par 3 d’ailleurs. Oui, c’est volontaire. Non ça n’arrive pas souvent. Bien sûr que c’est incroyable. » Voilà ce qu’il aimerait te dire. Et finalement, il posera un coeur sur ton message parce que tu as fait un bel effort, tu t’es intéressé à sa passion.
Jeudi, ça sifflote beaucoup trop
Ça y ça démaaaaaarre ! Après la mise en bouche de la veille, place au marathon. Les reclus de la cafétéria ont annulé l’afterwork de ce soir : « nan mais j’ai déjà un truc prévu, j’ai oublié. » L’un d’eux a peut-être même déjoué une réunion de 15h pour voir les premières parties dans l’Amen Corner. C’est quoi l’Amen Corner ? Tu viens de poser l’une des questions de base. D’un air un peu suffisant, habitué à réciter son texte chaque année, il t’explique : « C’est le nom donné aux trous 11, 12 et 13, ce sont les plus emblématiques. » Il en profite même pour étaler un peu sa culture, histoire de se la jouer un peu. « Tu ne le vois pas trop là, mais le parcours est très vallonné. C’est la caméra : ça écrase. » Il replonge ensuite dans l’onglet de Canal+ qu’il a ouvert derrière son tableau Excel. Ce qu’il ne dit pas, c'est qu’il regarde des parties qui ne sont pas toujours intéressantes. Mais il n’est pas là pour ça. Ce qui compte à ce moment-là, c’est de renouer avec le vert et la pinède de Géorgie, et le thème musical du tournoi. « Fu-fufu-Fu-fufu… », il se met à siffler l’air. On parle là de LA musique du Masters. Et elle, tu vas l’entendre jusqu’à dimanche. Parce que Slip Away, c’est son nom, elle reste en tête longtemps, très longtemps.
Vendredi, on commente les commentaires
Le premier tour est passé. Dès le matin, ça re-sifflote. Les reclus de la cafét’ ont des cernes. Avec six heures de décalage sur la Géorgie, ils se sont couchés à une heure du matin pour voir les derniers coups du premier tour. Ça sifflote encore (on t’avait prévenu). Le pire, c’est qu’il ne sait pas que cette musique a une suite (de plus d’une heure !). À un moment, il te propose de regarder le 2e tour avec lui le soir. Tu y vas et, là, tu découvres le golf à la télé. D’abord, ton pote commente à peu près tout : « Comment il a pu rater ça ? Même moi je la mets celle-là. » Sur une accalmie, tu as le plaisir d’être accompagné par les voix des habituels commentateurs du Majeur le plus iconique de l’année. On devine déjà les paires : François Calmels et Steven Boullé pour la première tranche, puis Adrien Toubiana et Jean van de Velde pour la soirée. Entre deux exclamations du Toub’, tes oreilles s’arrêtent sur la délicieuse prononciation du mot bunker de la part de « VDV. » On parle là du « bain-caire » tout droit venu des Landes. Comme nous, tu te prendras à l’imiter sûrement et, si le grain de sa voix est unique, le « bain-caire » est, lui, finalement à la portée de tous. Assez curieusement, il est même agréable à dire.
Samedi, on retrouve Dimitri !
Ce matin, c’est l’heure du décompte. Ton pote fait la liste des laissés pour compte. Ceux qui n’ont pas passé le cut et qui ne jouent pas ce week-end. La tête au-dessus de son café, il rouspète. « J’en reviens toujours pas. McIlroy qui manque le cut. » Son pronostic de jeudi est tombé à l’eau. Alors il en refait un. Généralement, son second choix tombe comme par hasard par un mec actuellement dans le top 5. « Nan mais j’y avais pensé, je l’ai juste pas dit. » Il énumère aussi le nombre de joueurs du LIV Golf dans le top 10. « Ils sont jamais loin les mecs quand même. » Comme il a un peu plus de temps aujourd’hui, il s’installe devant la télé avant les premiers départs. Il revoit des coups qu’il a pourtant déjà vus douze heures plus tôt. Il tombe aussi sur les marronniers de Golf+, les reportages qui reviennent chaque année. À n’en pas douter, il va observer Dimitri Martin, l’un des hommes de terrain de Canal+, en pleine dégustation du Pimento Cheese Sandwich ou en présentation du pro shop de l’Augusta National. Deux incontournables là-bas. On mise ici sur deux informations principales : « le montant faramineux des ventes quotidiennes » ainsi que « la rupture de stock des célèbres gnomes de jardin. » En bonus, on anticipe une petite vanne à ses collègues restés en plateau en France : « Si vous en vouliez un, c’est déjà trop tard Thomas ! »
Dimanche, c’est déjà fini
La fin approche. La semaine est passée trop vite. Au détour d’une partie matinale, les professionnels du dimanche ont refait avec leurs partenaires de jeu le scénario de la veille. Au moment de rentrer un putt décisif pour par, ça se gargarise d’un « Y a pas que Scheffler qui peut le faire ! » De retour à la maison, ils font comme ton pote qui a sorti sa meilleure excuse pour enchaîner un dernier marathon télé : « Mais c’est une fois par an, après c’est fini ! » Ça passe. Après avoir mangé plus de 72 heures de golf, il se découvre une analyse d’expert. Il oublie surtout que la fatigue a touché sa lucidité. À mesure que le dénouement avance, il envoie de plus en plus de messages à ses autres potes experts. Selon le profil du vainqueur qui se dessine, les messages varient. Si c’est un favori : « C’est un métronome », « Je vous disais qu’il était injouable. » Un nouveau vainqueur ? « C’est solide mentalement », « Il a fait après » et, parce que c’était son prono du samedi midi et que ça marche ici aussi : « Je vous disais qu’il était injouable. » Et on finit en apothéose avec la story incontournable. Celle qui cadre la table basse, les pieds croisés dessus et la télé avec le direct. On y voit le vainqueur et on se dit que le Masters est vraiment unique. Même s’il revient chaque année exactement de la même manière.