Ce dimanche à Augusta a offert, comme chaque année, son lot de coups fantastiques et de rebondissements. Mais lesquels ont pesé le plus lourd sur le destin de ce Masters 2026, et le doublé historique de Rory McIlroy ? Voici notre top 5, par ordre chronologique.

063_2271049583_edited.jpg
Rory McIlory est rentré dans l'histoire, en devenant le quatrième joueur à s'imposer au Masters deux années consécutives. © Andrew Redington / Getty Images - AFP

Trou n° 8 : la bosse de Cameron Young... puis le creux

Le début de parcours n'a pas été idéal pour les deux hommes de la dernière partie. Cameron Young et Rory McIlroy sont tous les deux à +1 pour la journée en arrivant sur le trou n° 8. Surtout, ils ont vu Justin Rose, chasseur infatigable, leur passer devant d'une longueur. Ce par 5 est l'occasion idéale pour un birdie, et Cameron Young ne va pas s'en priver. Il est courant d'entendre que tel ou tel joueur est « créatif » sur un terrain de golf, sans vraiment savoir ce que cela recouvre. L'Américain en a offert une illustration parfaite, sur son troisième coup, en s'appuyant bien haut sur la butte derrière le trou, afin que sa balle revienne gentiment pour lui donner un birdie tout cuit.

Ironiquement, ce coup va devenir une métaphore de la journée de Young. Car après avoir gravi le sommet et rejoint la tête du Masters, le joueur né dans l'état de New York ne parviendra plus à rentrer le moindre birdie. Sur le retour, un putter froid comme une glacière maltraitée par Sergio Garcia ne lui donnera que neuf pars, et une troisième place finale, à -10.

Trou n° 12 : Rose joue de la gratte

En concédant, au 11, son deuxième bogey du jour, Justin Rose ne donnait pas vraiment de raison de s'inquiéter. Après tout, le trou inaugural de l'Amen Corner est l'un des plus difficiles du parcours, et n'y concéder qu'un coup est toujours mieux que le double bogey de Rory McIlroy lors du troisième tour. Surtout, l'Anglais, alors leader du tournoi, avait fait le spectacle sur l'aller, avec un chip dans la boîte au 1, et trois birdies de suite entre le 7 et le 9, avec un coup de fer hallucinant au 7, depuis les aiguilles de pin.

Cependant, au trou n° 12, une chose est devenue évidente : le champion olympique 2016 se faisait rattraper par la perspective de remporter le Masters. Un peu long sur la mise en jeu de ce par 3, il a offert un chip gratté décéléré de la plus belle eau, qui a consolé des dizaines de millions d'amateurs dans le monde, mais mis un gros coup à ses espoirs de victoire. Son petit putt raté au 17 n'a pas changé grand-chose à l'affaire : Justin Rose devra retenter sa chance pour gagner à Augusta. Et dès l'interview d'après-partie, il s'est mis dans cette perspective. Une leçon splendide. La classe mondiale, ce ne sont pas des joueurs qui ne font jamais de gratte. Ce sont des joueurs que la pire gratte n'arrivera jamais à décourager.

Trou n° 12 : McIlroy reprend le pouvoir

Lorsqu'un joueur participant à son premier Masters arrive à Augusta, le joueur expérimenté qui partage sa partie de reconnaissance lui dit une seule chose, sur le départ du par 3 du 12 : « Tu prends la ligne par dessus le bunker de devant, et tu la joues pendant les quatre tours, quelle que soit la position de drapeau ». Comprenez, jouer le drapeau est trop dangereux, avec la pièce d'eau juste devant le green, et les massifs floraux juste derrière. On prend un bout de green, ses deux putts, et merci au revoir.

D'accord, mais quand ont veut gagner le Masters, on fait comment ? On fait comme Rory McIlroy : exactement ce qu'on dit aux débutants de ne pas faire. Revenu seul en tête du tournoi à -11, le Nord-Irlandais a choisi ce moment précis pour frapper du poing sur la table. Son coup de fer 9 tenu est venu se poser exactement là où il faut pour finir sa course à 2,50 m du trou, et lui offrir un birdie dans la foulée. En pleine confiance, il tapait ensuite une mise en jeu magistrale au 13, sur le chemin d'un nouveau birdie. Dès lors, plus personne n'est venu le chatouiller... ou presque.

Trou n° 17 : le sous-marin Scheffler y était presque

Règle n° 1 du Masters ? Ne jamais enterrer Scottie Scheffler. Règle n° 2 du Masters ? Ne JAMAIS enterrer Scottie Scheffler. Lorsqu'il n'est pas simplement occupé à dominer le tournoi comme il l'a fait en 2022 et 2024, le n° 1 mondial s'est fait une spécialité à Augusta : sortir de sa boîte au dernier moment. Et cette année, cela aurait bien pu lui valoir une troisième veste verte. Dans le par total après deux tours, soit 12 coups derrière McIlroy, personne ne lui donnait de chances de victoire. Mais vous vous souvenez des règles 1 et 2 ? Ne jamais, tout ça tout ça ? Il les a prouvées.

Scottie Scheffler n'a fait aucun bogey durant le week-end, ce qui n'était plus arrivé au Masters depuis 1942. Patiemment, il est remonté vers la tête, et mis un gros coup de pression sur le retour dimanche, avec des birdies splendides au 15 et au 16. Sur le 17, il s'est donné une nouvelle occasion de birdie, lequel, rétrospectivement, aurait pu lui offrir un play-off. Mais ça n'a pas voulu. Pas faute d'essayer pour autant. L'image arrêtée de sa balle sur le bord du trou est encore plus éloquente que la vidéo pour montrer à quel point c'est passé... à ça :

Trou n° 16 : McIlroy, sur la pente du Tigre

L'an passé, pour rendre hommage aux 40 ans de la dernière victoire de Jack Nicklaus, l'Augusta National avait décidé de placer le drapeau du 16 au fond du green à droite. Entorse qui n'a pas duré plus d'une édition, puisque ce dimanche, le mât de ce par 3 a retrouvé son emplacement dominical iconique, en bas du green, près du bunker et de la pièce d'eau. Un mât que Rory McIlroy, peut-être un peu sous adrénaline, a copieusement survolé sur sa mise en jeu, pour finir derrière le green. Sitôt sa balle arrêtée, tous les fans de golf ont eu le même flash : « Ce ne serait pas l'endroit du chip de Tiger en 2005 ? ». Non, pas au centimètre près, c'est sûr. Il n'empêche que le tenant du titre avait une approche à jouer similaire à celle rentrée par Tiger Woods il y a 21 ans , lui offrant à lui une quatrième veste verte, et à son équipementier d'alors la plus belle pub gratuite de tous les temps.

Cette année, Rory McIlroy a fait le choix du putter, et non d'un chip. Mais sa manière de jouer le coup a été la même : envoyer sa balle haut sur la pente, et laisser cette dernière faire le travail. Cette fois, la balle n'est pas rentrée. Mais que le coup était beau. Et surtout, identique dans ses effets : mettre une veste verte sur le dos de son auteur.